Homélie du 26 avril 2020 - 3e Dimanche de Pâques

Un évangile en trois actes

par

fr. Ludvik Grundman

Chers frères et sœurs, cet évangile est une pièce magnifique en trois actes. Les disciples vont à Emmaüs, ensuite le Christ rejoint ses disciples, enfin les disciples rentrent à Jérusalem.
Alors asseyez-vous confortablement, nous allons regarder chacun des trois actes. Chaque acte nous apprend quelque chose sur la présence de Jésus, chaque acte nous donne une idée pour ce temps de confinement.

Deux disciples
Acte premier : Les disciples vont à Emmaüs.
Ils sont deux. Et c’est très bien. Car Jésus lui-même, de son vivant, « les envoya deux par deux » (Lc 10, 1). Il est fort probable que ces deux disciples faisaient partie de ces 72 disciples, envoyés deux par deux ; ainsi on constate qu’ils ont gardé les bonnes manières que Jésus leur a inculquées !

Ce qui est encore plus important est que cet épisode illustre parfaitement ce que Jésus a dit : « Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18, 20, BJ).
C’est exactement cette expression « au milieu d’eux » que l’évangéliste utilise quand il décrit l’apparition de Jésus, une fois les disciples retournés à Jérusalem. Oui, Jésus est présent dans la communauté des croyants, même la plus petite, dans la minuscule Église domestique.

Jésus ressuscité est vraiment présent, là où vous vous réunissez en son nom pour prier, et pourquoi pas, pour échanger sur sa Passion et sa Résurrection, car quel meilleur sujet pouvons-nous choisir comme conversation pendant ce temps de confinement.
Hélas, nous le savons bien, nombreuses sont les personnes qui sont maintenant privées de toute compagnie, qui restent seules sans pouvoir parler avec un autre… Mais heureusement notre récit se poursuit, nous voici au début de l’acte deux.

Jésus avec ses disciples
Jésus rejoint les disciples. Et, force est de le constater, il n’est pas particulièrement tendre avec eux. Il commence par poser des questions qui semblent saugrenues, et ensuite, il leur lance assez durement : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes ! »

Quelle est la raison de ce reproche aussi brutal ? Ne pas croire à ce qu’avaient annoncé les Prophètes. Or, les disciples eux-mêmes l’ont dit clairement : Jésus s’est montré « un prophète puissant » (Lc 24, 19). Et Jésus, comme prophète, a annoncé à trois reprises sa Passion et sa Résurrection. Visiblement, sur ce point, pourtant essentiel, ses disciples ne l’ont pas pris au sérieux.

Frères et sœurs, osons poser une question : « Faisons-nous mieux qu’eux ? » Croyons-nous vraiment à ce qu’a annoncé Jésus, le plus grand parmi tous les prophètes, prophète et bien plus qu’un prophète ? Sa parole est vraie, sa parole est efficace, et qui plus est, il est vraiment présent dans sa parole.

« Jésus leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » Et cela en une journée seulement ! Nous avons, dans ce temps de confinement, certainement plus de temps ; alors pourquoi ne pas en profiter pour lire tout ce qui concerne Jésus ? D’ici mi-mai, lire le Nouveau Testament en intégralité, c’est certainement faisable ; autant s’y mettre dès aujourd’hui !
C’est la leçon que nous pouvons tirer du deuxième acte : scruter et méditer les Écritures, les paroles de Jésus, en n’oubliant jamais la finale de Matthieu : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

À Jérusalem
Enfin, le troisième acte arrive. Les disciples repartent : « À cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. »
Le texte grec est très fort, il dit : « Ils se levèrent » ; c’est le même mot que l’on utilise pour la Résurrection du Christ. Telle est la force qui pousse les disciples maintenant.
Frères et sœurs, c’est loin d’être évident car « le soir tombe et le jour déjà touche à son terme ». Et Jérusalem est à 60 stades, soit environ 12 kilomètres. Pourtant les disciples y retournent aussitôt. C’est un effort non négligeable.
Quelle détermination, quel empressement ! Et il nous en faut à nous aussi, lorsqu’il s’agit d’accomplir la volonté de Dieu.

Après la Résurrection, l’ordre de Jésus, en tout cas dans la perspective de saint Luc, est de rester à Jérusalem et d’y attendre l’Esprit-Saint.
Aujourd’hui, le mot d’ordre est de « rester chez soi ». Et obéir à ces consignes peut nous unir à la volonté de Dieu, si nous le faisons par charité. C’est certainement la volonté de Dieu que nous fassions de notre mieux pour freiner la pandémie et protéger les autres. Mais il y a plus. Dieu a permis cette situation dure et difficile où une très grande partie de son Peuple est privée des sacrements. C’est bien mystérieux et même incompréhensible, comme l’était la Passion de Jésus pour les disciples d’Emmaüs. Mais cela ne nous empêche pas de nous unir à la volonté de Dieu qui a permis cela. Nous pouvons l’accepter et l’accueillir amoureusement. S’il « fallait que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? », nous aussi nous devons passer par les souffrances que nous impose le confinement.

Frères et sœurs, Jésus Ressuscité a disparu aux yeux des disciples d’Emmaüs, mais il n’est nullement dit qu’il les a quittés. Au contraire, il reste toujours avec eux et avec nous. En ce temps de confinement, beaucoup de réalités ont disparu de nos vies, dont les sacrements qui sont précisément les signes visibles de la grâce divine. Mais le Christ ressuscité reste bien présent au milieu de nous, quand nous sommes réunis en famille, dans sa parole et lorsque nous acceptons et accomplissons sa volonté.