Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 10 avril

Le diaire des Jacobins du 10 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémi

Dosage quotidien.

Au soir des temps, l’espérance

 

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

Il y a un an, à cinq jours près, s’embrasait la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le feu se propageait de poutres en liteaux, d’entraits en arbalétriers, jusqu’à tout consumer. La fumée âcre souleva le cœur du monde entier.

L’émotion immense fut cependant de courte durée, chassée par d’autres nouvelles. On confina Notre-Dame. Et les charognards se mirent à tournoyer autour du squelette fumant. Les uns voulaient en profiter pour établir un quartier touristique, les autres rivalisaient de projets ludiques ou futuristes, d’autres encore n’y voyaient qu’une affaire, fût-elle de restauration. Aujourd’hui, un an plus tard, un virus s’est répandu parmi les nations comme une flamme. Un an plus tard, nous sommes à notre tour confinés. L’émotion est à nouveau mondiale. La ruine menace l’économie. Comme si l’incendie de Notre-Dame avait été une annonciation funèbre. Ou un signe. Signe d’effondrement pour les uns, signe de réveil et de renouveau pour les autres. Tel est le signe de la croix du Christ, signe de contradiction, sagesse de Dieu, mais folie pour ceux qui vont à leur perte, pour reprendre les mots de saint Paul (1 Co 1). Aujourd’hui, l’archevêque de Paris vénère la sainte couronne d’épines au cœur de la cathédrale Notre-Dame. Car la croix du Christ n’est pas seulement un signe, elle est la racine de la vie nouvelle. Qui s’appuie sur elle, trouve l’appui d’une inébranlable espérance.

Textes commentés

Écriture sainte

La prophétie de Daniel : Dn 9, 24

Sont assignées septante semaines

Pour ton peuple et ta ville sainte,

Pour mettre un terme à la transgression,

Pour apposer les scellés aux péchés,

Pour expier l’iniquité,

Pour introduire l’éternelle justice,

Pour sceller vision et prophétie,

Pour oindre le Saint parmi les saints.

Saint Augustin

Sermon 342 (trad. libre éd. Raulx), PL 39, col. 1501-1504

Daniel 9, 21 (BJ) : Je parlais encore en prière, quand Gabriel, l’être que j’avais vu en vision au début, fondit sur moi en plein vol, à l’heure de l’oblation du soir.

1. Nous devons vous parler du sacrifice du soir. Car voici ce que nous avons demandé dans nos chants et chanté en priant : « Que ma prière s’élève comme l’encens en ta présence, que mes mains élevées soient le sacrifice du soir » (Ps 140, 2). La prière nous rappelle ici l’humanité, et les mains étendues, la croix. C’est le signe que nous portons au front, le signe qui a assuré notre salut ; signe outragé avant d’être mis en honneur, signe méprisé avant d’être couvert de gloire. Dieu se montre, pour porter l’homme à le supplier ; et Dieu se cache, pour pouvoir mourir en tant qu’homme, « car s’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de la gloire » (1 Co 2, 8).

Eh bien ! C’est à ce sacrifice, où le prêtre est en même temps victime, que nous devons d’avoir été rachetés par le sang répandu du Créateur même ; sans doute le Créateur ne nous a pas créés avec son sang, mais avec son sang il nous a rachetés. Il nous a créés « dans le principe » ou dans son Verbe qui était en Dieu et qui était Dieu ; c’est par ce Verbe que nous avons été créés. Le contexte ajoute : « Tout a été fait par lui, et sans lui rien ne l’a été. » Voilà ce qui concerne notre création.

Mais notre rédemption ? […] « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. » Que faut-il pour que les ténèbres ne soient plus ténèbres et puissent, la comprendre ? Les ténèbres sont ici les pécheurs, les infidèles. Afin que les ténèbres ne soient plus ténèbres et puissent comprendre la lumière, « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ». Contemplez donc le Verbe, le Verbe fait chair, et le Verbe avant de s’être fait chair. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu : tout a été fait par lui. » Où est-il fait mention de son sang ? Voilà bien ton créateur : Où est ta rançon ? D’où te viendra la rédemption ? De ce que « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous. » […]

5. Redresse ton cœur, ô genre humain ; respire un air de vie et de liberté sans danger. Qu’entends-tu ? Que te promet-on ? « À tous ceux qui l’ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » : « Il leur a donné le pouvoir. » Quel pouvoir ? Est-ce le pouvoir dont les hommes sont si fiers, le pouvoir de décider de la vie humaine, de porter des sentences sur les innocents et sur les coupables ? Non : « Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. »

Dès lors en effet sans être enfants ils le devenaient, parce que celui qui accorde de le devenir et qui est le Fils de Dieu, était devenu fils de l’homme. C’est ainsi que ces fils des hommes sont devenus enfants de Dieu. Lui s’était abaissé à ce qu’il n’était pas, car il était bien autre chose ; il t’a élevé à ce que tu n’étais pas non plus, car tu en étais fort loin.

Élève donc ton espérance. À la vérité, on t’a fait de grandes promesses ; mais elles viennent de la grandeur même. Il semble excessif, incroyable, impossible, que les fils des hommes deviennent enfants de Dieu. Mais ils ont reçu davantage quand le Fils de Dieu s’est fait le fils de l’homme.

Mortel, élève donc tes espérances et bannis de ton cœur toute défiance. Ce qui est fait pour toi est plus incroyable que ce qui t’est promis. Tu t’étonnes de voir un homme vivre éternellement ? Tu t’étonnes de voir un homme parvenir à l’éternelle vie ? Étonne-toi plutôt qu’un Dieu soit mort. Comment douter de sa promesse, quand il t’en a donné un gage semblable ? Reconnais donc combien ce gage te rassure, combien il donne de poids à la divine promesse.  […]

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » : voilà de quoi s’est formé le sacrifice du soir. Attachons-nous-y ; qu’on offre avec nous celui qui pour nous s’est offert. Ainsi le sacrifice du soir mettra fin à notre vie ancienne, et des lors, l’aurore paraîtra en nous une vie nouvelle.

Saint Thomas d’Aquin

1. Dieu est le Saint des saints

De div. nom., cap. 12

Dieu, qui est la cause de tout ce qui est, qui est d’une manière éminente au-dessus de tout, possède une plénitude de bonté au-delà de tous. C’est pourquoi, afin de désigner cet excès par lequel il dépasse toutes choses, on l’appelle dans les Écritures le « Saint des saints », et d’autres expressions semblables comme Roi des rois, ou Seigneur des seigneurs, ou Dieu des dieux. Par cette manière de parler on désigne en effet une certaine émanation provenant de la cause supérieure. Lorsqu’on dit « Saint des saints », on est ainsi amené à comprendre que de lui vient la sainteté sur tous les autres. Et l’on désigne aussi l’excès de sa sainteté, excès qui met Dieu à part de tous les autres, comme existant au-dessus de tous. Ainsi, le « Saint des saint » a le sens de « le saint excédant tous les saints ».

2. Le Christ est le Saint des saints en sa nature divine et en sa nature humaine

Sur He 7, 26 : Le Christ est saint

Commentaire — Le Christ possédait parfaitement la sainteté. En effet, la sainteté emporte la pureté consacrée à Dieu. Or le Christ, dès le principe de sa conception, fut consacré à Dieu. Lc 1, 35 : Celui qui naîtra de toi sera appelé saint. Mt 1, 20 : Ce qui est né de Marie est de l’Esprit-Saint. Dn 9, 24 : Qu’il reçoive l’onction le Saint des saints.

Sur He 1, 9 : le Seigneur l’a oint

Commentaire — Quelle est la différence entre l’onction du Christ et l’onction des chrétiens ? La différence est que le Christ possède l’onction comme principe et en premier, tandis que pour nous l’onction se diffuse à partir de lui. Ps 127 : C’est comme une huile qui s’écoule sur la tête. […] Jn 1, 16 : De sa plénitude nous avons tous reçu. De sorte que les autres sont appelés saints tandis que lui est le Saint des saints. En effet, il est lui-même la racine de toute sainteté.

3. L’espérance et la passion du Christ

Q. D. De spe, a. 4, resp.

L’objet principal de l’espérance est que l’on espère la béatitude […]. Tant que cet objet principal demeure en vue, c’est-à-dire tant que ce bien difficile à obtenir (la béatitude) reste à venir et apparaît accessible à celui qui espère, la vertu d’espérance demeure. Et par cette vertu d’espérance, celui qui espère, espère non seulement la béatitude future mais aussi toutes les autres choses qui sont un chemin vers la béatitude. Plus encore, par la même vertu d’espérance, on espère la béatitude pour les autres, et on espère pour eux tout ce qui est un chemin vers la béatitude.

Sermon Germinet Terra du 13 septembre 1271, sur Gn 1, 11 (trad. adaptée du P. Torrell, Sermons, Paris, Cerf, 2014, p. 301)

Gn 1, 11 : Que la terre produise de l’herbe verte qui porte la graine et un arbre fruitier qui porte du fruit.

Cet arbre est pour nous un remède pour trois raisons : il convient à notre blessure, à notre restauration et à celui qui restaure. L’arbre de la croix est d’abord le remède qui nous convient, car il est approprié à notre blessure. C’est par le bois que le genre humain a été blessé, car le premier homme ayant mangé de l’arbre interdit, la divine sagesse a trouvé le remède dans un arbre. […] Voyez ! Comparons l’arbre à l’arbre. […] Le fruit du premier arbre était bon à manger et donc apte à la consommation. Au contraire, l’arbre de la croix invite à la mortification de la chair […]. Le premier arbre était aussi un arbre de mort : Si vous vivez selon la chair, vous mourrez (Rm 8, 13) ; l’arbre de la croix au contraire, en mortifiant la chair, la fait vivre. Le Christ est mort une fois pour les péchés, juste pour les injustes, afin de nous mener à Dieu, mis à mort selon la chair, vivifiés selon l’Esprit (1 P 3, 18). Et encore : Si par l’Esprit vous faites mourir la chair, vous vivrez (Rm 8, 13).

L’arbre de la croix est un remède qui convient aussi à notre restauration. La sainte Écriture nous montre que là où se trouvait le danger, le remède est venu par le bois. — Le premier mal de l’homme se manifesta quand Adam fut chassé du paradis ; quel fut le remède ? L’arbre de vie. Mais comme il ne pouvait accéder à l’arbre, il ne pouvait obtenir le remède […]. Il a fallu que le Christ nous apporte cet arbre […] — Le deuxième danger survint au déluge : le remède fut dans le bois de l’arche. Si tu es pris dans le déluge des flots de ce siècle, réfugie-toi près du bois de la Croix […], par le bois, je suis conduit dans la bonne direction. — À nouveau, le peuple d’Israël fut en danger quand il était opprimé par les Égyptiens ; le remède vint par le bois : par son bâton, Moïse frappa les Égyptiens et, par son bâton, il divisa la mer. Si tu subis les attaques des ennemis spirituels, recours à l’arbre de la Croix. — On rapporte dans le Livre des Rois (1 S 4, 4-8) que, lors du combat des fils d’Israël contre les Philistins, l’arche du Seigneur fut portée au camp et que les Philistins prirent peur […]. Les vaincus craignent l’étendard de leur adversaire : puisque les démons sont vaincus par le Christ, ils craignent son étendard qui est le bois de la Croix.

Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici