Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer: 26 mars

Le diaire des Jacobins du 26 mars 2020

Mon espérance mise à nu: Job

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

 

Le virus ébranle nos vies, je veux dire qu’il ébranle ce pour quoi nous vivions jusqu’à ces derniers jours. On n’a plus les mêmes attentes pour la journée qui vient lorsqu’on sait un proche malade, ou exposé, ou fragile. On est obligé de mettre de l’ordre dans les priorités, de se concentrer sur l’essentiel et de laisser le secondaire pour plus tard.

Du reste, peut-être ce «plus tard» ne viendra-t-il jamais mais tant pis, on s’en déleste. Chaque jour qui passe, nous faisons un peu plus le tri dans nos attentes ou dans nos appréhensions, comme lorsqu’on déménage dans un appartement plus petit et qu’on se résout à se séparer de ce qui, finalement, n’était pas si important. Ainsi, chaque jour qui passe, nos espoirs se déplacent. Nous avons vu hier ce déplacement s’opérer chez l’Ecclésiaste, dans une situation de surabondance. Nous allons le voir aujourd’hui avec Job, dans l’expérience de la privation et du malheur.

Textes commentés

Écriture sainte

Jb 3,11-15.17-21.23; 19,25-27

Pourquoi ne suis-je mort dans les entrailles? — Pourquoi ne suis-je pas mort aussitôt sorti du ventre? — Pourquoi des genoux accueillants? — Pourquoi des seins allaitants? — Car maintenant je me tairais en dormant et mon sommeil me reposerait avec les rois et les grands de la terre qui se construisent des déserts ou avec les princes qui possèdent de l’or et remplissent d’argent leurs maisons […] — Là les méchants cessent leurs violences, là se reposent les forces épuisées. — Ceux qui étaient jadis enchaînés ensemble sont sans sévices, ils n’entendent pas la voix de l’exacteur. — Là sont le petit et le grand, l’esclave est libre de son maître. — Pourquoi la lumière est-elle donnée au miséreux? et la vie à ceux qui sont dans l’amertume de l’âme? à ceux qui attendent comme des chercheurs de trésor la mort et elle ne vient pas […] — à l’homme dont la route est cachée et que Dieu cerne de ténèbres? […] — Je sais que mon rédempteur est vivant et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre de nouveau, je serai entouré de ma peau et dans ma chair, je verrai Dieu — lui que moi-même je verrai, que mes yeux contempleront et non un autre — c’est là mon espérance qui repose en mon sein.

Saint Grégoire le Grand

Moralia in Iob 16, 19, 24, CCL 143B, (trad. Claude Dagens)

L’Église, y écrit-il, si elle n’était inondée des délices de la Parole de Dieu ne pourrait, du désert de la vie présente, s’élever vers les hauteurs. […] Quand l’âme attentive trouve sa nourriture dans l’intelligence [des Saintes Écritures], l’obscurité de la vie présente est déjà en elle illuminée de la splendeur du jour qui vient, en sorte que, même au milieu des ténèbres de notre corruption, fait irruption […] la force de la lumière à venir.

Moralia in Iob 26, 16, 26, CCL 143B, (trad. Claude Dagens)

Le chant dans la nuit, c’est la joie dans l’épreuve, puisque même affligés par les épreuves de la condition temporelle, nous goûtons déjà par l’espérance les joies de l’éternité. C’est ce chant dans la nuit que célébrait Paul: « Ayez la joie dans l’espérance, la constance dans la tribulation » (Rm 12, 12). C’est ce chant dans la nuit qu’entonnait David: « Tu m’es un refuge dans l’épreuve qui m’assiège; ô ma joie, délivre-moi de ceux qui m’assiègent » (Ps 31, 7)… Comme nous ne pouvons retourner au bonheur éternel qu’à travers les maux temporels, tout le dessein de la sainte Écriture est de nous réconforter au milieu des adversités qui passent par l’espérance de la joie qui demeure.

Saint Thomas d’Aquin

Job 19, 10 (Vulgate): Dieu, il déracine comme un arbuste mon espérance

Commentaire — En effet, tant que l’arbre est rattaché à la terre par des racines, il a l’espoir de verdir à nouveau si on lui a coupé les branches [= si ce qui est au-dessus des racines a été coupé]. Mais si ses racines ont été arrachées de la terre, il est inévitable qu’il se desséchera et mourra. De même pour Job qui n’avait plus d’espoir de retrouver de prospérité sur cette terre, comme si ses racines lui avaient été arrachées.

v. 23 — Job a dit plus haut que son espérance lui avait été retirée comme on arrache un arbre à la racine, et ceci se rapportait à l’espoir de retrouver une prospérité temporelle […] Mais maintenant il dévoile clairement son sentiment en montrant qu’il ne désespérait pas de Dieu, mais qu’il avait trouvé une espérance plus haute en Dieu, non pas pour des biens présents mais pour des biens futurs. C’est pourquoi il veut qu’on écrive ses paroles concernant son espérance en Dieu qui s’est affermie, pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli, et il était d’autant plus nécessaire de les écrire que cette espérance n’était pas pour un futur proche mais devrait s’accomplir à la fin des temps.

v. 25 — Il commence en disant: ‘je sais’, c’est-à-dire qu’il sait par la certitude de la foi. Il a cette espérance de la gloire de la résurrection future, et il en donne la cause en ajoutant: « mon rédempteur vit ». Il faut ici rappeler que l’homme fut fait immortel par Dieu, mais qu’il a encouru la mort par le péché, comme le rappelle Rm 5, 12: « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ». Or le genre humain devait être racheté de ce péché par le Christ, et Job l’a connu d’avance par l’esprit de la foi. Le Christ nous a rachetés du péché par la mort, en mourant pour nous. Et il n’est pas mort de telle sorte que la mort l’aurait englouti, parce que s’il est mort selon son humanité, il ne pouvait cependant mourir selon la divinité. C’est par la vie de sa divinité que l’humanité a été restaurée en surgissant à nouveau à la vie. Ainsi le dit saint Paul, 2 Co 13, 4: « s’il a été crucifié en raison de nos faiblesses, il vit en raison de la puissance de Dieu ». Et la vie du Christ ressuscitant de la mort se diffuse à tous les hommes dans la résurrection commune à tous. Par conséquent, la cause primordiale de la résurrection humaine est la vie du Fils de Dieu, qui est de toujours, hier et aujourd’hui, le même pour les siècles. C’est pourquoi Job ne dit pas que son rédempteur vivra (au futur), mais que son rédempteur vit (au présent).

Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici