Homélie du (30 octobre 2005)

Un seul PÈRE,
tous frères appelés à porter les fardeaux les uns des autres!

par

fr. Bernard Autran

En suivant l’Évangile de Matthieu, la liturgie de cette année clôt par ces sévères mises en garde le récit des affrontements de Jésus avec les responsables juifs qui refusent de croire en Lui. Désormais, elle ne nous orientera plus tant vers son départ par sa mort et Sa Résurrection – ce sera à Pâques – mais plutôt vers l’accomplissement définitif en Son Retour glorieux. Bientôt, avec la Toussaint nous lèverons les yeux vers la foule immense de ceux qui hurlent leur joie d’être sauvés, puis nous écouterons les paraboles des vierges qui attendent la venue de l’Époux, celle des Talents et la description du Jugement dernier. Aujourd’hui, Il répond aux responsables et aux spécialistes de la religion: malheureux sont-ils s’ils exploitent leur situation à leur avantage au lieu répondre à leur vocation en se mettant humblement et en vérité au service de leurs frères.

Au religieux comme au civil – à l’origine les deux n’étaient guère distingués – une société ne peut prospérer que si certains en prennent la direction. C’est le sens du mot « roi », rex, celui qui dirige. Le rêve anarchique n’est qu’une impasse. Et parmi les services que les hommes ont à se rendre mutuellement, celui qui consiste à organiser la vie commune de ses frères est le plus éminent. Mais quand on exerce ainsi un « pouvoir », c’est une tentation aussi ancienne que l’humanité d’en abuser en le tournant à son avantage, se faire servir au lieu de servir, d’imposer aux autres des fardeaux dont on ne se charge pas soi-même! La Bible retentit de réactions des prophètes contre ces abus. Nathan reproche à David son crime, et il se repend. Plus tard, quand est tombé l’enthousiasme du retour de l’exil, fonctionnaires du culte, bouchers rituels, des « prêtres », ont largement cédé à la tentation, et nous avons entendu le Prophète Malachie (« Mon Messager ») le leur reprocher vivement. Mais il élargit encore le débat: au-delà des dirigeants, ce sont tous les membres du Peuple de Dieu qui doivent porter souci les uns les autres, reconnaître ainsi le Dieu qui les a créés, se comporter comme les Enfants d’un même Père!

Jésus constate que l’esprit de service ne paraît guère dominer chez les responsables politiques: « Vous le savez, les chefs des nations païennes commandent en maîtres et les grands font sentir leur pouvoir! » Dans l’Évangile que nous venons de lire, Il reproche vivement aux responsables religieux de son Peuple de les imiter. Ils agissent toujours pour se faire remarquer, ils aiment les places d’honneur, se font remarquer par leurs vêtements, se font donner des titres pompeux. Au contraire, entre disciples, il ne doit pas en être ainsi: celui qui veut devenir grand en vérité sera serviteur, celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. La raison profonde est le renversement des valeurs qu’Il vient introduire: le clinquant, l’apparent n’est que buée passagère, la réalité, le solide est le Don de soi dont Il vient nous donner l’exemple le plus éblouissant: « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner Sa Vie en rançon pour la multitude. » Alors, Il ajoute: « Ne vous faites pas donner le titre de « Rabbi », maître, car vous en avez un Seul, Le Christ. Ne donnez à personne le nom de « Père », car vous n’en avez qu’un Celui qui est aux Cieux! »

Remarquons qu’un jour où son clan familial a cherché à le récupérer, Jésus l’a proclamé, sa véritable Parenté était ceux qui écoutaient la Parole de Dieu et la mettaient en pratique. Ceux-là Il ose les dire ses frères, ses sœurs, même sa mère! Merveille, ils Le font naître dans les cœurs! Saint Paul revendique cette douceur dans le service, il a voulu être pour les siens comme une mère, telle est l’affection avec laquelle il se dévoue, travaillant jour et nuit pour n’être à la charge d’aucun d’entre eux!

Alors, que dire dans notre Église de titres pompeux, Excellence, Éminence?… le ridicule tue! Pourtant, malgré l’Évangile, nous donnons le nom de « Père » spécialement à celui qui est par excellence le « serviteur des serviteurs de Dieu » Il « Papa » le Pape. Nous le disons aussi de nos évêques et nos prêtres. Alors, rappelons-nous que l’Évangile est esprit, non un code de recettes à appliquer telles quelles. Ce titre, personne ne peut le revendiquer, car Il n’appartient qu’à Celui qui est L’Unique Source de toute Paternité. Mais si nous l’attribuons filialement, n’est-ce pas pour signifier que l’Unique Père leur fait le redoutable honneur d’être ses intermédiaires en enrichir leurs frères, en faire ses Enfants, leur apprenant à se donner à l’imitation de Jésus.

Ainsi, pour les prêtres, recevoir ce nom de Père n’est possible que dans une grande Humilité. Si nous donnons le Christ dans l’Eucharistie, souvenons-nous qu’Il a commencé par laver les pieds de ses disciples! Alors, ministres ordonnés ou non, en responsabilité ou non, souvenons-nous, s’Il nous l’a annoncé: « qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé« , c’est pour nous entraîner à partager son immense Grandeur, Lui qui, de condition divine n’a rien revendiqué de sa condition divine, mais S’est fait Serviteur, a partagé notre condition jusqu’à la Croix. Ainsi est-Il devenu le reflet du Père qui, dans Sa Splendeur, Se fait le premier Serviteur!

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