Homélie du (24 septembre 2017)

La vigne du Seigneur: pour tous et à toute heure

par

La parabole des ouvriers vignerons embauchés à la 1re heure du jour (vers 7h du matin), ou à la 3e, à la 6e (midi) ou la 9e heure, et jusqu’à la 11e (17h) parle mieux quand elle est resituée dans son contexte.

Au chapitre précédent (Mt 19), un homme était venu interroger Jésus sur le bien à faire pour hériter du Royaume; ce juif, fidèle aux commandements de Dieu, employé depuis la 1re heure, était reparti attristé et bredouille parce que trop riche, encombré de trop de possessions, pour suivre Jésus.

Dans cette section de l’Évangile selon Matthieu, Jésus fait peu de concessions : il annonce sa passion; et Pierre renâcle à suivre un maître qui va souffrir et mourir; Pierre voudrait détourner Jésus de monter à Jérusalem; mais ce faisant il devient «occasion de chute», «satan» : «tes pensées, lui dit Jésus, ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes» (Mt 16, 23).

Pourtant, juste après notre parabole, Jésus affirme une 3e fois : «Voici que nous montons à Jérusalem où le fils de l’homme sera livré, condamné à mort, bafoué, fouetté, mis en croix, et le troisième jour il ressuscitera» (Mt 20, 18-19).

Tel est le contexte, frères et sœurs, si lourd! Les ouvriers de la 1re heure ont du mal à suivre : le riche s’est détourné du chemin; Pierre est récupéré de justesse; quant à Jean-Baptiste, il est mort décapité dans sa prison (Mt 14, 10). Or Jésus continue inéluctablement de monter à Jérusalem. Il appelle, il embauche à toute heure, toutes sortes de personnes : des petits enfants qu’il bénit, des brebis égarées qu’il relève, des disciples qu’il ménage peu, des publicains et des pécheurs, des aveugles et des boiteux…

«Voici que nous montons à Jérusalem», c’est précisément le thème choisi pour notre année paroissiale; depuis la Croix glorieuse célébrée récemment (14 septembre) jusqu’à Pâques (et au-delà), nous allons suivre Jésus vers la Croix et la «régénération». Le point haut de notre année sera la Semaine sainte, le Triduum et la sainte Nuit de Pâques. De là tout découlera en allégresse et joie céleste : régénération pour les catéchumènes, rénovation pour les baptisés, effusion d’Esprit-Saint pour tous!

En attendant il nous faut travailler à la vigne et donc mettre nos forces au service du Seigneur et de nos frères : travailler c’est d’abord être présent à Dieu, à son œuvre, par la prière et la joie d’œuvrer à la vigne; c’est aussi le faire ensemble dans la liturgie, le service de l’autel, la prédication, le chant, l’accueil, la formation des plus ou moins jeunes, c’est cultiver son cœur et son intelligence, développer l’attention aux autres, grandir dans le «lien de la charité», cette koinonia dont parle saint Paul.

Entrons donc dans le travail de Jésus. Il est le Jour nouveau levé pour notre Salut. Il est la lumière et la joie du Royaume : «Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi» (Jn 5, 17); «l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé» (Jn 6, 29).

Oui, croyons en Jésus, suivons le Fils héritier de la vigne du Père. Certes, dans la fatigue et la chaleur, nous serons parfois tentés. Et même peut-être nous envierons le sort de ceux qui restent inembauchés sur les places de ce monde jusqu’à des 11e heures. La tentation est là de murmurer, de développer un œil mauvais, envieux du sort des pécheurs. Mais quoi? Voudrions-nous la récompense, le denier promis, sans la participation à l’œuvre de Dieu…? Irions-nous jusqu’à accuser Dieu de nous exploiter, d’être injuste envers nous? Ou voudrions-nous exploiter, nous, sa bonté, jouir de sa vigne sans entrer dans ses vues à lui, dans sa grande œuvre de Salut, déploiement de son amour auquel il nous fait l’honneur de participer?

Nous avons une année pour nous convertir : pour nous réjouir d’avoir été embauché dès la 1re, la 3e ou la 6e heure; pour nous réjouir d’accueillir ceux qui nous rejoindrons en cours d’année, à la 9e, voire la 11e heure, catéchumènes ou recommençants.

Alors, quand crépitera le feu de la sainte Nuit pascale, le diacre proclamera l’Invitatoire de saint Jean Chrysostome, hébétés et joyeux nous serons tous unis dans le Christ ouvrier de notre Rédemption :

Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire ; que celui qui est venu après la troisième heure célèbre cette fête en rendant grâce ; que celui qui est arrivé après la sixième heure n’ait aucune hésitation, car il ne sera pas lésé ; que celui qui a laissé passer la neuvième heure s’approche sans hésiter ; que celui qui a tardé même jusqu’à la onzième heure ne craigne pas d’avoir été nonchalant. Car le Maître est généreux et il reçoit le dernier aussi bien que le premier, il accorde le repos à celui de la onzième heure comme au travailleur de la première ; du dernier, il a pitié, et du premier, il prend soin ; à celui-ci, il donne ; l’autre, il le comble ; il reçoit les œuvres, et il accueille avec amour la bonne volonté ; il honore l’action et loue l’intention. Entrez donc tous dans la joie de notre Seigneur!

Sous le patronage de Notre-Dame du Rosaire, première appelée, Ève nouvelle, quittons tout murmure et entonnons son Magnificat. Entrons dès à présent dans l’action de grâce eucharistique : recevons le prix pascal de notre rachat, le salaire de nos pauvres œuvres transsubstantié en le corps livré et glorifié du Fils bien-aimé qui nous fait cohéritiers de la vigne.

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