Homélie du 2e DO - 15 janvier 2012

Venir, voir et croire

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Dans un formulaire administratif, il y a un espace vide où nous pouvons écrire notre nom. Cet espace libre sur le document est ouvert pour recevoir l’identité de l’un ou de l’autre. Une manière de faire analogue est présente dans les évangiles. Ainsi dans la page de l’évangile de Jean lue aujourd’hui, deux personnes viennent vers Jésus. L’un est nommé, André; l’autre n’a pas de nom. Cela signifie que cet inconnu nous représente. Le procédé est habituel dans les quatre évangiles. Ainsi aujourd’hui, la personne dont il s’agit c’est nous: qui que nous soyons: chacun de nous, homme ou femme, jeune ou vieux, croyant sincère ou dans le doute… Chacun de nous est invité à s’identifier à la deuxième personne qui avec André fut envoyé par Jean-Baptiste à Jésus. Ce silence sur l’identité ne signifie pas le peu d’importance de la personne, c’est une invitation pressante à faire comme cet inconnu. Dans l’épisode rapporté au tout commencement de l’Évangile, à propos des tout premiers disciples, ceci nous éclaire sur la fondation de l’Église, peuple de Dieu.

Les disciples de Jean-Baptiste avaient participé à son action pour libérer leur peuple du péché dans l’attente de la venue du Règne de Dieu. Aujourd’hui, Jean-Baptiste leur désigne Jésus comme celui qui devait venir. Confiants dans la parole de leur maître, ces disciples vont à la suite de Jésus qui leur: «Venez et voyez». Pas d’appel intempestif! Pas de prodige contraignant à l’adhésion, comme le donne à penser une lecture hâtive de l’appel des pêcheurs du lac de Tibériade dans les synoptiques. Non! l’évangile de Jean montre que Jésus s’adresse à une liberté: il invite à demeurer chez lui; il se rend disponible et il offre à ceux qui deviendront ses disciples le temps d’observer, d’écouter, de réfléchir et de juger par eux-mêmes avant de se décider. Ainsi le premier noyau du peuple chrétien n’est pas constitué de personnes qui auraient été frappées par la fulgurance d’un miracle ou par l’abrupt d’une parole impérative demandant une décision immédiate. Le premier noyau du peuple chrétien est constitué dans le respect de la manière dont nous devons prendre nos décisions: s’informer, observer, peser le pour et le contre et réfléchir pour décider en toute clarté. Tel est notre chemin dans la foi; la foi advient dans une démarche où Dieu agit envers nous grand respect de la vie humaine qui se déroule dans le cours du temps. Si nous sommes là, c’est bien parce que nous sommes venus voir Jésus, l’écouter pour décider de notre vie dans la grande liberté des enfants de Dieu en un processus qui est toute notre vie.

«Venez, voyez», parole de Jésus-Christ pour une route commune avec ses amis, avec nous. Ce chemin dure tout le temps de la vie publique de Jésus. Toute la vie? Oui, car le verbe «voir» employé ici se retrouve au terme de la vie de Jésus avec ses disciples. Au matin de Pâques, Simon-Pierre, mentionné aujourd’hui, court au tombeau avec l’autre disciple, une fois encore un anonyme qui nous représente. Jean note que «les disciples ne croyaient pas que Jésus devait ressusciter» et il dit de l’autre disciple: «Il vit et il crut». Ainsi sa foi est-elle advenue au terme de plusieurs années de compagnonnage avec Jésus. Cet anonyme est chacun de nous, qui que nous soyons: homme, femme ou enfant, quelle que soit notre condition sociale ou professionnelle, quelle que soit notre origine, la langue que nous parlons, la couleur de notre peau… Tous sommes représentés par ce disciple, «celui que Jésus aimait». Telle est notre situation de chrétien! Nous sommes venus, nous sommes là, nous sommes attentifs et nous cheminons la foi, nous avançons vers la lumière, celle qui nous advient par l’attention à ce que Jésus dit et fait.

Un point mérite attention dans le bref extrait que nous venons d’entendre. Les premiers disciples ont entendu la parole de Jean-Baptiste. Or cette parole n’est pas étrangère à leur démarche. Jean-Baptiste leur présente Jésus et le désigne comme «L’Agneau de Dieu». Comme l’évangéliste Jean a écrit son évangile à la lumière de la résurrection. Aussi en désignant Jésus il emploie une expression qui a pris son plein sens lors de la Pâques. L’expression renvoie à la mort de Jésus, qui est mort sur la croix à l’heure où à Jérusalem on immolait l’agneau pascal. C’est par l’extrême de son amour que Jésus détruit le péché du monde.

«Venez» dit Jésus à ceux qui devinrent ses disciples. «Venez» nous dit Jésus aujourd’hui. Il le dit à chacun de nous, où que nous en soyons sur le chemin. Tous nous avons commencé de voir et nous désirons voir plus encore sur le chemin de la foi.