Homélie du (1 janvier 2017)

Une page blanche

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

Une page blanche ! telle peut nous apparaitre l’année civile 2017 qui commence. Même si, pour nous, l’année liturgique a commencé au début de l’Avent, le changement d’année civile – avec son écho sans pareil, dans le monde entier – nous place, bon gré, mal gré, devant un commencement, devant un chemin à parcourir, devant un morceau de vie à vivre, une page blanche à remplir. Hier encore, nous faisions les bilans ; aujourd’hui nous sommes en train de faire des projets. Hier nos regards allaient vers l’année écoulée ; aujourd’hui nous sommes provoqués à regarder vers l’avenir. 2017 une page blanche ! Chez certains ce moment est plein d’excitation, tant l’avenir parait riche de promesses  : une famille que l’on va fonder, un enfant qui va arriver, une vocation à laquelle on va répondre, un travail qui commence. Chez d’autres, l’angoisse domine  : des difficultés s’annoncent, des épreuves vont arriver, des souffrances que l’on ne pourra éviter, la maladie, l’incertitude d’un travail menacé, une famille en danger.
Bref, comme devant la page blanche, angoisse et enthousiasme se rencontrent. C’est sans doute pour cela que l’on se fait des vœux, pour se donner du courage, pour conjurer la fatalité, pour communiquer notre vitalité, pour se dire surtout que nous serons encore ensemble cette année pour remplir notre page blanche.
C’est alors que notre premier jour de l’année se fait liturgique. Quoi de mieux pour commencer l’année que de se tourner vers le Seigneur et son Église ! Quoi de mieux que de lui demander secours et protection ! Quoi de mieux pour conjurer l’angoisse et profiter de notre énergie nouvelle que de venir à la messe ! La liturgie de ce jour a des réponses à nous donner. Comme d’habitude, elles sont un peu déroutantes par rapport à nos attentes. Aujourd’hui, la liturgie nous oriente vers la crèche de Bethléem, vers cet enfant qui vient de naître, et surtout vers sa mère. Sainte Marie, Mère de Dieu, Mère de Jésus. Aujourd’hui, résonne particulièrement un trait que l’évangéliste Luc relate  : « Marie conservait ces événements et les méditait dans son cœur. » Depuis l’Annonciation elle a vécu des événements de grâce hors du commun  : l’accomplissement des promesses faites à Israël. Le fils de Dieu, le sauveur des hommes, le messie a pris chair en elle. Elle est plus qu’un témoin de l’Incarnation, elle remplit un rôle indispensable  : accueillir le Verbe et lui donner chair, protéger et nourrir sa croissance. Et depuis ce moment, une intimité inouïe se noue entre Dieu et l’humanité, entre le Fils de Dieu qui devient homme dans le sein de la Vierge et nous. Quelle relation unique et intense ! Voilà, une première source de la méditation de Marie. Ces mois d’attente et de communion se continuent d’une autre manière à la naissance de l’Enfant. La nuit de la naissance, des bergers sont avertis de la naissance du sauveur et savent trouver avec l’aide des anges la route vers la crèche, lieu pourtant si caché aux yeux du monde. Ils racontent ce qu’ils ont entendu de la part des anges, et qui confirme ce que Marie sait. Un autre événement à conserver précieusement. Et voilà, qu’il faut aussi sortir de la crèche, et se rendre à la synagogue pour la circoncision de l’enfant. Comme le Seigneur l’a ordonné à Abraham en signe de l’Alliance, Jésus entrant dans l’humanité, entre dans une famille précise et dans un peuple déterminé  : celui de l’Alliance. Aussi se soumet-il, lui l’auteur de la Loi, aux préceptes de la loi. Il entre dans ce peuple, et il prend aussi sur lui les observances de la Loi. Pour sauver les hommes, le sauveur va passer par les chemins communs de son Peuple. Il reçoit aussi le nom qui décrit son identité et sa mission  : Jésus. Il y a bien de quoi méditer pour Marie  : les mystères de l’Incarnation et du Salut.
Pourtant, elle aussi se trouve comme devant une page blanche  : l’histoire de son Fils. Elle s’apprête à affronter un avenir de joie, car le Sauveur est venu parmi nous ; mais aussi sans doute un avenir d’angoisses, car comment sera-t-il reçu, compris, comment sa mission se réalisera-t-elle ? Sera-t-il accepté ou rejeté ? Marie sait qu’il faut recourir à la prière et à l’ouverture aux appels du Seigneur. À la méditation des mystères qu’elle vit, correspond l’adhésion totale à la volonté du Seigneur  : « Je suis la servante du Seigneur ! » Petit à petit se révèlera à elle, comment cela va se passer  : de la joie à la douleur, pour arriver à la gloire.
Voilà pourquoi, en ce jour de début d’année, elle nous est un modèle et un secours. Comme elle, nous sommes devant cet avenir inconnu, riche de promesses, mais aussi redoutable d’épreuves. Comme elle, sachons conserver ces événements, ceux de l’histoire sainte de Jésus, et les méditer dans nos cœurs. Comme elle, avançons dans la confiance, et la remise de ce qui vient dans la volonté du Seigneur. Pour conserver et méditer tout cela en notre cœur, notre prière peut être aidée par la prière du Rosaire, méditation avec Marie des mystères de notre Salut. Pour nous couler dans la volonté du Seigneur, reprenons cette phrase de Marie à l’Annonciation  : » Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ! » C’est aussi pour nous, de conserver et méditer dans notre cœur, notre propre histoire sainte, avec ses joies, ses moments de grâce et de communion, mais aussi ses épreuves, ses douleurs, ses moments sombres desquels nous avons été sauvés. Nous aussi nous sommes visités par le Seigneur, de bien des manières ; sachons le voir et le reconnaitre. Cette méditation nous fait grandir dans la reconnaissance envers Dieu, mais aussi dans la confiance envers celui qui nous sauve.
Nous voilà à nouveau devant notre page blanche, qu’elle soit source d’appétit ou de crainte, nous savons que nous la remplirons avec le Seigneur. Marie nous aide en ce début d’année, comme dans les autres jours à entrer dans le projet de Dieu, sa Providence, qui a besoin de nous pour s’accomplir. Plaçons-nous sous le regard de Notre-Dame-de-l’année-qui-vient !
Bonne année !

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