Homélie du 4e DA - 21 décembre 2008

Voici la servante du Seigneur

par

fr. Élie-Pascal Épinoux

« Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi – Sois sans crainte, Marie; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. »

Aujourd’hui par deux fois, par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu donne un nom à une jeune femme, une vierge: Comblée de grâce; Marie.

Dans le commencement, par deux fois, l’homme avait donné un nom à sa femme:
«et le Seigneur Dieu construisit le côté qu’il avait pris à l’humain (Ha ADaM )en femme, et il la fit venir vers l’humain. Et l’humain dit: «celle-ci cette fois est os de mes os, chair de ma chair, et elle sera appelé femme (IShShAH) car de l’homme (IYSh) elle a été prise celle-ci!» (Gn 2, 22-23)
Dans le sommeil de la torpeur le Seigneur Dieu a dédoublé l’humain primordial en un couple Homme Femme qui sont les deux côtés de son Image au cœur de la création, chacun l’un pour l’autre aide et vis-à-vis, à égalité dans l’amour et la liberté. Mais dans l’enthousiasme de la découverte l’homme ne va pas jusqu’au bout de ce mystère, il continue de se penser l’humain total, il ne dialogue pas avec sa femme en lui disant «tu», mais il se parle à lui-même disant «celle-ci». Il ne la définit pas pour elle-même mais pour lui: «femme car elle a été prise de moi l’homme», sans référence à son Créateur!
Puis après la transgression avant d’être renvoyé du jardin:
«Et l’humain appela sa femme Ève (HaWWaH) car elle fut la mère de tout vivant.» (Gn 3,20)

Là encore l’homme se place en dominateur, nommant sa femme comme il a nommé tous les animaux de la création que le Seigneur Dieu lui a donné à dominer. Là encore il ne la définit pas pour elle mais pour lui: celle qui lui donnera les fils par lesquels il se prolongera par delà la mort qui le frappe! Ainsi du merveilleux cadeau que Dieu lui avait fait, il a fait un objet de domination et de convoitise.
Et voici qu’aujourd’hui, par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu donne à cette jeune femme une vierge, son vrai nom, en relation avec Lui son créateur et non avec un homme qui se prétendrait son maître: Comblée de grâce
Aujourd’hui, par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu donne à cette vierge son nom propre et non celui d’une fonction qu’elle remplirait auprès d’un homme (fille, épouse ou mère): Marie
Aujourd’hui elle n’est pas «celle-ci», objet dans le discours d’un homme qui se parle à lui-même, elle est «toi» cette créature unique avec laquelle le Seigneur Dieu dialogue dans l’amour et la liberté.

« Voici que tu concevras dans ton sein et tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. »

Aujourd’hui par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu appelle une jeune femme, une vierge, à enfanter un fils premier-né.
Dans le commencement la femme, la Vivante, avait enfanté un fils premier-né et son frère:
«et l’humain avait connu Ève, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit: «J’ai acquis un homme avec le Seigneur.» Et elle ajouta d’enfanter son frère Abel.» (Gn 4, 1-2).

Le premier couple, l’Image de Dieu au cœur de la création, fait l’expérience merveilleuse de la bénédiction qui est fécondité, mais ce mystère de vie et d’amour est entaché de la souillure du serpent: lui se dit toujours l’humain total, il ne s’attache pas à elle en se disant son homme, mais il en fait l’objet de sa connaissance, il la possède et la domine;
Elle se venge en proclamant qu’elle a acquis «un homme» et non un fils avec le Seigneur; excluant le père et elle fait de l’enfant son homme, l’enfermant dans une relation possessive et fusionnelle!
Le jour où le Seigneur Dieu obligera Caïn à regarder son frère et à accepter sa présence il ne pourra supporter cette limite à sa toute puissance: il le tuera!
Et voici qu’aujourd’hui par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu appelle une vierge à enfanter un fils:

« Comment cela sera-t-il puisque je ne connais pas d’homme? »

« Sois sans crainte Marie » aucun homme ne profanera ton intégrité de femme en faisant de toi l’objet de sa convoitise ou de sa domination; celui qui naîtra de toi sera saint , homme hors d’atteinte de la souillure du serpent.

« L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre »

« Réjouis-toi Comblée de grâce » c’est le Souffle du Seigneur Dieu lui-même qui éveillera en toi la vie comme «le vent de Dieu qui tournoyait sur les eaux» dans le commencement. (Gn 1,2); celui qui naîtra de toi sera Emmanuel, Dieu dans la chair des hommes.

Aussi celui qui naîtra de toi ne sera pas appelé Caïn, le Possédé de sa mère, mais Fils de Dieu et tu ne cesseras de l’offrir à Son Père de la Présentation au Temple à l’offrande de la Croix;

Aussi celui qui naîtra de toi ne sera pas appelé Caïn , le Jaloux de son frère, mais Jésus, le Seigneur sauve, et au pied de la Croix tu recevras pour fils ceux dont il fait ses frères en leur donnant la vie de Dieu.

« Oui rien d’impossible à Dieu, aucun mot »

Aujourd’hui par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu invite une jeune femme, une vierge, à entrer dans la foi en Sa parole;

Dans le commencement la première femme prêtant l’oreille aux mots du serpent était sorti de la foi en la Parole de Dieu:
«la femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à voir, désirable pour acquérir le discernement: elle prit de son fruit et mangea.» (Gn 3,6).
De déformation en insinuation le serpent en est venu à faire de Dieu un menteur jaloux qui veut priver les hommes de la vraie connaissance qui les rendrait «comme des dieux», et à se présenter lui, serpent, comme «ce dieu qui vous veut du bien», plaçant la femme dans un dilemme redoutable: c’est dieu contre dieu, parole contre parole, à qui donner sa foi? Emportée par son désir de dépasser les limites de sa condition humaine, elle tombe dans le piège, et brisant le lien d’amour avec son créateur tombe dans la souffrance et la mort!
Et voici qu’aujourd’hui par la bouche de son Ange, le Seigneur Dieu invite une jeune femme, une vierge, à retrouver le chemin de la confiance absolue en Lui et sa Parole:

« Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ton mot »

Parce qu’elle assume radicalement les limites de sa condition humaine» , « la servante du Seigneur », elle peut s’ouvrir totalement au don de Dieu et être la « comblée de grâce »
Par sa foi inconditionnelle aux mots de l’Ange la Parole de Dieu peut prendre chair en elle, non seulement en devenant le fils de ses entrailles mais aussi dans chacun de ses gestes et paroles;

Parce qu’elle ne dit pas «je suis», s’affirmant face à Dieu, mais «voici» s’offrant librement à Lui, l’Esprit Saint peut venir sur elle et la rendre participante de la nature divine jusque dans la gloire de son Assomption.
Aussi avec l’Église toute entière en fête, nous pouvons chanter:
«Prépare-toi, Bethléem, car l’Éden est ouvert à tous. Apprête-toi, Éphrata, car dans la grotte, l’arbre de vie a fleurit de la Vierge. Son sein est devenu un paradis spirituel, où pousse le plant divin. Si nous en mangeons, nous ne mourrons pas comme Adam. Le Christ naît pour relever l’image de Dieu autrefois déchue.» (tropaire byzantin de la vigile de Noël).