Homélie du (16 novembre 2014)

You’ve got talent

par

fr. Gilles-Marie Marty

A quel fruit peut-on comparer les paraboles de Jésus?

Quand on les entend, elles sont comme des pommes appétissantes, que l’on croque d’un coup. Mais quand on les explique, elles sont comme des citrons, pressés pour extraire quelques gouttes, en laissant le fruit encore plein de jus pour après.

Ainsi en est-il de cette parabole des talents: contentons-nous d’en tirer quelques gouttes, pour assaisonner notre foi durant cette semaine, sans prétendre tout dire d’elle…

Quel est cet homme parti en voyage?
_ C’est le Seigneur Jésus, parti chez son Père, depuis son Ascension. Entre ce départ et son retour – la Parousie – il va passer de l’eau sous les ponts…

D’ailleurs, 20 ans après l’Ascension, les chrétiens de Thessalonique trouvaient le temps long. Ils auraient été surpris qu’on en soit encore là 2000 ans plus tard! Ces premiers chrétiens disaient donc à Paul;: depuis que tu nous a annoncé l’Évangile, nous attendons, et à force, on se demande qu’est-ce que Dieu peut bien attendre.
_ Excellente question…
_ Mes frères, Dieu attend-il quelque chose de nous?
_ Paul leur répond: ne soyons pas endormis; soyons vigilants. Donc restons sobres, revêtons la cuirasse de la foi et le casque de l’espérance du salut.

Cette réponse n’est certes pas faite pour des avachis.
_ Et notre parabole le confirme: bien sûr que le Seigneur attend quelque chose de nous! Sinon, pourquoi aurait-il confié ses biens à chacun de ses serviteurs? Justement, ces serviteurs de la parabole, regardons-les de plus près…

Rien ne leur appartient en direct. Tout ce qu’ils ont appartient au Maître qui, non seulement, leur a confié ses richesses, mais en plus, attend leur aide, leur travail, leurs œuvres, leurs résultats. Pourquoi?
_ Parce qu’il veut leur donner davantage, si toutefois ils s’en montrent dignes: «Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai désormais beaucoup…».

Or ce peu de chose – que l’Évangile appelle un talent – , ce n’était pas rien!
_ Un seul talent valait environ 25 années de salaire… En recevant un talent, le troisième serviteur a donc reçu une fortune, et il avait de quoi s’occuper! Mais il n’a rien fait ou plutôt il a fait un mauvais procès au Maître, l’accusant de dureté, ce qui était faux jusque là, mais devient désormais exact pour lui, puisque le Maître le renvoie à sa nullité et à sa suffisance.

Certaines âmes sensibles pourraient trouver que c’est sévère. Soyons sérieux…
_ Est-il parmi nous un homme qui, ayant planté un prunier, accepterait, 5 ans après, de le retrouver dans le même état, sans avoir grandi ni porté de fruit?
_ Est-il ici une femme qui, ayant planté un rosier, accepterait, 6 mois plus tard. de se retrouver avec une tige couverte d’épines, sans nulle fleur?
_ Quand on a tout essayé et que rien ne pousse, on doit un jour se rendre à l’évidence: ce terrain est stérile, et il faut en changer…
_ Et Dieu alors, n’a-t-il pas le droit, Lui aussi, de désirer que ses serviteurs, son peuple, ses enfants, grandissent, travaillent, et portent du fruit?

Cette parabole exprime donc clairement quel est l’enjeu de notre vie sur terre: les chrétiens ne sauraient attendre la Venue du Christ de façon passive, en hibernant, comme des marmottes attendent le printemps, ou comme des statues attendent le visiteur…

Cette vie nous est donnée pour faire ce que Dieu attend de chacun de nous, et qui tient en 3 choses:

confiance en Jésus , en sa Parole et en sa Venue,
_ décision très ferme de bien agir en tout, et
_ fidélité à notre tâche quotidienne (connue la femme vaillante dont la Bible fait l’éloge en 1ère lecture).

Voila l’attitude concrète que Dieu attend de moi.

Pour finir, mes frères, la question que chacun se pose secrètement: combien ai-je reçu de talents? Comptons ensemble…

Vous êtes baptisés: 1 talent.
_ Vous venez à la messe: 1 talent (1/2 si là par hasard).
_ Vous êtes confirmés : 1 talent.
_ Certains sont mariés devant Dieu : 1 talent.

Comptez: déjà 4 talents, et on n’a encore rien dit de vos dons personnels cachés…
_ Plusieurs ici ont donc reçu au moins 4, sans doute 5 ou 6 talents, voire davantage…

Frères, est-ce assez clair? Avez-vous compris que les serviteurs de la parabole, désormais, c’est vous?
_ Au moment où la parabole entre en vos oreilles, vous-mêmes entrez dans la parabole…

Du coup, une question s’impose à chacun de nous: qu’est-ce que le Maître attend de moi maintenant?
_ Deux choses: d’abord que je connaisse mes talents reçus de Lui; ensuite que je vive en conséquence.

Et moi, en retour, que puis-je attendre de Lui?
_ Deux choses: dès maintenant, le bonheur durable et profond de Le servir. Plus tard… la joie indescriptible de son intimité.

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