Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 17 avril

Le diaire des Jacobins du 17 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémie

Dosage quotidien

 

Nous fûmes sans espérance

 

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

Vous souvenez-vous du moment où, aux premiers jours de l’épidémie, la question de l’espérance s’est présentée à vous ? Cela a pu être sous la forme de la crainte : quand on craint d’attraper la maladie, et que cette maladie peut vous amener à la mort, la crainte pour sa vie conduit à reconsidérer pour quoi on vit.

Cela a pu être aussi sous la forme de l’espoir, l’espoir de pouvoir continuer à travailler, l’espoir de revoir ses proches, l’espoir de passer des examens, l’espoir d’achever ce qu’on a commencé. Cet espoir se trouvait soudain confronté aux buts de la vie : Pourquoi est-ce que je fais ce que je fais ? Pourquoi est-ce que je désire ce que je désire ? La question de l’espérance a pu aussi se présenter de manière plus directe, sous la forme d’un élan intérieur vers le Christ, d’une attente plus vive et consciente de la béatitude éternelle.

Vous souvenez-vous maintenant de la première fois où s’est posée la question de l’espérance ? Quel âge aviez-vous ? Fut-ce au catéchisme, lorsqu’on vous parla du paradis, si l’on vous en parla ? Fut-ce en écoutant un jour l’évangile du jugement dernier, lorsque Jésus dit à ses brebis : « Venez les bénis de mon Père, et recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » ? Fut-ce face aux affreux damnés d’une fresque du jugement dernier, ou en lisant la vie d’un saint, ou en vous rendant compte, parce qu’un cousin vous avait refusé un carré de chocolat, qu’aucun bien en ce monde ne saurait vous combler ? Chacun de nous porte en lui une histoire unique de l’espérance, que Dieu a donnée, que Dieu a fait croître, qui a connu ses éclipses et ses abîmes puis ses résurrections.

En chacun de nous l’espérance suit une histoire différente. Pourtant, l’histoire de l’espérance n’a chez tous qu’une seule origine. Si le Christ n’avait pas versé son sang pour nous, nous serions sans espérance. Les juifs tiraient leur espérance des promesses de Dieu. Mais pour nous, qui ne sommes pas de la descendance d’Abraham selon la chair, l’espérance était inconnue et nous en étions privés. Si, aujourd’hui, l’espérance vit en nous, c’est parce que le Christ nous a rattachés par son sang à l’espérance d’Israël. En même temps qu’il accomplissait l’espérance d’Israël, il la faisait déborder hors d’Israël pour qu’elle nous atteigne et vive en nous. Aujourd’hui. Au cœur de l’épidémie.

Textes commentés

Écriture sainte

Ep 2, 11-22

Vous vous souvenez que vous, les nations selon la chair, vous qu’appelaient prépuces ceux d’une circoncision pratiquée par la main de l’homme dans la chair, vous étiez en ce temps sans Christ, ostracisés de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant point d’espérance – des athées dans l’univers. Maintenant par le Christ vous qui étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui qui est notre paix, lui qui de deux n’a fait qu’un seul, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, la Loi des préceptes avec les prescriptions, afin de fonder les deux en lui-même en un seul homme nouveau, il a fait la paix il a réconcilié les deux en un seul sang pour Dieu par sa croix, tuant la haine en lui-même. Il est venu évangéliser la paix pour vous qui étiez loin et pour vous qui étiez proches, afin que nous ayons tous deux par lui accès auprès du Père. Vous n’êtes plus étrangers et résidents mais vous êtes concitoyens des saints, familiers de Dieu, édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, la pierre angulaire étant le Christ Jésus. En lui, tout l’édifice s’ajuste pour devenir un Temple saint dans le Seigneur, dans lequel vous aussi êtes édifiés pour être la résidence de Dieu dans l’Esprit.

Saint Ambroise

Commentaire sur saint Luc VII

N° 193 : Lorsque les deux ne font qu’un, lorsque, les inimitiés supprimées ou résolues, les deux forment un seul homme nouveau – j’entends l’âme et l’esprit […], il est vrai que certains pensent aux deux peuples, Israël et la gentilité, qui seront groupés en un seul au temps de la résurrection […] mais beaucoup voient aussi l’homme et la femme d’accord dans le zèle de la charité.

N° 138 : La maison unique, c’est l’homme en son unité, car chacun est une demeure ou de Dieu ou du diable […], deux, nous lisons souvent que c’est l’âme et le corps, et si deux s’accordent sur terre, de deux il fait un.

N° 141 : On peut aussi considérer le corps et l’âme […] bien que leur désaccord soit devenu nature par la prévarication du premier homme, en sorte qu’ils ne s’entendaient jamais dans un commun effort vers la vertu, cependant la croix du Seigneur ayant fait disparaître les inimitiés comme la loi des préceptes, ils se sont rapprochés et associés dans la concorde, après que le Christ notre paix, descendant du ciel [citation d’Ep 2, 14-16] … Quels sont ces deux, sinon l’intérieur et l’extérieur ? L’un concerne la vigueur de l’âme, l’autre se rapporte à la sensibilité corporelle. Encore qu’elles s’accordent dans l’inséparable unisson de leurs éléments, lorsque la chair, soumise à sa supérieure, obéit à ses ordres salutaires […] délivrée par la loi de l’âme et par l’esprit de vie de la loi du péché, la chair devient complément de l’âme, elle n’est plus l’entremetteuse des vices mais imitatrice et comme suivante de la vertu. 

Saint Thomas d’Aquin

Sur Ep 2, 12

Ep 2, 12 : Vous étiez en ces temps sans Christ, ostracisés de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant point d’espérance, sans Dieu dans ce monde.

Commentaire – Paul rappelle les biens dont les nations étaient privées, d’abord quant à la participation aux sacrements, puis quant à la connaissance de Dieu. […] Sur le premier point, les nations étaient privées de participer à trois sacrements. D’abord celui de la dignité du Christ : Vous qui étiez sans Christ, c’est-à-dire sans la promesse du Christ qui avait été faite aux juifs (cf. Jr 23, 5 ; Za 9, 9). […] Ensuite, la société des saints, dont ils étaient privés tant qu’ils demeuraient dans la gentilité. C’est pourquoi il dit ostracisés de la cité d’Israël, car il n’était pas permis aux juifs d’avoir des rapports avec les gens des nations (cf. Dt 7, 2-3 ; Jn 4, 9). Paul parle des alliances au pluriel car l’Ancien Testament avait été montré aux juifs, et le Nouveau leur était promis. […] Il évoque aussi un autre bienfait dont les gens des nations étaient privés, à savoir l’espérance des biens futurs, lorsqu’il dit n’ayant point l’espérance de la promesse, car, comme le rappelle Ga 3, 16, les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance.

D’autre part, Paul parle du plus grand préjudice qu’ils avaient à supporter, qui est l’ignorance de Dieu, car être sans Dieu dans ce monde c’est être sans la connaissance de Dieu. Ps 75, 2 : En Juda Dieu est connu, et non aux gens des nations (cf. 1 Th 4, 5). Ce qu’il faut entendre de la connaissance qu’on a de Dieu par la foi, et non de la connaissance naturelle de Dieu dont Paul dit que ayant connu Dieu ils ne lui ont pas rendu gloire (Rm 1, 21).

Sur Ep 2, 13

Ep 2, 13 : Maintenant par le Christ vous qui étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ.

Commentaire – Paul s’exprime ainsi : j’ai dit que dans ces temps vous étiez sans Christ, séparés de la manière de vivre d’Israël, mais que maintenant, après que vous vous êtes tournés vers le Christ, vous qui êtes dans le Christ, vous qui êtes liés à lui par la foi et la charité (cf. 1 Jn 4, 16 ; Ga 6, 15), vous, dis-je, qui autrefois étiez loin, c’est-à-dire à distance de Dieu non par le lieu mais par le mérite (cf. Ps 118, 155), à distance de la manière de vivre des saints et de la participation aux alliances, maintenant vous avez été rendus proches, à la fois de Dieu, de ses saints et de ses alliances (cf. Is 60, 4 ; Mc 8, 3) […]. Et vous avez été rendus proches dans le sang du Christ, c’est-à-dire par son sang, car c’est par son sang que le Christ vous a attirés. Jn 12, 32 : Et moi, quand je serai exalté de terre, j’attirerai tout à moi. Ceci est arrivé à cause de l’excès de charité qu’il a manifestée le plus dans la mort de la croix. Jr 31, 3 : D’un amour éternel je t’ai aimé, c’est pourquoi je t’ai attiré en prenant en pitié

Sur Ep 2, 21-22

Ep 2, 21-22 : Vous êtes édifiés […] pour être la résidence de Dieu dans l’Esprit.

Commentaire – Paul expose la construction de l’édifice. En toute construction d’édifice, quatre étapes sont nécessaires. D’abord il faut une fondation à l’édifice, puis on se met à construire, ensuite on élève l’édifice et enfin on l’achève. […] Le fondement, c’est au premier chef le Christ, et de manière seconde l’enseignement des Apôtres et des Prophètes. […] L’édifice est construit lorsque les hommes sont convertis à la foi [… ou] lorsque les bonnes œuvres viennent s’édifier au-dessus du Christ. […] Il s’élève quand l’homme croît dans les bonnes œuvres et dans la grâce, ce par quoi s’établit un temple saint. […] Ainsi l’on devient la demeure de Dieu en ce que Dieu habite en nous par la foi (cf. Ep 3, 17). Et cela ne pourrait arriver sans la charité, car celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu (cf. 1 Jn 4, 16). Et la charité nous est donnée par l’Esprit-Saint. Rm 5, 5 : La charité de Dieu a été diffusée en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné

Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici