Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 11 avril

Le diaire des Jacobins du 11 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémie

Dosage quotidien

L’espérance depuis les profondeurs

 

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

Espère qui peut. L’espérance n’est pas l’apanage de toutes choses. Il faut d’abord avoir une vie. La pierre n’espère pas. Et pour que cette espérance soit une espérance de vie éternelle, il faut avoir une vie spirituelle. L’animal espère la nourriture pour son corps, mais son corps est mortel et son âme est corruptible. Parmi les créatures de cette terre, seul l’homme, dont l’âme est incorruptible, peut espérer une vie éternelle.

Mais ce n’est pas suffisant. Pour espérer, il faut que l’homme soit encore en chemin, il faut que la vie éternelle soit encore possible, et qu’elle soit au-devant de lui comme un but. Le saint qui voit Dieu n’a plus à espérer, il a reçu ce qu’il espérait durant sa vie terrestre. De même les démons, ou les damnés, ne peuvent plus espérer, car ils savent qu’ils ne pourront jamais s’échapper de l’enfer de la séparation de Dieu, ils savent qu’à jamais ils ne pourront voir Dieu. C’est trop tard. Enfin, pour espérer, il faut non seulement avoir une vie spirituelle, non seulement être encore en chemin, mais aussi s’être tourné ou converti vers Dieu, de qui seul peut venir la béatitude. Espère qui peut. Espère l’homme converti en chemin sur cette terre. Espère l’âme au purgatoire qui attend sa purification. Espéraient les âmes des justes de l’Ancienne Alliance qui étaient morts dans l’attente du Christ et attendaient qu’il les visite pour les illuminer. Espère qui peut, mais tant que l’on peut, il faut aussi le vouloir. Celui qui ne veut rien d’autre que les biens de ce monde n’espère pas Dieu. De même n’espère pas Dieu, celui qui se contente d’une intention sans changer sa vie pour la conformer à cette fin. L’espérance est tranchante, elle nous attache au Christ par toute notre vie, pour la béatitude éternelle.

Textes commentés

Écriture sainte

Si 24, 40-45 (Vulgate)

Je suis la sagesse qui ai fait couler de moi des fleuves.

Je suis sortie du paradis comme un ruisseau,

De l’eau immense comme un fleuve,

Comme l’écoulement d’une rivière,

Comme le canal qui conduit ses eaux.

J’ai dit : « J’arroserai les plants de mon jardin,

Je rassasierai d’eau les fruits de mon pré,

Mon canal est devenu un grand fleuve,

Et mon fleuve est devenu une mer.

La lumière de la science que je répandrai sur tout le monde

Sera comme la lumière du matin,

Et je la ferai passer dans la suite des siècles.

Je pénétrerai jusque dans les profondeurs de la terre,

Je lancerai mes regards sur tous ceux qui y dorment

J’éclairerai ceux qui espèrent dans le Seigneur. »

Saint Jean Chrysostome

Homélie sur le mot « coemeterium » et sur la croix, § 2 (trad. éd. Jeannin, 1864)

C’est aujourd’hui que Notre-Seigneur parcourt tous les abîmes ténébreux : il descend aux enfers ; aujourd’hui il a brisé les portes d’airain ; aujourd’hui il a rompu les gonds de fer (Is 45, 2). Voyez combien les expressions sont exactes. On ne dit pas : Il a ouvert les portes d’airain, mais : Il a brisé les portes d’airain, afin que la prison devienne inutile. On ne dit pas : Il a enlevé les gonds, mais : Il les a rompus, afin que le séjour de captivité perde toute sa force. Une prison où il n’y a ni portes ni gonds, ne peut retenir ceux qu’on y enferme. Lors donc que Jésus-Christ a brisé les portes, qui pourra les rétablir ? Ce qu’un Dieu a détruit, quel homme le rétablira ?

Ce n’est pas ainsi qu’agissent les princes lorsqu’ils envoient des lettres de grâce pour mettre les prisonniers en liberté ; ils conservent et les portes et les gardes, afin d’annoncer à ceux qui sortent de la prison, qu’eux-mêmes ou d’autres à leur place peuvent encore y rentrer. Jésus-Christ au contraire, voulant apprendre que l’empire de la mort était fini, a brisé ses portes d’airain. Elles sont appelées d’airain, non qu’elles fussent vraiment d’airain, mais c’était pour exprimer le caractère cruel et inexorable de la mort. […]

Voulez-vous apprendre comment la mort était impitoyable, inflexible, qu’elle avait toute la dureté du diamant, c’est que dans un si long espace de temps personne n’a pu lui persuader de relâcher aucun de ses captifs, jusqu’à ce que le Souverain des anges, descendu dans ses abîmes, l’y eût obligée.

Premièrement le Seigneur a enchaîné le fort et l’a dépouillé de ses armes ; l’Écriture ajoute qu’il s’est emparé des trésors ténébreux et invisibles (Is 45, 3). Quoique l’expression ici paraisse simple, elle présente un sens double. Il est des lieux obscurs, mais où l’on peut souvent distinguer les objets lorsqu’on y porte un flambeau et la lumière ; les abîmes de l’enfer étaient d’une obscurité affreuse, impénétrable ; aucune lumière n’en avait encore éclairci les ombres. Voilà pourquoi on dit qu’ils étaient ténébreux et invisibles. Ils étaient vraiment ténébreux jusqu’à ce que le Soleil de justice y fût descendu, qu’il les eût éclairés par sa présence, jusqu’à ce qu’il eût fait le ciel de l’enfer, le ciel étant partout où est Jésus-Christ.

L’enfer est appelé des trésors obscurs, et avec raison, parce que d’immenses richesses y étaient déposées. Toute la nature humaine, qui est la richesse de Dieu, avait été dépouillée et livrée à la mort par le démon qui avait trompé le premier homme. Or, saint Paul nous apprend que toute la nature humaine est la richesse de Dieu, lorsqu’il dit : Le Seigneur est riche pour tous ceux et par tous ceux qui l’invoquent (Rm 10, 12). Comme un prince, après avoir trouvé un chef de brigands qui parcourait les villes, qui les pillait de toute part, et qui, se retirant dans des cavernes, y déposait les fruits de son brigandage, l’enchaîne, le livre au supplice, et transporte ses richesses dans le trésor de l’État : de même Jésus-Christ, après avoir enchaîné par sa mort, et la mort, et le démon, chef des brigands, gardien de la prison infernale, a transporté ses richesses, je veux dire la race humaine, dans les trésors célestes. C’est ce que nous fait entendre le même saint Paul : Il nous a arrachés, dit-il, à la puissance des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1, 13).

Mais ce qu’il y a de plus admirable, le Prince lui-même est venu dans la prison. Cependant aucun prince de la terre ne vient lui-même délivrer les prisonniers, il envoie ses officiers et ses ministres. Ici le Prince est venu en personne […]. Il a brisé les portes, rompu les gonds, et, se montrant au milieu de l’abîme, il a rendu la prison déserte, et nous en a ramené le gardien chargé de chaînes. Le tyran du monde était conduit captif, le fort était enchaîné, et la mort elle-même, jetant bas ses armes, est accourue sans défense aux pieds de son vainqueur.

Saint Thomas d’Aquin

Sur Rm 10, 6-7

Le Christ en mourant est descendu dans les profondeurs. Eccl. 24, 45 : Je pénétrerai les parties inférieures de la terre. […] Entre l’ascension du Christ et sa mort ainsi que sa descente aux enfers, la première relève de la plus grande exaltation du Christ, et la seconde de sa plus grande humiliation.

Sur Rm 9, 28 (Vulg. citant Is 10, 22 - LXX) : « Le Seigneur fera sur la terre une parole brève (un verbe bref). »

Le Seigneur, c’est-à-dire Dieu Père, fera sur terre un verbe bref, c’est-à-dire incarné, car le Fils de Dieu s’est vidé de lui-même en recevant la forme de serviteur. On dit qu’il s’est vidé ou qu’il s’est abrégé, non pas que quelque chose lui aurait été ôté de la plénitude ou de la grandeur de la divinité, mais parce qu’il a pris notre faiblesse et notre petitesse.

Somme contre les Gentils, IV, cap. 34

On lit dans les Écritures que cet homme a été exalté. Par exemple en Ac 2, 33 : Ce Jésus est exalté à la droite de Dieu. De même on lit aussi que Dieu s’est vidé, en Ph 2, 7 : Il s’est vidé de lui-même. Ainsi donc, en raison de l’union [de la nature divine et de la nature humaine dans le Christ] on peut dire de cet homme des choses sublimes, comme dire qu’il est Dieu, qu’il est ressuscité des morts, etc. ; et l’on peut aussi dire de Dieu des choses humbles, comme le fait qu’il soit né de la Vierge, qu’il ait souffert, soit mort, et mis au tombeau.

Sur Ph 2, 7 : « Il s’est vidé de lui-même, recevant la forme du serviteur. »

Commentaire – Parce qu’il était rempli de la divinité, se serait-il donc vidé de sa divinité ? Non, parce que ce qu’il était est demeuré, et ce qu’il n’était pas, il l’a pris sur lui. […] Ainsi s’il est descendu du ciel, ce ne fut pas parce qu’il cessait d’être dans le ciel, mais parce qu’il commença d’être d’une nouvelle manière sur la terre. C’est ainsi qu’il s’est vidé de lui-même, non pas en se défaisant de la nature divine, mais en assumant la nature humaine. Ce terme de « se vider » a été bien choisi. Car le vide s’oppose au plein. La nature divine est pleine autant qu’on peut l’être, car là se trouve la perfection de toute bonté (cf. Ex 33, 19). Mais la nature humaine, et l’âme humaine, n’est pas pleine, elle est comme une page blanche attendant sa plénitude […]. C’est pourquoi la nature humaine est vide.

Sum. theol., IIIa, q. 52, a. 2, ad 1

Le Christ, qui est la Sagesse de Dieu, a pénétré dans les parties inférieures de la terre (cf. Si 24, 45), non pas comme dans un lieu en faisant le tour de toutes les âmes qui s’y trouveraient, mais en déployant l’effet de sa puissance également à toutes. De telle sorte qu’il illumina les seuls justes, et c’est ce que dit le Siracide lorsqu’il précise : J’illuminerai tous ceux qui espèrent dans le Seigneur.

Somme contre les Gentils, IV, cap. 12

Le verbe de la sagesse qui est conçu dans l’esprit est une manifestation de la sagesse de celui qui connaît. […] La sagesse divine est appelée lumière, dans la mesure où elle consiste en un pur acte de connaissance ; et la manifestation ou le resplendissement de la lumière, c’est la splendeur propre de la lumière qui procède de cette lumière. C’est pourquoi le Verbe de la sagesse divine est appelé à bon droit Splendeur de la lumière, selon ce mot de l’Apôtre [He 1, 3] qui dit au sujet du Fils : Il est la splendeur de la gloire [de Dieu]. Et c’est pourquoi le Fils s’attribue la manifestation du Père, lorsqu’il dit en Jn 17, 6 : Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes.

Sur le Symbole des Apôtres

Si donc le Christ a libéré ceux qui étaient dans les enfers, quiconque est un ami de Dieu doit d’autant plus se confier en lui pour être libéré par lui de toute angoisse. […] Dieu vient d’une manière spéciale au secours de ses serviteurs, il doit donc être d’autant plus assuré celui qui sert Dieu.

Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici