Homélie du 4e Dimanche de l'Avent - 18 décembre 2016

Voici qu’il vient dans la gloire

par

fr. Gilles Danroc

Écoutez bien l’histoire de Dieu avec nous :

– Acte 1  : Premier avènement  : le Verbe s’est fait chair

« Dieu s’est fait homme pour que, par grâce, l’homme vive avec Dieu dans son Royaume. »

Scène 4  : Joseph ! (4e dimanche)

Joseph, fils de David, fils d’Abraham… descendant de Joseph, l’homme aux songes, vendu par ses frères, et, finalement, sauveur d’Israël (Gn 37, 50)
Comment s’est passée la première venue  : Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus que l’on appelle Christ (Mt1/16)
Joseph, la veille de la venue de l’ange, a vécu le jour le plus dur de sa vie  : il a pris une décision qui l’a déchiré  : il se sépare de Marie. C’est un homme juste, il tient bon mais il ne comprend pas. Le cœur brisé, dans la maison neuve qu’il finissait à peine pour inviter Marie, son épouse, à venir vivre avec lui.
Marie… Joseph la revoit, plus jeune que la tristesse, femme déjà décidée, claire, pleine de vie. Ce port de reine quand elle revient de la fontaine, la cruche sur la tête, parfois sur l’épaule. Joseph avait rêvé qu’elle porterait rapidement ses enfants sur la hanche. Oui, des enfants… ils en rêvaient ensemble  : ribambelle !
Ce soir là, Joseph est abattu, recroquevillé dans sa souffrance, il dort d’épuisement. La nuit à venir… longue, remplie de ces rêves lourds, plus sombres que la nuit, ces rêves qui font de la vie un cauchemar. Comme Alep sous les bombes. Des rêves plus sombres que la nuit où l’on en vient à penser au coup, à la balle, à la bombe qui éliminerait le rival, l’adversaire, le gêneur. Rêve sombre et fou car au réveil on sait qu’on ne peut pas repartir à zéro avec du sang sur sa conscience.
Or, cette nuit, le coeur de Joseph veillait pendant qu’il dormait. C’est là qu’il a reçu l’ange de Dieu. Visite de lumière pure, la Parole de Dieu a tout illuminé car l’ange parlait grec  : « La Vierge concevra et enfantera un fils, Emmanuel Dieu, oui Dieu en personne, avec nous. » Avec nous pour toujours !
Joseph s’est réveillé d’un bond, le corps, le cœur et l’esprit rassemblés, les blessures cicatrisées, réuni, recollé, pacifié. La joie, celle-là même qu’il voyait dans les yeux de Marie. Une joie faite de ciel.
Il a fait d’un seul élan les dernières retouches de la maison.
Tout est prêt pour l’alliance nouvelle. Elle, belle, Vierge qui accouche de l’enfant-Dieu. Lui, un peu en retrait, silencieux, les yeux grands ouverts. Il est prêt à protéger jusqu’au bout cet enfant, ce Dieu qui l’a créé et qui vient le sauver. Dieu s’est fait homme pour que l’homme par grâce, vienne vivre éternellement avec lui dans son Royaume !

– Acte 2  : le second avènement  : Voici qu’il vient dans la gloire.

À Cana, les disciples ont vu la gloire de Jésus (Jn 2, 11) l’envoyé du Père, non pour condamner le monde mais pour le sauver. (Jn 3, 16).
La gloire  : le poids de l’Amour de Dieu qui transfigure le monde.
La gloire  : l’éclat du Ressuscité qui fait miséricorde.
Voici qu’il vient au présent, comme un présent. Il vient, de Dieu à nous, par sa Parole et par son pain, le pain vivant descendu du ciel. Il vient dans sa gloire pour nous donner sa paix, cette paix partagée aux pauvres de Dieu et du monde et qui forment son visage sur la terre.
Oui, il vient dans la gloire. Il vient à nous des milliers de fois par jour si nous lui ouvrons cet espace intérieur, de jour et de nuit, où son ange vient nous visiter.
Mais savons-nous, comme Joseph, que nous avons en nous cette possible vie intérieure ? Si non, découvrez-la en préparant Noël ; si oui, nettoyez-la de ses toiles d’araignée et décorez-la en pièce d’accueil et d’écoute !
Oui, il vient dans la Gloire et transfigure nos vies en faisant de nous des ouvriers de miséricorde. Il vient à nous par l’Esprit-Saint qui couvre l’Église de son ombre joyeuse. « Son Esprit se joint à notre esprit pour faire entendre dans nos cœurs l’amour même de Dieu » (Rm 5, 5).
« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme c’est « voir Dieu » ! » (saint Irénée, Adversus Haereses, IV, 20, 7).
Comme Joseph, dans la nouvelle alliance, nous voyons Dieu en Jésus, l’homme vivant vainqueur de la mort, dans l’éclat de gloire de sa résurrection. Alors la gloire de Dieu vient demeurer en nous et transfigurer notre vie, et nous conduire aux pauvres qui nous précèdent dans la Royaume.

Scène 4  : la 4e bougie de l’Avent

Puisque nous savons maintenant comment il vient en nous et dans l’Église avec le poids de l’amour qui fait miséricorde dans l’éclat de sa Résurrection, nous pouvons allumer la 4e bougie de l’Avent. Elle s’appelle « espérance ». Comme pour Joseph, l’espérance, née à nouveau après le cœur brisé et broyé (Ps 50), ne supprime ni ne gomme le tourment, la souffrance, l’épreuve et même la mort ! Mais l’espérance nous donne une force inouïe  : l’épreuve, la souffrance et la mort n’auront pas le dernier mot ! L’espérance nous fait traverser, dépasser, surmonter. Comme Joseph réconcilié avec la vie, pacifié par la Parole de Dieu.
Je vous demande d’ici Noël et jusqu’au 1er janvier, fête de Marie Mère de Dieu – et l’année qui vient si affinité ! – de faire chaque jour un acte d’espérance en deux temps  :
– La journée  : chaque fois que tu penseras ou diras d’une autre personne ou de toi-même  : « elle est nulle, ce n’est pas la peine, elle ne changera jamais, de toute façon on a toujours fait comme çà ! » Fais un acte d’espérance et, à la place, regarde l’enfant de Dieu qu’elle est, que tu es, et qui traversera cette crise, et fais miséricorde. Au moins une fois par jour !
– Le soir, vers l’heure de la prière du soir, tu peux te joindre par la prière avec nos vêpres de 19h  : viens faire ensemble une puissante intercession pour le salut du monde. Comme une mêlée de rugby face aux forces du mal, et demandons ensemble la conversion des assassins, des terroristes, des ennemis, des victimes et des bourreaux !
Rallume chaque jour en toi la bougie espérance !
Alors voici qu’il vient et te conduit dans la gloire du Royaume où tu seras tout entier toi, au maximum de ta personnalité et de ta liberté, et « où Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28)
Oui, Marana Tha, tout est prêt ! Viens Seigneur Jésus !