Homélie du (27 mars 2016)

Un tombeau vide et ouvert

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

Un tombeau vide et ouvert, à quoi cela peut-il servir ? Un tombeau, c’est fait pour être occupé par un mort et bien fermé sur lui. Un tombeau vide, qui plus est vidé et ouvert, est un non-sens, un illogisme. Quand Marie-Madeleine voit le tombeau de Jésus ouvert et vide, elle est saisie de stupeur et de crainte. Sa réaction est fort logique et raisonnable : « on a pris le corps du Seigneur. » Et d’ailleurs, lorsqu’elle rencontre Jésus ressuscité qu’elle prend pour le jardinier, elle lui demande de lui rendre le corps pour le remettre dans le tombeau. Un tombeau s’est fait pour être rempli et fermé. Vendredi soir, on avait bien pris soin de mettre Jésus dans un tombeau et de le refermer avec une pierre. Ainsi, avait-on pensé clore l’histoire de Jésus.

Or depuis ce matin de Pâques, le tombeau qu’occupait Jésus est vide et ouvert. C’est un témoignage rendu à la Résurrection de Jésus. C’est pourquoi, depuis ce jour, certains n’ont cessé de vouloir le remplir de nouveau et de le fermer définitivement, cette fois. Dans l’évangile de Matthieu, on rapporte l’histoire des soldats qui gardaient le tombeau et qui sont priés de répandre l’histoire, qui, on doit le reconnaitre, a toutes les apparences pour elle, ses disciples sont venus de nuit voler le corps. D’ailleurs, à bien des reprises dans l’histoire, on a cherché et même annoncé qu’on avait trouvé le vrai tombeau de Jésus en Inde ou même à Jérusalem, sans cependant trop de preuves patentes. Depuis que ce tombeau de Jésus est vide, il reste comme une anomalie. Pour ceux qui ont la foi, il est signe du passage de Jésus. Pour les autres, il faut qu’il soit de nouveau occupé, d’une manière ou d’une autre. Si on n’arrive plus à mettre la main sur Jésus, on va remplir le tombeau de ses apôtres, de ses disciples, en un mot des chrétiens. On va s’acharner sur ceux qui ont pris la relève de Jésus et qui ont annoncé sa Résurrection. C’est que l’Église continuant d’assurer au milieu des hommes la présence du Christ, assume en quelque sorte ce rôle de substitution. Si on ne peut y remettre Jésus, on va y mettre son Église.

Dans l’histoire de l’Église, les différents tyrans et autres dictateurs ont voulu en quelque sorte remettre Jésus dans son tombeau en persécutant son Corps qui est l’Église. De Néron aux persécuteurs d’aujourd’hui, ils voulaient et veulent faire disparaitre l’Église et les chrétiens dans un tombeau et bien rouler la pierre dessus. On parle bien aussi d’Église des catacombes, Église survivant et se cachant dans les tombeaux. Le mal continue son combat contre Jésus pour le remettre au tombeau. Il sait utiliser bien des formes des plus brutales au plus sournoises. Combien de fois on essaye de faire taire l’Église et les chrétiens ? En définitive, on veut faire disparaitre ce signe du tombeau vide.

Malheureusement nous savons aussi que nous pouvons aussi nous y mettre tout seul. En effet, qu’est-ce que le péché sinon un enfermement mortifère qui se coupe de Dieu et de sa vie.
Cette tombe dans laquelle nous nous enfermons par notre péché, est l’endroit pourtant où Dieu vient nous chercher pour nous ramener à la vie. Par le baptême, nous sommes sacramentellement ensevelis avec le Christ et nous naissons à une vie nouvelle avec Lui. Avec le Christ le tombeau devient un lieu de passage vers la vie.
Le tombeau du Christ est vide, tous nos tombeaux vont rester vides, pour autant que nous sommes en prise avec le Christ.

Le tombeau est vide, il est aussi ouvert. Jésus a quitté le tombeau pour entrer dans la vie de gloire, mais Jésus n’a pas fait que cela, il a ouvert la porte. Il a ouvert la porte de son tombeau, pour bien montrer qu’il était vide, et pour montrer aussi que la porte de la mort n’était plus fermée. Il change la mort, par sa victoire. La mort devient un passage, un passage vers une vie éternelle, une vie avec Dieu. Jean précise bien que le tombeau de Jésus était dans un jardin. Immédiatement, on doit avoir en tête l’autre jardin, celui de la Genèse qui était un lieu de vie avec Dieu. Lorsqu’Adam et Ève furent créés, Dieu les plaça dans un jardin en Éden. En ce lieu, l’homme vivait en harmonie avec Dieu. Par son péché et sa désobéissance, il a rompu cette harmonie et s’est vu chassé de ce jardin. Il était privé de sa relation privilégiée avec Dieu. De plus, le paradis était fermé et sévèrement gardé par deux chérubins au glaive de feu.

Aujourd’hui, dans un jardin, Jésus ouvre la porte du paradis. Il brise par sa mort et sa Résurrection, les portes de l’enfer. Le tombeau est ouvert, et ne se refermera pas. Ceux qui sont associés à Jésus dans le baptême sont aussi appelés à passer cette porte de la vie éternelle, de la vie retrouvée avec Dieu. La mort n’est plus la fin de la vie, le terminus des prétentieux et des autres, elle est un passage.

Au jour de la Résurrection, nous sommes mis devant ce tombeau ouvert et vide. Nous ne pouvons pas nous dérober à la question qu’il pose : croyons-nous que Jésus est ressuscité et qu’avec lui nous passerons de la mort à la vie ? ou alors, voulons-nous remplir ce tombeau et à nouveau essayer de le fermer ?

Trois témoins ce matin, illustrent nos réactions possibles : Marie-Madeleine, Pierre et Jean. Jean a vu et il a cru. Ce signe du tombeau vide lui a permis de comprendre tout l’enseignement qu’il avait reçu de Jésus et ce qu’il avait vu dans les derniers jours de la Cène au Golgotha. Si nous avons suivi Jésus en ces jours, franchissons allégrement ce dernier pas en proclamant notre foi dans la Résurrection de Jésus.

Christ est ressuscité : le tombeau est ouvert et vide.
Christ est ressuscité : tous nos tombeaux seront vidés.
Christ est ressuscité : la porte de la vie est à jamais ouverte.

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