Homélie du (14 mai 2017)

Je suis le chemin, la vérité et la vie

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

« Comment connaîtrions-nous le chemin ? », « qu’est-ce que la vérité ? », « que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Voilà des questions que l’on pose à Jésus. Voilà des questions que nous pouvons faire nôtres aujourd’hui quand nous nous tournons vers Jésus. Il donne une seule réponse aussi nette que définitive  : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Cette réponse totalisante au rythme ternaire et suivant un ordre croissant peut ressembler à un slogan. Il ne faudrait pas nous arrêter là ! Si un homme, qu’il soit un sage, un philosophe ou un religieux, voire un homme politique, s’approchait de vous et vous disait cela, il serait opportun de s’en méfier et de le fuir. Cette réponse appelle en fait de notre part comme un renoncement total, une acceptation complète. À la rigueur, on pourrait recevoir quelqu’un qui nous dirait  : « Je connais le chemin, je peux y être ton guide. » On pourrait nous dire  : « J’ai découvert la vérité et je peux t’accompagner dans les raisonnements qui vont te la révéler à toi aussi. » On tolérerait quelqu’un qui ferait état de sa longue expérience de la vie et qui voudrait nous la faire partager  : « J’ai vu pas mal neiger là » (expression québécoise). Mais ici, il ne s’agit pas de cela. Jésus délivre une réponse d’un autre ordre, bien plus fondamental. Dans cette réponse, il ne répond pas directement aux questions posées, mais il les éclaire d’une lumière nouvelle. Il affirme en premier lieu sa divinité. Qui peut prétendre être chemin, vérité et vie, sinon Dieu lui-même. En effet, il est en lui-même vie, amour et vérité. Par là, il en est la source pour nous. En second lieu, il se donne lui-même à nous comme chemin, vérité et vie. Donc, s’approcher de Jésus réclame pour entrer vraiment en communion avec lui de le recevoir comme Dieu. À nous de recevoir sa présence comme une source, c’est-à-dire comme une grâce, qui va nous guider avec lui, nous faire avancer par lui, et nous faire vivre en lui. C’est donc que pour avoir la réponse à nos questions, il nous faut revêtir le Christ. C’est le baptême en premier lieu qui nous unit à lui et qui fait de lui pour nous le chemin, la vérité et la vie. Les sacrements que nous recevons pour notre sanctification ne font rien d’autre que de le rendre pour nous et de plus en plus chemin, vérité et vie. Ils vont nous orienter par leur force et la grâce comme du dedans vers lui. Nos facultés et toutes les dimensions de notre vie en sont illuminées. C’est lui d’abord qui agit pour nous et qui nous fait découvrir combien il est pour nous chemin, vérité et vie.

Si fondamentale que soit ma démonstration, il reste que nous avons toujours nos questions. Pour y répondre au plus près, essayons de voir à quel moment nous pouvons nous les poser. Si Thomas demande le chemin, c’est que nous approchons de la Passion et que Jésus essaye d’expliquer plus précisément à ses disciples combien les jours qui vont venir seront déroutants pour eux, qu’ils auront des choix fondamentaux à poser et qu’ils vont se perdre en route. Aussi, pour nous, c’est au moment de faire des choix dans notre vie que nous aurons besoin de savoir que Jésus est pour nous le chemin  : choisir de croire, choisir d’aimer, choisir de répondre à l’appel du Seigneur. Cela vaut pour des choix plus quotidiens. Comment choisir ? L’écoute de la Parole de Jésus doit être déterminante, et sa grâce opérante. Savoir que nous posons ce choix avec lui doit pouvoir nous aider et nous rassurer.

Si Pilate demande ce qu’est la vérité, c’est peut-être pour mettre Jésus dans l’embarras ; au moment de son procès, c’est peut-être aussi une question fondamentale. En tout cas, on comprend que c’est une question de vie ou de mort. « Qu’est-ce que la vérité » est une question qui habite tout homme et qui répond au désir profond de son intelligence. C’est aussi au moment du doute que la réponse de Jésus peut nous rejoindre. La quête de l’homme vers la vérité prend bien des chemins  : la philosophie, la science, mais ultimement elle se conclut dans la contemplation de la vérité de Dieu. Jésus est la vérité, c’est-à-dire qu’il attire toute quête de vérité à lui, que toute quête de vérité s’achève dans sa connaissance. C’est la foi qui ultimement nous donne la vérité.
Enfin, la vie. Lorsque Lazare meurt, ses sœurs disent à Jésus que s’il avait été là, Lazare ne serait pas mort. En effet, il est la vie et la résurrection. La question de la vie nous pouvons la poser à Jésus au moment de la mort, de la mort de nos proches, mort venant au bout d’une longue route, mort fauchant une jeune vie, et peut-être même l’approche de notre propre fin. L’épreuve nous fait tourner le regard vers Jésus. Il est la vie, la résurrection. Ces moments sont aussi paradoxalement des moments pour raffermir notre attachement à celui qui est la vie, et qui l’a manifesté dans sa Pâque. Il est celui qui porte notre vie à son plein accomplissement dans l’éternité.

En définitive, c’est dans les épreuves de la vie que la réponse de Jésus, « je suis le chemin, la vérité et la vie », se révèle comme éclairante et prouve toute son efficacité.
Je suis le chemin  : marchez en moi ; je suis la vérité  : croyez en moi ; je suis la vie  : vivez en moi.

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