Homélie du 3e DO - 25 janvier 2015

C'était le second dimanche de l'Avent. Jean-Baptiste proclamait dans le désert : « Repentez-vous car le Royaume des cieux est proche ! ». Alors, j'ai essayé de faire des efforts et, comme les habitants de Ninive, de me détourner de ma conduite mauvaise. Fuir le mal et faire le bien, voilà la conversion. Noël est arrivé et, devant la crèche, j'ai cru que c'était gagné. Comme saint Joseph, je me suis approché de la terre sanctifiée par la présence de Dieu. Le Royaume était là, sous les traits d'un Enfant qu'il suffisait de recevoir et d'adorer. J'ai essayé de l'accueillir, de laisser sa lumière illuminer mon âme. Une promesse de vie ! Tout semblait pouvoir renaître.

Plus tard, la voix de Jean-Baptiste a été muselée par ceux-là qu'il appelait à la conversion. Mais, de toute manière, tout n'était-il pas différent avec la venue du Christ. Le voilà qui commence sa prédication. Ecoutez-le ! : « Le Royaume de Dieu est proche, repentez-vous et croyez à l'évangile ! ». Comme si, au fond, rien n'avait changé. Peut-être qu'en fait, abandonner mon péché et chercher la vertu n'était pas suffisant. Alors, Seigneur, que veux-tu ?

« Suis-moi ! ». La réponse est concise. Elle tient en deux mots. Deux mots qui m'ont été lancés au jour de mon baptême, ce jour où je suis devenu un chrétien, quelqu'un en qui vit le Christ. « Suis-moi ! ». Voilà la conversion. Je comprends : Il s'agit de suivre le Christ pour partager sa vie jusqu'à avoir petit à petit en moi ses sentiments : chaste, pauvre et obéissant. C'est me mettre sous son regard, pour découvrir qui je suis réellement et le devenir. Une telle conversion doit être bien laborieuse, trop souvent sans résultat immédiat. Elle est silencieuse et de longue haleine. Elle demande de me décentrer, de ne plus être le juge de ma vie. Elle demande d'aimer autrement, en recherchant non plus le plaisir d'aimer mais d'aimer selon les besoins des autres. « Suis-moi ! » C'est une grâce à recevoir et à mettre en œuvre chaque jour ! Chrétien, le Christ est là et il t'appelle comme il l'a fait avec Jacques, Pierre Jean et André. Eux, « laissant là leur filet, le suivirent ». Ne les regardons pas. Imitons-les ! Vous avez bien entendu : laissant là leur filet… Vais-je devoir tout abandonner ? Et là, je commence à calculer, à voir ce que cela va me coûter… Ce n'est pas possible maintenant, je suis marié, j'ai un travail prenant, j'en suis incapable, je vais avoir des enfants, ou bien j'en ai… Vous savez toutes ces variantes de la paire de bœuf que l'invité au festin doit essayer. J'ai peur, je résiste. Jésus touche d'un seul coup où cela fait mal : mon cœur n'est pas ajusté au sien. Pour le cœur de chair qui sait aimer, pas de peur, juste un élan vers le Bien, quoi qu'il en coûte. Ainsi aime le cœur du Christ. Le mien a peur, il est encore de pierre !

Alors saint Paul en bon pédagogue me dit comment faire pour suivre le Christ. « Faites comme si vous n'aviez pas ce que vous avez. » Il ne dit pas : « N'ayez plus » mais « faites comme si vous n'aviez pas ». Vivre ce que je suis marié, joyeux, riche, ou d'autres choses mais en le référant tout le temps à la venue du Royaume des cieux. « Venez comme vous êtes » nous dit l'appel du Christ. « Venez comme vous êtes » en relativisant tout au Royaume. En ce temps des soldes, il parlait de ceux qui font des achats… Une dame très riche est venue me voir un jour, raconte Mère Teresa . Elle me dit : « Ma Mère, je désire travailler avec vous. » Je lui ai dit que c'était une intention très louable. Au cours de la conversation, elle déclara : « Je dois vous dire que je ne porte que de jolis saris. Je m'en achète un nouveau chaque mois. » Celui qu'elle portait était très coûteux. Elle l'avait payé 800 roupies. Le mien avait du en coûter huit. Je réfléchis un instant et je demandais à la Vierge de m'inspirer la manière de lui dire de quelle façon elle pourrait nous aider. Cette réponse me vint à l'esprit : « Eh bien, Madame, je pense que le meilleur moyen serait de commencer par le sari. Ecoutez : la prochaine fois que vous en achetez un, au lieu de prendre un modèle de huit cents roupies prenez en un de cinq cents. Et employez les trois cents autres à en acheter pour les pauvres. » Cette bonne dame a fini par réduire ses frais de toilette jusqu'à porter des saris de cents roupies seulement. Je dois dire que c'est moi qui l'ai arrêtée là. Elle m'a avoué que ce sacrifice avait transformé sa vie qu'elle avait le sentiment profond d'avoir reçu beaucoup plus qu'elle n'avait donné »

« Suis-moi ! » Ne cherchez pas à estimer les vêtements de votre voisin dans l'église. Mais demandez au Seigneur de vous montrer le bien matériel ou spirituel dont il vous demande, non pas de vous défaire mais de vous servir pour construire le Royaume. Alors, on pourra dire de vous…

« Et ils le suivirent… » dans la prière quotidienne auprès de Jésus.

« Et ils le suivirent… » en méditant avec lui la Parole de Dieu.

« Et ils le suivirent… » dans ses gestes de compassion et de miséricorde.

« Et ils le suivirent… » jusqu'à ce que le Christ vive en eux…

« Et ils le suivirent… » en prolongeant la présence du Christ dans le monde

« Et ils le suivirent… » afin que l'humanité tout entière sache que Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique afin que par lui, le monde soit sauvé...

« Suis-moi » ! Chrétien, le suivras-tu ?