Homélie du Assomption de la Vierge Marie - 15 août 1998

Un texte du Ve siècle

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«Notre Seigneur fit un signe à Michel, et Michel parla avec la voix d’un ange puissant. Et des anges descendaient sur trois nuées. Et notre Seigneur dit à Michel: «Ordonne-leur de porter le corps de Marie sur les nuées». Et lorsque le corps de Marie fut placé sur les nuées, le Seigneur ordonna aux nuées d’aller vers l’entrée du paradis… Le corps de Marie fut placé sous l’arbre de vie, et les anges apportèrent son âme et la mirent dans sont corps.» (Texte liturgique grec du Ve siècle).

Écoute ma fille, regarde et tends l’oreille. Le roi désire ta beauté. Écoute ma mère, toi qui m’as enfanté, qui m’as élevé, qui m’as accompagné jusqu’au pied de la croix.
Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme. Dieu m’a envoyé, il a choisi de venir dans le monde lui-même afin que l’homme retrouve le paradis perdu, qu’il soit libéré de l’antique malédiction. Quand tout fut accompli sur la Croix Glorieuse, quand le dessein du Père fut parfait, je suis entré dans ma gloire. Ainsi ai-je ouvert le chemin de gloire pour l’homme et je lui ai rendu possible de participer à ma béatitude.

Viens ma fille, viens ma Mère, je te couronne de ma gloire, Comme les tables de la Parole étaient dans l’Arche de l’Alliance, ainsi étais-je dans ton sein pur, préparé à ma venue. Il était digne que l’Arche fût pure, préservée de toute souillure – il était digne que tu sois immaculée, car tu portais le Saint des Saints, le Roi des Rois.
Tu m’as accueilli à mon entrée dans la bourgade de ce monde – je t’accueille aujourd’hui en ma sainte Cité. Tu m’as accueilli dans ta chair: j’accueille aujourd’hui ta chair dans la gloire. Je suis de ta chair, mon corps s’est formé du tien. Tu fus unie à moi dans mon abaissement, sois maintenant unie à ma gloire.
Tu as écouté ma Parole quand l’ange fut envoyé chez toi, tu as écouté ma parole quand Siméon a prophétisé, tu as écouté ma Parole quand j’ai dû être aux affaires de mon Père, jusqu’au pied de la croix. Viens ma fille, entre dans ma gloire, car celui qui écoute ma parole et la met en pratique est digne de prendre part à ma victoire.

Ma grâce ne fut pas vaine en toi: tu as reconnu que c’est le Seigneur qui fait les grandes choses dans la vie humaine. Tu as vu que l’homme est faible, qu’il subit les coups de la vie, qu’il cherche son bonheur sur des chemins qui souvent ne conduisent nulle part: tu as vu que Dieu seul peut le relever, le sauver, s’il avoue sa petitesse. Tu as vécu dans cette foi, tu as agi selon cette foi, même dans les moments les plus difficiles, même sous la croix où tout semblait être perdu. Pour montrer à quel point tu étais attachée à ma Parole, tu as gardé ta virginité, et toutes les générations te disent désormais bienheureuse. Tu m’as compris à Cana, tu m’as compris aussi au Cénacle, après Pâques, où tu priais avec les disciples. Entre maintenant dans la joie de ton Seigneur.

Ma fille, tu entres dans la gloire éternelle avec ton corps et ton âme; tout ton être est élevé. Tu as été la première à m’être unie, tu es aussi la première à prendre place à mes côtés. Tu es la première, mais pas la dernière. Tous les hommes ont leur place ici. Ma croix a suffi pour racheter les multitudes. En Adam, tous sont morts, en moi, tous revivront. Ma fille, tu seras leur exemple. Tu as montré quelle est la vie qui conduit à la gloire. Tu as trouvé grâce aux yeux du Seigneur comme tous les hommes; tu as écouté sa Parole, à quoi tous sont appelés; tu as été pauvre et humble dans le service du prochain, ce qui est l’itinéraire proposé à tous; tu as été fidèle même dans la souffrance, ce qui est demandé à tous les croyants; et tu es glorifiée maintenant en tout ton être, ce qui est la finalité de tous les hommes. Tu leur montres qu’avec la grâce l’homme peut offrit sa vie en sacrifice agréable à Dieu, sa vie n’est pas vaine car si l’homme est uni à moi dans mon abaissement, il sera aussi uni à moi dans ma résurrection. Tu donnes l’espérance à l’Église, qui est encore en pèlerinage sur la terre: en bas, elle est éprouvée, ses membres sont largement imparfaits, mais dans ses saints, et tout premièrement en toi, elle est déjà glorieuse.
Ma fille, ma mère, tu seras non seulement l’exemple, mais aussi l’aide efficace pour les hommes. Comme à Cana, les hommes n’ont jamais assez de vin, ils ont toujours soif du breuvage du salut. Comme tu m’as prié à Cana, tu me prieras toujours pour que tous, partout et de tout temps, puissent se désaltérer de mon salut et arriver jusqu’à ma gloire.

Peut-être êtes-vous frappés par le style un peu exalté de ce texte, qui, en partie est du Ve siècle. Mais avouons-le: il est très difficile d’imaginer comment s’est passé l’événement que nous célébrons aujourd’hui. La foi en l’Assomption de la Mère de Dieu fait partie de la foi de l’Église, et même si nous n’avons que des images et des concepts très limités, elle nous enseigne, elle nous remplit d’espérance et elle nous fait avancer sur la voie du Seigneur.