Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer: 23 mars

Le diaire des Jacobins du 23 mars 2020
La promesse divine

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

Depuis presque une semaine, nous sommes officiellement en lutte contre le virus. Pour ceux qui se sentent concernés par cette mission de salut public,

elle s’accomplit de bien des manières. Pour la majorité, il s’agit de rester confinés. Pour l’instant, on doit constater que la notion de confinement est souple. Il y a le confinement ludique ou festif. Ainsi des écrivains et écrivaines — ce néologisme n’a jamais été aussi bien porté — ont participé à la lutte, retirés dans leur chaumière, en nous peignant les contours de leur nombril. D’autres ont cru qu’il s’agissait du nouveau nom des congés payés et sont partis à la plage. Les enfants ont un temps imaginé être en vacances. Il y a aussi le confinement laborieux. La plupart des confinés ont sans doute passé les derniers jours à organiser leur travail à distance, s’ingéniant à maintenir leur activité professionnelle. Il y a encore le confinement tumultueux, lorsqu’il s’agit de vivre en permanence les uns sur les autres sans devenir fou. À côté des confinés, il y a les combattants, ceux qui sont activement engagés dans la lutte contre le virus, et qui y sont exposés. Les personnels médicaux, les policiers, ceux qui assurent le ravitaillement ou la continuité des services essentiels, les agents publics qui organisent les lignes de défense, les agriculteurs qui sèment en vue de la prochaine récolte, les ouvriers qui maintiennent les chaînes de production et de distribution, et bien d’autres encore que je ne peux mentionner. En une semaine, toutes les activités humaines dans notre pays ont pris une nouvelle direction. Et chacun, nous pouvons constater que nos espoirs ont changé. Espoir de rester en vie ou espoir de sauver la vie de tel malade, espoir de pouvoir aller se reposer pour ceux qui sont en première ligne depuis de longues heures, espoir de ne pas être infecté et de ne pas infecter, espoir de revoir ses parents ou ses amis, espoir de garder son travail ou de sauver son entreprise, espoir de pouvoir passer son diplôme, espoir de retrouver la vie d’avant, espoir de tenir dans la durée. Tous ces espoirs, du plus grave au plus banal, du plus héroïque au plus intéressé, transforment notre quotidien. Ils nous replacent face à la fin de notre existence. Que faut-il espérer qui soit à la hauteur de ce pour quoi je suis fait? Que faut-il espérer qui justifie tous ces espoirs qui m’habitent?

Textes commentés

Écriture sainte

Les promesses faites à Abraham (Gn 17,4-8.16-17)

« Et Dieu dit à Abraham : Je suis, voici mon alliance avec toi : tu seras père d’une multitude de nations. On ne te nommera plus « Abram » mais tu seras appelé « Abraham » car je t’établis père d’une multitude de nations. Je te ferai croître à l’infini, je ferai de toi des nations et des rois sortiront de toi. J’établis mon alliance entre moi et toi et ta descendance après toi, au fil des générations, en une alliance perpétuelle pour être ton Dieu et celui de ta descendance après toi. Je te donnerai, à toi et à ta descendance après toi, la terre de ton séjour comme étranger, toute la terre de Chanaan, en possession éternelle, et je serai leur Dieu […] Dieu dit à Abraham : — Tu ne donneras plus à Saraï ta femme le nom de Saraï, car son nom est Śārāh, et je la bénirai et je te donnerai d’elle un fils que je bénirai et il deviendra des nations et des rois de peuples sortiront d’elle. »

Une promesse céleste (Gn 15,1-2, 5-6)

« Après ces événements, la parole de Yahvé fut adressée à Abram, dans une vision : Ne crains pas, Abram ! Je suis ton bouclier, ta récompense sera très grande. Abram répondit : Mon Seigneur Yahvé, que me donnerais-tu ? Je m’en vais sans enfant… [Le Seigneur Dieu] conduisit dehors et dit : Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux les dénombrer et il lui dit : Telle sera ta postérité. Abram crut en Yahvé, qui le lui compta comme justice. »

Saint Ambroise de Milan

Sur Abraham 2, 48, p. 147-148

Or que veut dire : « Il le fit sortir dehors » ? Comme le prophète est conduit dehors pour qu’il sorte de son corps, de la chair qui l’emprisonne, qu’il s’ouvre à l’effusion de l’Esprit Saint qui descend pour ainsi dire, il nous faut nous aussi sortir de l’hôtellerie qui nous enferme, purifier de toute souillure le séjour de notre âme, écarter les salissures de la méchanceté, si nous voulons recevoir le souffle de la sagesse, puisque la sagesse n’entrera pas dans une âme méchante (Sg 1, 4). Or Abraham a cru, non pas séduit par une promesse d’or, ni d’argent, mais parce que son cœur eut foi en Dieu, « qui le lui compta pour justice ». En cela son mérite a été reconnu, en cela sa récompense lui a été payée.

Sur Abraham 2, 48, p. 147

La réponse divine qu’il écouta pour son instruction retentit aussitôt : « Regarde le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et Dieu dit : telle sera ta descendance. Et Abraham crut en Dieu et cela lui fut compté comme justice ». En quoi consista sa foi ? Non seulement en la multitude des peuples qui croiraient en Christ mais aussi en la splendeur de la grâce céleste et en la résurrection en la vie immortelle, promises à la descendance de l’Église.

Sur la mort de son frère Satyre, 2, 95, Les Pères dans la foi, p. 100

« [Les patriarches] ont changé leur terre pour un autre sol, changeons-la, nous pour le ciel. Eux l’ont changée pour une demeure, nous pour le souffle de l’Esprit. La sagesse leur aura montré le ciel illuminé d’étoiles (cf. Gn 15, 5), qu’elle illumine les yeux de notre cœur. Ainsi l’image rejoint-elle la vérité, et la vérité rejoint l’image. »

Sur Abraham 1, 21, Les Pères dans la foi, p. 50

La filiation s’est propagée uniquement par l’héritage de la foi, qui nous prépare au ciel, nous rapproche des anges, nous élève jusqu’aux étoiles. Il est dit : « Telle sera ta descendance et Abraham crut en Dieu » (Gn 15, 6).

Saint Thomas d’Aquin

Le précepte de l’espérance (Sum. theol., IIa-IIae, q. 22, a. 1, resp.)

Les préceptes que l’on trouve dans les saintes Écritures sont de deux sortes. Les uns appartiennent à la substance de la loi, tandis que les autres sont des préparations à la loi. Les préparations à la loi ont en effet leur place là où il ne peut pas encore y avoir de loi. On y trouve des préceptes relatifs à l’acte de foi et à l’acte d’espérance. […] Par l’espérance d’une faveur qui sera accordée, l’homme est ainsi conduit à l’observance des préceptes de la loi. […] Ainsi le précepte de l’espérance fut-il proposé dans la première législation sur le mode d’une promesse : elle promettait une faveur à tous ceux qui obéiraient, ce qui les incitait à l’espérance. C’est pourquoi toutes les promesses contenues dans la loi sont des stimulants de l’espérance (spei excitativa).
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici