Homélie du Assomption - 15 août 2011

« Tous les âges me diront bienheureuse »

par

fr. Benoît-Dominique de La Soujeole

Ce que la Vierge Marie prophétise dans le chant du Magnificat, s’est accompli: depuis deux mille ans, toutes les générations ont proclamé la béatitude de Marie, et nous accomplissons aujourd’hui cette prophétie. Nul doute aussi que les générations qui nous suivent accompliront, elles aussi, cette prophétie.

Mais quelle est cette béatitude de Marie?

Elle n’a pas résidé pendant sa vie dans les biens matériels; Marie n’a pas été riche comme ceux dont le Magnificat dit qu’ils sont renvoyés les mains vides; elle n’a pas résidé dans les biens qu’on peut appeler «sociaux» comme la place, le rang, la dignité… Marie a été de ce point de vue quelqu’un de fort «commun»; elle n’a même pas résidé dans les biens de l’esprit, la culture, l’éclat de capacités intellectuelles brillantes; rien ne distingue Marie en cela des personnes les plus courantes et «ordinaires». Sa béatitude, commencée ici-bas et accomplie maintenant au ciel a été et demeure de vivre auprès de Dieu, vivant de sa vie divine.

Cette béatitude est exactement celle qui nous est proposée. Elle est très précisément à la fois notre route et notre destinée à tous. De sorte que la célébration de la solennité de l’Assomption inclut nécessairement la célébration de la vocation chrétienne comme telle. Le Christ ressuscité, en son corps et en son âme, est les prémices de toute l’humanité rachetée.

Où se loge donc la spécificité mariale que nous célébrons aussi aujourd’hui?

Marie est la Mère de Dieu. Elle est celle en qui et par qui Dieu le Verbe, le Fils unique éternel, s’est humanisé. Marie est le témoin premier et fondamental de l’incarnation. Mère selon la chair dans le mystère de l’incarnation, elle est le témoin jusque dans sa chair de la gloire du Christ ressuscité. De quelle façon ce témoignage est donné? La proclamation dogmatique de 1950 le précise: Marie, au terme de sa vie terrestre, a été élevée en son corps et en son âme dans la gloire de Dieu. Marie est actuellement présente dans toute la perfection de son humanité – corps et âme – dans la béatitude de Dieu. Bien que la proclamation dogmatique soit récente, cette réalité était présente depuis fort longtemps dans la conscience chrétienne. Par exemple, c’est Louis XIII qui plaça notre pays sous le patronage de Notre Dame de l’Assomption. Mais plus encore, la tradition la plus ancienne et constante l’atteste: on a jamais vénéré de reliques corporelles de la Vierge Marie: car son corps n’est plus ici-bas; il est déjà glorifié.

Faisons un pas de plus. Le concile Vatican II, puisant dans une profonde tradition, notamment des Pères grecs, affirme que «par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme.» (Gaudium et spes 22). C’est dire que par le fait même que la nature divine est entrée en contact si intime et profond avec la nature humaine, cette nature humaine a été restaurée radicalement peut-on dire: cette nature faite de l’unité substantielle du corps et de l’âme à retrouvé définitivement cette unité. La conséquence est que toute chair ressuscitera. La mort comme séparation de l’âme et du corps est vaincue car cette séparation ne durera pas. Dans le Credo (Symbole des apôtres) nous affirmons croire «en la résurrection de la chair». Notons bien que nous ne disons pas «en la résurrection de la chair des justes, des saints…», mais en la résurrection de la chair. C’est dire que tout homme, les bons comme les méchants, ressusciteront. Certes, les bons ressusciteront pour la gloire, et les méchants pour le jugement, mais tous les hommes retrouveront l’intégrité de leur nature humaine. Et cela n’est pas l’effet du mystère de Pâques, mais du mystère de l’incarnation.

Nous retrouvons ici la Vierge Marie: elle est celle en laquelle et par laquelle ce «contact» si intime et puissant de la nature divine et de la nature humaine a eu lieu. Et la conscience chrétienne a vu que ce contact avait résonné de façon singulièrement profonde en la chair de Marie. Sa personne dès lors a bénéficié de cette restauration de la nature, et la sainteté de sa vie l’a conduite a entrer immédiatement – au terme de son séjour terrestre – en son corps et en son âme dans la béatitude éternelle de Dieu.

La chair de Marie est devenue exemplaire de la nôtre. Le corps de la Mère de Dieu fut ici-bas humble et pur. Humble car il fut l’instrument de l’Esprit qui l’a fécondé. Pur car, sans péché, il fut digne d’être le Temple de l’Esprit.

Notre chair ressuscitera: cela est d’abord un effet de l’incarnation du Verbe de Dieu. Mais elle doit ressusciter pour être glorifiée et non condamnée. Pour cela, nous aussi, nous devons être dans notre chair, humbles et purs, c’est-à-dire vraiment consonants aux valeurs de l’Esprit. Que l’intercession et l’exemple de la Mère de Dieu nous soutiennent et nous guident aujourd’hui pour marcher résolument vers la gloire.