Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 7 avril

Le diaire des Jacobins du 7 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémie

Dosage quotidien

La joie que donne l’espérance

 

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

L’épidémie fait rôder autour de nous la crainte de mourir, et cette crainte nous touche au cœur. Nous savons que nous mourrons, bientôt, quand ce sera le moment. Mais cela reste une expérience de pensée, ou d’imagination, ou plus souvent des deux, tant que la mort reste loin de nous.

Il en va différemment lorsque le danger se précise, lorsque le malade apprend qu’il est malade, lorsque le soldat sait son ennemi proche, ou lorsqu’un virus invisible tisse invisiblement tout autour de nous son filet de contaminés. La crainte de la mort, lorsqu’elle devient vive, met à l’épreuve l’espérance. Si nous espérons la vie éternelle, est-il vrai que cette vie promise soit plus forte que la mort qui rôde ? Parce que la mort c’est du concret, l’espérance ne peut se contenter de belles promesses. La vie que Dieu promet doit être aussi concrète que la mort qui menace. Dieu a donc voulu donner à notre espérance du concret. Celui qui s’était fait l’un de nous, le Christ Jésus, a connu la mort, et maintenant il est vivant. Nous avons donc, dans la foi, une certitude concrète pour affermir une espérance concrète. Certes, il est vrai que nous mourrons malgré tout. Mais c’est justement là que naît notre espérance. Comme l’explique saint Paul (1 Co 15) : « C’est lui, le Christ, qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. » La mort a été vaincue en premier dans le Christ, mais elle sera vaincue en nous en dernier, au dernier Jour, lorsque tous ressusciteront. Voilà le lieu de notre espérance : nous sommes entre la résurrection du Christ, qui fonde notre espérance, et le dernier Jour où Dieu sera tout en tous, et où notre espérance s’accomplira.

Textes commentés

Écriture sainte

So 3, 14-20

Exulte, fils de Sion, acclame, Israël

Réjouis-toi, ris de tout ton cœur, fille de Jérusalem

YHWH détourne les sentences qui te condamnaient, il a fait tourner bride à tes ennemis.

Le roi d’Israël, YHWH est au milieu de toi, ne crains plus aucun mal !

En ce jour il sera dit à Jérusalem :

Ne crains pas, Sion, que tes mains ne faiblissent pas,

YHWH ton Dieu est au milieu de toi, comme un preux, Jésus.

Il est dans l’allégresse pour toi, dans son amour il convoque le silence.

Il jubile sur toi dans son exultation. »

À ceux que le fléau a privé de fêtes :

« Je rassemble ceux qui étaient loin de toi, chassés de ta présence par la honte.

Voici ce que je vais faire à ceux qui te maltraitent,

Je sauverai les brebis boiteuses, les égarées je les rassemblerai,

Je les mettrai à l’honneur, je leur ferai un nom dans les pays où ils avaient connu la honte.

En ce jour-là, je vous ferai venir, en ce temps j’irai vous recueillir,

Je ferai que votre nom s’étende, dans tous les peuples de la terre,

Quand je convertirai vos captifs, sous vos yeux, dit le Seigneur. »

Saint Augustin

Si tu recevais le Christ dans ta chambre, il serait près de toi ; si tu crois, il est en toi.

Gertrud von Le Fort

Hymnes à l’Église

Le Chant du roi commence avec l’amour qui est prié par la fiancée du roi. Réveille-toi, monde, car la toute-belle élève la voix ; lève-toi de ta couche, car ce chant appelle ton bonheur ! Qu’êtes-vous aussi silencieux, hommes bruyants, qu’êtes-vous si paresseux, hommes affairés ? J’entends les échos de votre renommée dans les rues. Vous resplendissez sur tous les océans et triomphez sur tous les sommets. Ne voulez-vous pas saluer la Fiancée du Très-Haut ? Vraiment, qui voit son visage aperçoit le Roi.

Saint Thomas d’Aquin

Sur Jn 20, 15

L’espérance nous rend présente la chose aimée en nous montrant qu’elle peut être atteinte, et en cela elle cause la joie ; mais tant que l’on est dans l’acte d’espérer, le fait que la chose aimée soit absente nous contriste.

Sur le Ps 30

L’effet de l’espérance est l’allégresse spirituelle (laetitia spiritualis).

Sur Sg 11, 25

Seigneur, « tu aimes toutes les choses qui sont, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait »

Sur Jn 5, 20a

Puisqu’il n’y a que le bien qui soit aimable, tout bien peut se rapporter à l’amour de deux manières. Soit ce bien est cause de l’amour. Soit ce bien est causé par l’amour. En nous, le bien cause l’amour, car la cause de notre amour pour quelque chose est sa bonté. Cette chose n’est donc pas bonne parce que nous l’aimons, mais si nous l’aimons c’est en conséquence de ce qu’elle est bonne. Or en Dieu il en va différemment, car c’est l’amour même de Dieu qui est la cause de la bonté dans les choses qu’il aime. C’est en conséquence du fait que Dieu nous aime, que nous sommes bons.

Sum. theol., Ia, q. 20, a. 2

L’amour de Dieu est répandant et créant la bonté dans les choses.

Sum. theol., Ia, q. 20, a. 1

« L’amour porte sur le bien dans ce qu’il a de commun, qu’on le possède ou qu’on ne le possède pas. C’est pourquoi l’amour est naturellement le premier acte de la volonté et de l’appétit. Pour cette raison, tous les autres mouvements d’appétit présupposent l’amour comme leur racine première. Nul en effet ne désire quelque chose si ce n’est parce que c’est un bien qu’il aime ; et nul ne se réjouit sinon du bien aimé. » Certaines passions (comme la tristesse) comportent une imperfection, mais « d’autres ne désignent aucune imperfection, comme l’amour et la joie. Ainsi, dans les passions il n’y a rien qui convienne à Dieu pour tout ce qu’il y a en elles de matériel [comme rougir de honte, ou pleurer de tristesse]. Et celles qui emportent une imperfection ne peuvent convenir à Dieu dans ce qui les définit [formaliter], à moins de les entendre de manière métaphorique, en raison de la similitude de l’effet. En revanche, celles qui n’emportent aucune imperfection, on les dit proprement de Dieu, comme l’amour et la joie, mais à condition de retirer ce qu’il y a de passivité en elles [= Dieu “n’éprouve” pas de joie] ».

Somme contre les Gentils, I, cap. 90

La joie et la délectation sont un apaisement de la volonté dans ce qu’elle veut. Ce que Dieu veut étant principalement lui-même, Dieu trouve au plus haut point en lui-même cet apaisement puisqu’il possède en lui tout ce qui le comble. Dès lors, lui-même par sa volonté se réjouit et se délecte au plus haut point. Il y a donc en Dieu à proprement parler une joie et une délectation. Cependant la joie et la délectation ne se confondent pas. Car la délectation provient de ce que le bien [aimé] est réellement conjoint, tandis que la joie ne demande pas une telle conjonction à l’aimé. L’apaisement de la volonté dans ce qui est voulu suffit à définir la joie. Par conséquent, à l’entendre au sens propre, la délectation concerne seulement un bien conjoint, tandis que la joie peut se prendre de ce qui est extérieur. Ceci montre que, au sens propre, Dieu se délecte en lui-même, et qu’il se réjouit en lui-même et dans les autres.

Somme contre les Gentils, I, cap. 91

L’amour et la joie, qui sont proprement en Dieu, sont les principes de toutes les autres affections que l’on attribue à Dieu [comme la colère, la bienveillance, la compassion, le repentir] : l’amour sur le mode d’un principe qui meut, et la joie sur le mode de la fin.

Sur Mt 25, 23

Quant tu trouves ta joie dans quelque chose, si cette chose est plus petite que ton cœur, alors la joie entre dans ton cœur. Mais Dieu est plus grand que le cœur. C’est pourquoi celui qui se réjouit de Dieu entre dans la joie [de Dieu].

Sur le Ps 50, 10

Ce qui reçoit la grâce a la charité, celui qui a la charité aime Dieu et il a Dieu lui-même, et celui qui possède ce qu’il aime se réjouit. Par conséquent, là où il y a la charité, là est la joie. D’où ce que dit Paul, en Rm 14 : le royaume de Dieu n’est pas nourriture et boisson, mais joie dans l’Esprit-Saint.

Somme contre les Gentils, IV, cap. 22

Puisque l’Esprit-Saint de Dieu nous constitue comme des amis, puisqu’il fait sa demeure en nous et nous fait demeurer en lui, il s’ensuit que par l’Esprit-Saint, nous possédons la joie qui vient de Dieu et la consolation contre toutes les oppositions et les combats du monde.
Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici