Homélie du 7e dimanche du T.P. - 28 mai 2017

Vide-grenier

par

fr. Gilles Danroc

Ce dernier dimanche du Temps pascal, entre Ascension et Pentecôte, est tout à fait unique, comme un temps vide entre deux temps forts. Temps préparatoire à l’ultime étape de la grande geste du Salut : l’Esprit-Saint largement répandu sur l’univers atteste la victoire de Pâques. La liturgie est une école exigeante de vie spirituelle. Regardez : tout commence avec les Rameaux où Jésus, fils de David, est acclamé, alors qu’il sera arrêté, maltraité, cloué sur une croix, Serviteur souffrant impuissant devant la violence des hommes. Et ce vide de la mise au tombeau, le vide en profond silence du Samedi saint. Et l’épreuve du tombeau vide où naît la foi du disciple bien-aimé : il vit le vide du tombeau et il crut que Jésus était vainqueur de la mort ! (Jn 20, 8-9). Le temps fort éclate au matin de Pâques : la résurrection du Christ atteste la victoire de la croix et se prolonge jusqu’à l’Ascension pour que se fortifie la foi des disciples : comme nous venons de l’entendre, à l’Ascension l’heure est venue où le Père glorifie le Fils pour que le Fils le glorifie (Jn 17, 1).

Serions-nous abandonnés de Dieu pour autant ? Deux questions travaillent le peuple de Dieu dans l’épreuve du vide pour en faire un temps de naissance. La première vient de l’Ascension : nous avons la nostalgie de la présence visible et agissante de Jésus. S’il était là, il résoudrait nos problèmes. Or il nous dit : « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie de ce que je vais vers le Père » (Jn 14, 28). Aimons-nous Jésus pour qu’il soit, lui, dans la joie du Père ? Aimons-nous Jésus pour nos besoins et ceux de notre clan ? Ou désirons-nous Jésus gratuitement parce qu’Il est le Fils bien-aimé du Père ?

La seconde question est celle de l’attente de la Pentecôte : Jésus nous dit qu’il est bon qu’il s’en aille car il fait la promesse de l’Esprit que le Père enverra (Jn 16, 7). Jésus révèle Dieu comme le Dieu de la promesse. Le croyons-nous vraiment ? C’est vrai, la Bible atteste que Dieu a tenu ses promesses, mais l’Église témoigne-t-elle dans ses membres de l’espérance vitale du Royaume qui vient ? Espérons-nous ressusciter avec le Christ ? Annonçons-nous la fin de la vie, la fin du monde, comme un passage vers le Royaume où Dieu sera tout en tous (1 Co 15, 28) ?

Le vide est donc l’espace nécessaire pour que nous soyons transformés en enfants de Dieu qui grandissent vers le Père. Or grandir vers lui, c’est éprouver sa présence dans l’absence. Dieu ne peut se laisser agripper, posséder, enfermer. Et le vide nous apprend nos limites comme autant de ressorts pour être entraînés plus loin que nous-mêmes. Le vide est signe de la distance à parcourir, de la différence qui fait de chacun une personne unique. L’Évangile que nous venons d’entendre établit la plus grande distance-différence entre le Père qui est tout sauf le Fils et le Fils qui est tout sauf le Père, pour que se fasse la glorification dans l’Esprit-Saint. Différence et communion : voilà les deux temps de l’Amour. Repérez dans toute la Bible le jeu de la distance-différence à parcourir pour communier dans l’amour. Distance entre Dieu et la création que le serpent veut abolir dans la confusion (Gn 3). Distance-différence entre l’homme et la femme (Gn 2), distance-différence que Caïn ne supporte pas (Gn 4). Chacun est unique, au prix de la différence de l’autre. Personne n’est une toute-puissance autonome, vivant par soi et de soi-même. La personne est en manque de l’autre pour vivre. La vie est relation, comme l’amour. Soit l’humain respecte l’autre, et l’amour est possible. Soit l’humain veut posséder l’autre pour abolir la distance, et c’est la violence et la mort.

Mais cette distance-différence respectée permet le mouvement de l’amour où l’un va vers l’autre, comme le Père et le Fils. Et la dynamique de l’amour est la personne même du Saint Esprit. Le moindre mouvement vers l’autre est un fruit de l’esprit.
Dès lors, je vous propose de profiter du « vide » de cette semaine d’attente de l’Esprit de Pentecôte pour faire un vide-grenier : videz, mettez dehors tout ce que vous entassez, afin que l’Esprit-Saint puisse venir habiter en vous.

Et voici les propositions concrètes de ce vide grenier :

1. Le pardon : videz les rancunes tenaces, les vieilles vengeances inassouvies, les querelles sans fin. Avancez dans la démarche du pardon des uns des autres en demandant pardon à Dieu pour vous libérer de vous-mêmes, de votre toute-puissance qui veut tout manipuler.

2. Le partage : cette accumulation des biens que Dieu destine à tous, mais empêche de « vivre-avec ». La richesse est un des lieux d’enfermement sur soi qui rend triste (cf. Mc 10, 17-22).

3. L’attention éveillée envers ceux que nous côtoyons sans les voir. Essayez de « voir » quelqu’un que vous évitez de voir dans la vie quotidienne, et vivez un regard, une parole, un geste une relation qui vous videra de votre indifférence.

4. Faites silence cette semaine de 25% de votre « occupation numérique ». Videz et rendez vivante cette part de vous-mêmes que vous donnez aux écrans et qui font de vous quelqu’un de virtuel. Et — un bon conseil — faites de ce vide le silence de la contemplation du Dieu de la vraie vie.

Alors, je vous le promets : Dieu tiendra sa promesse de l’Esprit dans une semaine. L’Esprit-Saint envahit l’univers en habitant l’espace libre en vous et pour tous.