Homélie du 26 janvier 2020 - 3e Dimanche du T.O.

Une lumière a resplendi

par

fr. Tierno Romaric Mandaba

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi. »
Chers frères et sœurs, près de huit siècles avant Jésus-Christ, le prophète Isaïe a su lire dans les événements de l’histoire la perspective future de la libération du peuple d’Israël. En effet, cet oracle se situe dans le contexte d’une guerre entre Israël et l’Assyrie. Une partie de la Galilée, dans le royaume du nord d’Israël était occupée et les habitants réduits en esclavage. Certains étaient déportés. L’avenir de ce peuple était entre les mains de l’adversaire qui humiliait et écrasait. D’où cette mention, « le peuple qui marchait dans les ténèbres ». Les ténèbres symbolisent le malheur, la captivité, la mort. Ainsi, face à cette obscurité, humiliation de la guerre, invasion dévastatrice des Assyriens, le prophète se lève pour annoncer le surgissement d’une grande lumière, le soleil levant de justice. Le prophète met en opposition le passé et l’avenir. C’est un tournant, le passage de l’humiliation à la glorification : lumière et anéantissement de la guerre. Pour l’évangéliste saint Matthieu, cette prophétie, cette épiphanie, cette bonne nouvelle de la bienveillance du Seigneur s’accomplit en Jésus, l’Emmanuel.

En effet, après son baptême, Jésus débute son ministère itinérant de prédication et de guérison en « Galilée des nations », comme on disait à cette époque. Jésus choisit cette région cosmopolite, plutôt que la Judée. Pourquoi la Galilée plutôt que la Judée où se trouve Jérusalem ? Sans doute car il y était né, mais aussi car plus grand y était le besoin. La venue de Jésus dans cette région donne à la prophétie d’Isaïe sa pleine réalisation. La Galilée n’avait pas trop bonne presse. Pourtant, c’est de ce côté que le prophète Isaïe a vu se lever le soleil et la lumière. Oui, chers frères et sœurs, la Galilée, traditionnellement un peu méprisée par les autorités religieuses de Jérusalem, était en fait destinée à jouer un rôle de premier plan pour le salut.Cette lumière éclaire à tel point que les quatre pêcheurs du lac de Galilée, aussitôt laissant leurs filets, suivent Jésus. Ils ne suivent pas Jésus aux seules fins d’écoute et d’assimilation, mais aussi pour s’associer à son ministère en qualité de pêcheurs d’hommes. Car le monde dans lequel se trouve l’homme est à l’image de la mer, et la mer représente dans la Bible les sources d’inquiétudes, de doutes, de paganisme en l’homme, donc l’espace à convertir. Oui, la vocation de ses pêcheurs de poissons nous montre que Jésus vient chercher les pauvres pécheurs pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut aux pauvres.

Dès lors, chers frères et sœurs, en quoi cet évangile nous concerne-t-il ? Il nous dit que Jésus nous appelle nous aussi à être ses disciples. Que nous faut-il pour cela ? D’abord être disposé à entendre l’appel du Seigneur. Pour rencontrer Jésus, il faut écouter sa parole et l’écouter avec un cœur ouvert, c’est-à-dire un cœur qui laisse place à un possible changement de vie, de conduite, au repentir. Se repentir est beaucoup plus qu’être désolé ou même changer d’avis. C’est retrouver les voies du Seigneur, donc abandonner sa rébellion. Si l’appel du Seigneur nous émeut, c’est parce qu’il nous rappelle la réalité de notre identité : nous sommes un peuple en marche. Et le peuple en marche n’est pas un peuple errant dans les ténèbres du péché, de la haine, de la division, de l’injustice et de la violence. À côté de ces ténèbres, il y a l’ombre de ceux qui sont frappés par la souffrance, les difficultés, la maladie, la perte d’emploi. Ceux qui souffrent le plus ont même parfois l’impression de se trouver plutôt du côté des cadavres que du côté des vivants. Ils se demandent : pourquoi nous ? Alors que nos voisins ont leur vie de famille et leur travail.

Certes, dans ces situations-là, on ne peut pas se mouvoir librement. Car elles nous éloignent de nos habitudes et ôtent nos petites joies de vivre. Aveuglés par le découragement, nous ne sentons pas la présence de Jésus dans notre quotidien. Or, chers frères et sœurs, l’évangéliste saint Marc nous montre que c’est justement dans la situation qui est la nôtre, notre Galilée, que Jésus, la Parole de Dieu, nous rejoint pour nous faire retrouver la joie du passé. La Parole de Dieu est la véritable lumière qui, dans l’incertitude des discours humains, nous offre l’immense splendeur de la vérité divine. C’est ce que vient nous rappeler le pape François en instituant ce dimanche de la Parole de Dieu. Il nous invite à remettre le Christ au centre de nos vies ; lui seul a les paroles de la Vie éternelle. Et ces paroles sont lumière et boussole dignes de confiance pour notre vie de tous les jours. Oui, la Parole de Dieu nous permet d’affronter de dures ou d’interminables épreuves avec courage et ténacité.

Certes le mal fait toujours mal. Mais si notre attitude fondamentale est l’espérance et la confiance en la Parole de Dieu, cela ne nous empêchera pas de nous retrousser les manches et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour remédier à la situation. Oui, quand on est malade, on se fait soigner. Quand on perd son emploi, on essaie d’en trouver un autre, parce qu’on espère.

Après cette messe, chacun de nous pourrait continuer sa méditation autour de ces questions : aujourd’hui, quelles sont les ténèbres, c’est-à-dire les lieux de non-vie qui m’habitent, et pour lesquels j’ai besoin de la lumière de la Parole de Dieu ? Quelles sont les ténèbres qui m’empêchent de vivre et pour lesquelles j’espère la visite du Seigneur ?