Homélie du (3 janvier 2016)

Suivre la bonne étoile

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

Il ne faut pas se tromper d’étoile ! Assurément si on parle d’étoile en ce jour, beaucoup penseront aux combats des étoiles dont le cinéma nous offre en ce moment sa dernière livraison (Star Wars). Vous penserez peut-être aussi aux stars et autres vedettes qui brillent dans notre monde médiatique. En tout cas, toutes ces étoiles sont dans le divertissement et le monde de l’illusion. Ces étoiles brillent d’une lumière trompeuse qui ne mène pas loin. Ces miroirs aux alouettes s’épuisent en fait à nous détourner de l’essentiel. Ces étoiles brillent pour elles-mêmes et tentent d’attirer à elles les foules pour être adulées.

En revanche, l’étoile dont nous entendons parler ce matin est un signe qui, à la fois, manifeste la gloire et Dieu et conduit à l’Emmanuel, Dieu avec nous, l’enfant de Bethléem. Elle éclaire pour orienter la quête des mages et des chercheurs de Dieu. Dans le prolongement de la nuit de Noël, nous fêtons aujourd’hui la manifestation, l’épiphanie, de la gloire de Dieu au monde dans un petit enfant, le Verbe fait chair, l’Emmanuel. Cette manifestation a commencé la nuit de Noël, quand les anges appellent les bergers à se rendre auprès de Jésus nouveau-né, et se continue aujourd’hui par le signe de l’étoile donné aux mages.

On doit être saisi par la délicatesse de Dieu dans sa manifestation, dans sa façon de se rendre visible aux hommes en tenant compte de leur situation concrète. Il ne force pas par une manifestation éclatante, il se montre avec retenue, mais clairement pour qui veut voir. Il nous faut aussi constater qu’il ne parle pas de la même manière aux bergers et aux mages. Il tient compte de leurs différences, les uns sont des membres du peuple de l’Alliance et les autres n’y appartiennent pas.

Rappelez-vous, les bergers qui veillent sur leur troupeau pendant la nuit, et là l’ange du Seigneur leur annonce qu’aujourd’hui un Sauveur est né dans ville de David, le Messie, le Seigneur. Voilà un langage que les bergers comprennent. Ils connaissent les promesses que le Seigneur a données à travers les prophètes depuis si longtemps. Ils savent que le Seigneur viendra, ils savent que de Bethléem et de la maison de David leur sera donné un Sauveur. Ils attendent cela. Aussi sans se tromper, ils reconnaissent dans l’enfant le signe déjà promis : voici la Vierge concevra et elle enfantera un fils. La promesse est réalisée.

Ce Messie qui sauve Israël est pourtant aussi celui qui sauve les païens, les nations, les gentils. Aussi, il faut que lors de la manifestation du Sauveur, ils soient associés et soient présents à la crèche. Là nous voyons la délicatesse de Dieu, il va leur parler avec un langage qu’ils peuvent comprendre. Il va se manifester en quelque sorte à des chercheurs de Dieu qui représentent l’ensemble des chercheurs de Dieu en dehors du peuple d’Israël. Hors de l’Alliance où Dieu s’est révélé, des hommes ont cherché Dieu, ont cherché une explication du monde, ont cherché comment on devait agir pour être juste, comment on pouvait s’approcher de la divinité dont on devinait qu’elle gouvernait le monde. La sagesse est un bien commun de toutes les nations. Les hommes ont scruté la nature, l’ordre du monde et des choses pour en découvrir le principe suprême. On peut appeler cette démarche sagesse, philosophie, religion mythologique. Dieu ne les oublie pas et aujourd’hui va leur parler par un signe qu’ils puissent comprendre. Il va parler par une étoile, que ceux qui scrutent l’ordre naturel vont voir et interpréter comme un signe de la manifestation de Dieu. Ces mages sont en quelque sorte les chercheurs de Dieu les plus fins et les plus capables de voir quelque chose dans le ciel qui annonce une bonne nouvelle. En effet, voyant l’étoile, ils se mettent en marche vers l’endroit qu’elle semble désigner. Pourtant, ce signe n’est pas entièrement bien compris, ils n’ont pas encore tous les éléments pour comprendre la réalité de cette manifestation de Dieu. Ils pensent à un roi et ils se précipitent chez Hérode, qui saura en tirer les tragiques conséquences, averti qu’il est des promesses du Seigneur. Dans un premier temps les mages se trompent de roi, ils ne peuvent vraiment le découvrir qu’avec l’aide des chefs des prêtres et des scribes pour aller jusqu’à Bethléem. Là, ayant découvert l’enfant, ils ne se contentent pas de l’adorer, ils lui offrent des présents qui, il faut le reconnaître, ne sont pas très en harmonie avec la crèche et la modestie de ce que Dieu a choisi pour venir au monde. Pourtant, ces « erreurs », si l’on peut dire, montre bien qu’ils sont sur la bonne voie et qu’ils sont en chemin. Leurs présents royaux se font prophétie : l’or, l’encens et la myrrhe. Le Christ est bien roi, prêtre et prophète.

Le Seigneur se manifeste aujourd’hui, il se manifeste avec clarté aux bergers et au peuple d’Israël, il se manifeste avec des signes naturels que les sages peuvent reconnaître. À chacun le Seigneur se manifeste selon des voies choisies et adaptées. Cette manifestation de gloire se fait pourtant dans un signe d’une étonnante modestie : un enfant. Nous aurons encore du chemin à parcourir pour comprendre ce que cela signifie, il nous faudra aller de Bethléem à Jérusalem.

Enfin, cette manifestation de Dieu aujourd’hui aux païens et aux juifs, nous révèlent aussi un enseignement sur l’homme. Les bergers comme les mages viennent se prosterner devant l’enfant de Bethléem. Ils viennent le reconnaître comme digne d’adoration. Ils nous révèlent qu’ils ont compris qui est Jésus. Mais il nous est donné de comprendre que la vocation de l’homme aussi s’accomplit dans l’adoration. C’est pourquoi, il nous importe de ne pas se tromper d’étoile. Tous, de la première Alliance, des nations païennes, nous sommes convoqués pour adorer le Seigneur. Nous recevons une révélation sur notre vocation propre d’être humain : adorer le Seigneur. Adorer le Seigneur car il est le créateur de toutes choses. Adorer le Sauveur qui nous arrache aux forces du mal. Dans l’adoration, l’homme découvre qui est Dieu, il le reconnaît comme celui de qui vient tout bien. Il se trouve dans la position juste. À la crèche, nous voyons aujourd’hui les bergers et les mages à genoux devant l’Emmanuel. Que l’on offre des présents royaux ou sa pauvreté, nous sommes dans notre vocation la plus belle, celle d’accueillir la manifestation de la gloire de Dieu. Il s’agit pour nous d’adorer et de maintenant faire silence. Amen !

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