Homélie du Solennité de la nativité de saint Jean Baptiste, précurseur du Seigneur - 26 juin 2018

Un petit caillou…

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Rien de plus agaçant que d’avoir un petit caillou dans la chaussure. Il nous fait mal à chaque fois que nous posons le pied. Si petit qu’il soit, il nous empêche de vivre. Et bien voilà, un petit caillou s’est glissé dans la chaussure du disciple. Un petit caillou s’est glissé dans nos chaussures.
Ce caillou est parfois grand, parfois petit ; rond et polis, ou bien difforme et pointu. Dans tous les cas il nous gêne et ralenti notre marche. Ce caillou, ce sont nos faiblesses et nos peurs, nos défauts et nos lâchetés. C’est aussi la souffrance qui se présente à nous sous diverses formes tout au long de notre vie. Autant de bonnes raisons pour ne pas avancer ; autant de bonnes raisons pour s’asseoir sur le bord du chemin et attendre… Attendre quoi ? On ne sait pas trop. Que les choses aillent mieux, peut-être… Que les difficultés disparaissent et que les obstacles nous soient enlevés. Bref, que ce satané caillou disparaisse.

Et nous faisons là une erreur d’appréciation car ce caillou peut devenir très utile. Saint Jean Baptiste est venu pour préparer les chemins du Seigneur et rendre droit ses sentiers. Les nids de poules doivent être comblés. Les pierres qui nous gênent tant et que nous voudrions voir disparaître deviennent précieuses. Cette pierre que l’on rejette est appelé à devenir pierre d’angle, c’est-à-dire non plus un obstacle dont on se débarrasse, mais la pierre sur laquelle se bâtit notre vie chrétienne. Cette pierre, c’est le Christ. C’est le Christ qui entre dans nos vies par sa croix. Cette croix qui devient mystérieusement source de vie et qui mène à la résurrection. La faiblesse qui est la nôtre, les difficultés que nous rencontrons sont source de vie. « C’est lorsque je suis faible que je suis fort », dit saint Paul. Nous avons donc un caillou dans la chaussure et ce caillou nous permet de marcher !

Nous fêtons aujourd’hui la naissance de Jean Baptiste. Aujourd’hui parce que, ça y est, le soleil décroît. Les jours raccourcissent. C’est l’inverse de la naissance de Jésus que nous fêtons le 25 décembre quand les jours rallongent enfin. Le secret de Jean Baptiste est là. Aplanir les chemins, faire que les cailloux comblent les trous et deviennent utiles, c’est diminuer pour que le Seigneur grandisse. « Il faut qu’il grandisse et que je diminue. » Jean Baptiste enseigne à laisser le Christ illuminer nos vies, à laisser le Christ combler les vides de notre cœur par son amour.

Il faut diminuer, mais ne pas disparaître. On laisse la lumière décroître pour être illuminés d’une autre lumière, de la lumière du Christ. L’humilité n’est pas la destruction de nous-mêmes, mais c’est laisser le Seigneur nous construire. Dans le récit de la naissance de Jean Baptiste, Dieu, par la bouche de Zacharie, change le nom de Jean. Il ne s’appellera pas Zacharie comme son père mais Jean. Jean Baptiste, tout fils de Zacharie qu’il est, reçoit sa mission de Dieu et non des hommes. Ce qui le caractérise le mieux, ce qui le décrit le mieux, c’est qu’il vient de Dieu. Et c’est pour cela qu’il reçoit un nom nouveau. « Il s’appellera Jean ! » Dieu lui donne un nom pour qu’il soit son serviteur et qu’il lui prépare ses chemins.
Ce nom nouveau donné à Jean Baptiste, nous en recevons tous un. Ce nom transforme ce que nous sommes pour faire de nous des fils de Dieu. Dans le Livre de l’Apocalypse, le vainqueur reçoit un caillou blanc sur lequel est inscrit un nom que lui seul connaît. Sur ce caillou est gravé l’amour de Dieu qui nous est donné. On le reçoit probablement dans nos chaussures, là où on ne voudrait pas, d’une manière qui n’est pas notre manière. « Mes chemins ne sont pas vos chemins et mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur. Ce caillou n’est pas là pour nous empêcher de marcher, mais pour nous rappeler qui nous sommes vraiment, pour nous rappeler que nous sommes fils de Dieu. Ce caillou qui porte l’amour de Dieu vient combler les désirs les plus profonds de notre cœur.
Jésus lui-même a reçu un nom. Un nom au-dessus de tout nom. C’est sur la croix qu’il reçoit ce nom. C’est parce qu’il s’est abaissé en devenant homme et en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix, qu’il a reçu ce nom (cf. Ph 2) Le nom gravé sur notre caillou, c’est le nom de chrétien, c’est le nom de Jésus. En le recevant, nous devenons le Christ, nous devenons membre de son corps. Il nous transforme en nous donnant son propre nom.

Alors, si tu as un caillou dans la chaussure, regarde-le bien : il porte le nom du Christ gravé dessus. Regarde-le bien, il contient tout l’amour de Dieu qui vient te transformer de l’intérieur. Regarde-le, non pas à ta propre lumière, mais diminue pour que la lumière du Christ vienne illuminer ta vie. « Remets ta vie dans les mains du Seigneur, compte sur lui et tu verras, il agira et t’accordera plus que les désirs de ton cœur. »