Homélie du 2e DP - 18 avril 2004

Thomas le Croyant, l’Adorateur et le Confesseur de la Foi

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Dites du mal de quelqu’un, même si c’est faux, il en restera toujours quelque chose… et ce n’est pas Thomas qui va me contredire, lui qui traîne comme un boulet, depuis bientôt 20 siècles, le surnom peu élogieux de «l’incrédule». Et pour nous dédouaner, nous utilisons même parfois l’expression: «moi, je suis comme saint Thomas, je ne crois que ce que je vois». Finalement, Thomas ne serait pas si saint que ça. Un saint de seconde catégorie, si l’on peut dire. Remarquez même que l’on dit «Thomas l’incrédule» et non «Saint Thomas l’incrédule».

Et avouez, frères et sœurs, que ce n’est pas pour nous déplaire. C’est même rassurant, non? Après tout, si même un des Apôtres a douté, je peux bien me permettre un petit ou un gros doute de temps en temps.

Et pourtant, Thomas nous est donné comme un exemple à suivre. Si Thomas nous est donné comme exemple, ce n’est pas parce qu’il a douté, mais parce qu’il est saint!!! Je vous propose même de lui enlever son surnom pluriséculaire et de l’appeler, enfin, Thomas le Croyant, Thomas l’Adorateur, Thomas le Confesseur de la Foi!

Et il est tout cela parce que le Fils se laisse toucher!

C’est bien de cela dont il s’agit: vous l’avez entendu dans tous les textes que propose l’Église en ce dimanche, il est question de «main», sept fois! Ce sont les mains des apôtres qui accomplissent signes et prodiges, la main droite du Fils d’homme qui se pose sur Jean l’Évangéliste et le rassure, les mains que le Christ ressuscité montre à ses disciples et celle de Thomas qui veut toucher et vérifier. Il s’agit bien de toucher, d’établir une relation physique.

Le chrétien n’est pas un pur esprit, nous le savons bien. Le chrétien est chrétien avec tout son corps, tous ses sens: il voit la lumière des cierges et des ors, ils entend les orgues et les chants, il sent les vapeurs d’encens et l’arôme des lys, il goûte le corps et le sang de son Seigneur… et aujourd’hui, il est même invité à toucher! Et pourtant, si je n’ai pas oublié ce que m’ont appris mes parents (surtout lorsque l’on est né au Nord de Montauban!), je sais qu’il ne faut pas toucher, que l’on touche avec les yeux.

Il va falloir oublier tout cela aujourd’hui. Il va falloir devenir vulnérables, accepter notre faiblesse, notre misère, pour que le Christ vienne nous toucher et nous relever. Alors, à notre tour, nous pourrons l’approcher, le toucher. Nous pourrons tendre la main vers lui. Mais pour cela, il faut que Lui nous touche le premier. Et c’est mon souhait le plus cher en ce jour: que le Christ vous touche en plein cœur et que vous puissiez vous écrier, avec Thomas le Croyant, «Mon Seigneur et mon Dieu»!

Oui, le Fils se laisse toucher!

Comme jadis, au Cénacle, il va venir au milieu de nous. Comme il s’est rendu présent, mystérieusement, à Thomas, il va se rendre présent à nous, sur l’autel. Nous entendrons tous, dans quelques instants, «Ceci est mon Corps», «Ceci est mon Sang». Ce n’est pas une façon de parler, c’est vrai: le Christ sera véritablement présent, au milieu de nous. Pas question alors pour notre âme de faire comme Thomas il y a quelques jours: aller se balader, ailleurs. Contrairement à Thomas, elle a été avertie! Il faudra qu’elle soit bien présente ici, pour La rencontre. Et ce n’est pas si simple, il faut un cœur d’enfant pour le comprendre… et serait-ce un hasard si, lors de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain en janvier 1871, ce sont des enfants qui peuvent lire le texte qui s’inscrit dans le ciel : «Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher!»

La prière, voilà une clef qui ouvre la porte de la Rencontre. Une Rencontre avec le Christ qui se prépare, dans le silence, dans un cœur à cœur avec Dieu… Alors, lorsque le prêtre élèvera l’hostie consacrée, nous pourrons nous prosterner, avec Thomas l’Adorateur, devant notre Seigneur et notre Dieu.

Oui, le Fils se laisse toucher! Et Thomas confesse: «Mon Seigneur et mon Dieu!». Il ira porter la nouvelle de la Résurrection de son Seigneur jusqu’aux limites du monde. Ainsi, une belle tradition en fait l’évangélisateur des Indes! Thomas a été touché par le Christ; il a voulu toucher le Christ; il veut que tout homme touche le Christ à son tour. L’Évangéliste ne nous dit même pas s’il a effectivement touché le Christ. Il relate cependant sont empressement à confesser sa foi, à affirmer que Jésus ressuscité est Dieu. C’est Thomas qui est touché alors qu’il voulait toucher.

Et comment pourrait-il en être autrement pour nous tous, ici rassemblés? Dans quelques instants, en ce lieu, nous confesserons ensemble notre foi. Un peu plus tard, l’Amen que nous prononcerons lorsque nous recevrons le Corps et le Sang du Seigneur, sera une nouvelle confession.

Bien entendu, tout ne devra pas s’arrêter lorsque nous quitterons cette église. Les Apôtres, remplis de joie à la vue du Seigneur sont-ils restés enfermés dans leur peur, au Cénacle? Il faudra sortir et, avec Thomas le Confesseur de la Foi, nous pourrons témoigner de notre Dieu dans notre monde qui veut de moins en moins de lui.

Heureux es-tu, Thomas, toi qui es Croyant, Adorateur de ton Seigneur et Confesseur de la foi! Toi que l’on appelle Jumeau – aussi bien en araméen, Toma, qu’en grec, Didyme! – et pourtant jamais on ne parle de ton frère. Alors permets-moi, permets-nous, d’essayer de devenir ton frère jumeau. Permets-nous de traverser l’épreuve de nos doutes pour adhérer au témoignage de ceux qui ont vu le Christ ressuscité!

Alors nous partagerons cette joie des premiers disciples. Nous serons de ceux que le Seigneur appelle heureux! Car c’est bien à cela que nous sommes appelés: le bonheur sans fin que rien ne pourra jamais nous enlever. Amen.