Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 16 avril

Le diaire des Jacobins du 16 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémie

Dosage quotidien

 

L’ardente espérance dans la résurrection

 

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

L’espérance tend l’âme comme une corde d’arc. Elle est une flèche encochée en nous qui s’ajuste à la cible, qui se recule en fonction de la distance qu’il lui faudra parcourir, qui, prenant cet élan, canalise nos chairs pour leur faire produire la poussée, qui étire les nerfs et les sensibilise, qui nous mobilise tout entier pour mieux nous emporter avec elle vers le but.

L’espérance nous fait déjà goûter le but sur le mode d’une tension vers le but. C’est pourquoi par elle, tous nos actes en viennent à s’ordonner en fonction de la fin : la fin est la vie éternelle, et la résurrection de notre chair. À la lumière de cette fin dont nous voyons la réalisation dans le Christ, l’essentiel se détache du secondaire, le vital prend le pas sur la distraction, et les épreuves apparaissent comme une étape et non comme un obstacle. L’expérience de l’épidémie fait partie de ces épreuves. En chaque acte de nos journées, l’espérance nous maintient dans la tension vers le but, elle nous fait tout vivre pour ce bien qui nous est promis : rejoindre le Christ ressuscité.

Textes commentés

Écriture sainte

Ac 24, 14-21

Je le confesse devant toi [Félix] : c’est suivant la voie qu’ils appellent un « parti » que j’adore le Dieu de nos pères, mettant ma foi en tout ce qui est écrit selon la Loi chez les prophètes, possédant l’espérance en Dieu comme eux-mêmes, à savoir qu’il y aura une résurrection des justes et des injustes. Moi-même je m’efforce d’avoir une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes. Au bout de plusieurs années, je suis venu faire des aumônes à ma nation et apporter des offrandes. C’est ainsi qu’ils m’ont trouvé dans le Temple, m’étant purifié, sans attroupement ni tumulte. Ces juifs d’Asie – ce sont eux qui auraient dû se présenter devant toi et m’accuser, s’ils avaient quelque chose contre moi. Qu’ils disent l’injustice qu’ils ont trouvée contre moi, lorsque je me tenais devant le Sanhédrin – s’agirait-il de cette parole que j’ai criée me tenant au milieu d’eux : « C’est à cause de la résurrection des morts que je suis accusé aujourd’hui devant vous » ?

Ac 23, 6

Paul sachant qu’une partie d’entre eux étaient Sadducéens et les autres Pharisiens, cria dans le Sanhédrin : « Frères, je suis Pharisien, fils de Pharisiens, c’est pour l’espérance de la résurrection des morts que je suis jugé. »

Ac 26, 6-8

Maintenant, c’est pour l’espérance de la promesse faite à nos pères par Dieu que je comparais en jugement, dont nos douze tribus avec persévérance nuit et jour espèrent l’accomplissement dans leur culte, et bien c’est pour cette espérance que je suis accusé par les juifs.

Saint Justin martyr

Ac 2, 29 : Frères, qu’il me soit permis de vous dire librement, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre existe encore aujourd’hui parmi nous.

Ac 4, 13 : Lorsqu’ils virent l’assurance de Pierre et de Jean, ils furent étonnés, sachant que c’étaient des hommes du peuple sans instruction ; et ils les reconnurent pour avoir été avec Jésus.

2 Co 3, 12 : Ayant donc cette espérance, nous usons d’une grande liberté.

Première Apologie adressée à Antonin-le-Pieux, 1

Pour nous, en effet, nous savons ne pouvoir subir de mal de la part de personne, si nous ne sommes pas convaincus d’avoir commis quelque action criminelle, ou reconnus coupables ; quant à vous, vous pouvez nous tuer ; nous nuire, non.

Première Apologie, 8

… nous ne voudrions pas de la vie achetée par un mensonge. Tous nos désirs tendent à cette existence, éternelle, incorruptible, au sein de Dieu le Père et le Créateur de l’univers ; et nous nous hâtons de le confesser hautement, persuadés fermement que ce bonheur est réservé à ceux qui par leurs œuvres auront témoigné à Dieu leur fidélité à le servir et leur zèle ardent à conquérir cette céleste demeure, inaccessible au mal et au péché. Voilà en peu de mots quelles sont nos espérances, les leçons que nous avons reçues du Christ et les préceptes que nous enseignons.

Première Apologie, 11

Quand vous nous entendez parler de ce royaume, objet de nos espérances, vous vous imaginez bien à tort qu’il s’agit d’un royaume humain : non, nous parlons du royaume de Dieu. Ce qui le prouve, c’est que nous confessons hautement devant vous notre titre de chrétien, quoique nous n’ignorions pas que cet aveu vaut la mort. Et ne voyez-vous pas que, si nous attendions une couronne humaine, nous renierions notre foi, nous prendrions le plus grand soin de nous cacher pour conserver notre vie et pour arriver au but de nos désirs ? Mais non, nos espérances ne sont pas dans le temps, et alors nous nous rions des bourreaux ; car, après tout, ne faut-il pas mourir ?

Première Apologie, 14

Au lieu de cette ambition et de cette insatiable avidité qui nous dévoraient, maintenant une douce communauté nous réunit ; tout ce que nous possédons, nous le partageons avec les pauvres. Les haines, les meurtres dévastaient nos rangs ; la différence de mœurs et d’institutions nous faisaient refuser à l’étranger l’hospitalité de notre foyer ; et maintenant, depuis la venue du Christ, une fraternelle charité nous unit ; nous prions pour nos ennemis ; ceux qui nous persécutent, nous tâchons de les convaincre : nous nous efforçons de leur persuader que tous ceux qui suivent les divins préceptes du Christ ont droit d’espérer comme nous la récompense promise par le maître de l’univers.

Saint Thomas d’Aquin

Sum. theol., IIa-IIae, q. 37, a. 1, ad 1 : Est-il légitime de causer la discorde en annonçant l’espérance chrétienne comme le fait saint Paul devant l’assemblée des Sadducéens et des Pharisiens ?

La volonté de l’homme attachée à Dieu est comme une règle droite [pour savoir comment agir pour le bien], et le péché introduit un désaccord avec cette règle droite ; de manière parallèle, la volonté de l’homme contraire à Dieu est comme une règle tordue, et le bien introduit alors un désaccord avec cette règle tordue. Par conséquent introduire la discorde, et détruire par là cette bonne concorde qu’établit la charité, est un péché grave. C’est pourquoi le proverbe dit (Pr 6, 16) : Il y a six choses que le Seigneur a en horreur, et une septième que son âme exècre, où la septième est celui qui sème des discordes entre ses frères. En revanche, causer la discorde, et par là détruire une mauvaise concorde, c’est-à-dire une concorde sur une volonté mauvaise, cela est digne de louange. On doit ainsi louer Paul d’avoir introduit la dissension parmi ceux qui s’étaient accordés dans le mal. Car le Seigneur lui-même dit de lui (Mt 10, 34) : Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.

Sur 1 Co 15, 58

1 Co 15, 58 : Grâce soit à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi, frères bien-aimés, montrez-vous fermes, inébranlables, toujours en progrès dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre labeur n’est pas vain dans le Seigneur.

Commentaire – L’Apôtre commence par les confirmer dans la foi, en disant [la victoire a été donnée par Jésus-Christ] c’est pourquoi, car la victoire a déjà été montrée dans la résurrection du Christ. Il les appelle ensuite mes frères, car par la foi tous nous sommes fils de Dieu (cf. Jn 1, 12), il ajoute bien-aimés, à cause de la charité par laquelle nous devons nous aimer les uns les autres (cf. 1 Jn 4, 21). Puis il dit qu’il faut se montrer ferme, c’est-à-dire ferme dans la foi de la résurrection, afin de ne pas s’écarter de la foi (cf. Ep 4, 14), et même inébranlables, en n’étant pas séduits par d’autres (cf. Col 1, 23). Alors il invite aux bonnes œuvres, en disant toujours en progrès dans l’œuvre du Seigneur (cf. Ga 6, 10 ; Pr 15, 5). Enfin il les conforte par l’espérance, car votre labeur n’est pas vain dans le Seigneur. C’est ce que dit aussi Sg 3, 15 : Le fruit du bon labeur est glorieux. 

Sur 1 Tm 4, 10

1 Tm 4, 10 : Si nous peinons et combattons [vulg. : sommes outragés], c’est que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, le sauveur de tous les hommes, des croyants surtout.

Commentaire – Nous peinons, en vue de quelque chose, nous peinons pour atteindre la vie éternelle. De même, nous peinons pour faire le bien, même si c’est en supportant des maux. C’est pourquoi il dit que nous bénissons et nous sommes outragés. Comme l’expliquent Jc 1, 4 : La patience obtient une œuvre parfaite, et Rm 5, 3 : La patience réalise la mise à l’épreuve. Et si nous tenons bon, c’est que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le sauveur pour la vie présente et la vie future. C’est la charge de Dieu que de sauver. Is 43, 11 : De sauveur, il n’y en a pas d’autre que moi. C’est pourquoi Dieu s’est incarné et a été appelé Jésus : C’est lui qui fera que son peuple soit sauvé de ses péchés (Mt 1, 21). 

Rm 5, 3-4

Rm 5, 3-4 : Nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu. Que dis-je ? Nous nous glorifions encore des tribulations, sachant bien que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance.

Commentaire — Paul montre la cause de l’ardeur de l’espérance dans l’enchaînement de quatre étapes. 1) Dans un premier temps est la tribulation ou l’épreuve, dont il dit qu’elle produit la patience. Non pas que la tribulation soit la cause dont l’effet serait la patience, mais parce que la tribulation est la matière est l’occasion d’exercer un acte de patience (cf. Rm 12, 12). 2) Dans un deuxième temps vient l’effet de la patience, qui est une constance éprouvée. Eccl. 2, 5 : Dans le feu on éprouve l’or et l’argent, et les hommes sauvables dans le creuset de l’humiliation. Il est manifeste en effet que nous supportons aisément la perte d’une chose pour une autre chose que nous aimons plus. Si donc quelqu’un se montre patient dans les affaires corporelles ou temporelles parce qu’il poursuit les biens éternels, il aura éprouvé concrètement qu’il aime plus les biens éternels que les biens temporels. […] 3) Le troisième temps est celui où l’épreuve produit l’espérance, car par ceci que quelqu’un a déjà été éprouvé, il peut avoir pour lui-même l’espoir d’être admis à l’héritage de Dieu. Sg 3, 5 : Dieu les a éprouvés et il les a trouvés dignes de lui.

Ainsi donc, entre la première et la dernière étape il apparaît que la tribulation prépare la voie à l’espérance. Par conséquent, si quelqu’un se glorifie avec ardeur de l’espérance, il se glorifie aussi de ses tribulations.  

Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici