Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 8 avril

Le diaire des Jacobins du 8 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémie

Dosage quotidien

 

Ton roi a combattu pour que tu espères

 

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

La concomitance de la Semaine Sainte et de l’épidémie, du virus contaminateur et de la Passion du Rédempteur, nous rappelle le drame dont l’homme est le sujet central. Le virus s’intéresse à l’homme pour le coloniser, pour s’en nourrir, pour le transformer en une usine de réplication aussi efficace qu’une usine chinoise de tee-shirts ou de téléphones, jusqu’à l’épuisement du sujet porteur.

Le virus n’a pas d’état d’âme, il investit, il tire profit jusqu’à la ruine de son hôte, et il déménage. Il y aura toujours bien un autre homme à portée de poignée de main pour recommencer l’opération. Le Christ au contraire ne s’intéresse pas à l’homme, il ne vient pas vers l’homme pour son intérêt à lui mais pour le seul bien de l’homme. Le Christ ne colonise pas en asservissant, il libère l’homme en se chargeant de son fardeau ; il ne se nourrit pas de l’homme mais vient le nourrir de sa chair et de son sang ; il ne transforme pas l’homme en usine rentable de réplication mais en un exemple de sanctification ; il n’épuise pas, il rend la vie ; il ne se répand pas comme un parasite mais comme la Vérité. L’homme est ainsi placé face à deux modèles de vie, le virus ou le Christ. Que faut-il faire ? Imiter le virus ou imiter le Christ, s’inspirer du virus ou être inspiré par le Christ ? Nos sociétés font des choix chaque jour, nous faisons des choix chaque jour du type de vie que nous entendons mener. En comparant ce matin les évangiles des derniers jours du Christ et les titres de la presse quotidienne, le choix ne m’est jamais apparu aussi tranchant.

Textes commentés

Écriture sainte

Za 9, 9-16

Tressaille d’une grande joie, fille de Sion !

Pousse des cris d’allégresse, fille de Jérusalem !

Voici que ton Roi vient à toi.

Il est juste, lui, le sauveur,

il est humble, monté sur un âne

et sur un ânon, petit d’une ânesse.

Je détruirai le quadrige d’Ephraïm

et le cheval de Jérusalem

et l’arc de guerre sera détruit.

Et il dira la paix aux nations

et sa puissance [s’étendra] d’une mer à une mer

et des fleuves jusqu’aux extrémités de la terre.

Pour toi aussi, à cause du sang de ton alliance, j’ai retiré tes captifs de la fosse et du lac où il n’y a pas d’eau.

Revenez au lieu fort, captifs d’espérance !

T’annonçant aujourd’hui encore : je te rendrai au double.

Car j’ai bandé Juda pour moi

et comme un arc, j’ai empli Ephraïm,

et j’exciterai tes fils, ô Sion, contre tes fils, ô Grèce,

et je ferai de toi comme l’épée d’un brave.

Le Seigneur Dieu apparaîtra au-dessus d’eux,

son trait partira comme l’éclair,

le Seigneur Dieu sonnera de la trompette

et s’avancera dans les ouragans du midi.

Le Seigneur des armées les protégera.

Ils dévoreront, ils fouleront aux pieds les pierres de fronde !

En buvant, ils seront enivrés comme par du vin

et ils seront remplis comme la coupe,

comme les cornes de l’autel.

Le Seigneur leur Dieu les sauvera en ce jour, comme le troupeau de son peuple,

car des pierres saintes sont élevées sur sa terre.

Saint Augustin

Homélies sur saint Jean, 51, 5 (trad. éd. Raulx)

[…] « Jésus trouva » donc « un ânon et s’assit dessus, ainsi qu’il est écrit : Ne crains point, fille de Sion, voici ton roi qui vient assis sur le petit d’une ânesse » (Jn 12, 14-15 ; cf. Za 9, 9). Au milieu de ce peuple était donc la fille de Sion ; et Sion, c’est Jérusalem. Dans ce peuple, dis-je, réprouvé et aveugle, était la fille de Sion, à qui le Prophète avait dit : « Ne crains point, voici ton roi qui vient assis sur le petit d’une ânesse. » Cette fille de Sion, à qui Dieu faisait dire ces paroles, était du nombre de ces brebis qui écoutaient la voix du pasteur ; elle se trouvait dans cette multitude qui louait avec tant d’énergie le Seigneur pendant sa marche et l’accompagnait en si grande foule.

Le Prophète lui dit : « Ne crains pas », reconnais celui dont tu chantes les louanges, et ne te laisse pas intimider par ses souffrances (noli trepidare cum patitur), car ce sang qui est répandu est celui qui doit effacer ton péché et te rendre la vie.

Ce petit d’ânesse sur lequel personne ne s’était encore assis (ainsi que nous le lisons dans les autres évangélistes), représente les peuples des Nations, qui n’avaient point reçu la foi du Seigneur. L’ânesse (car l’un et l’autre furent amenés au Seigneur), l’ânesse figurait la portion du peuple juif qui vint à Jésus, sans éprouver de sentiments tout à fait hostiles, et qui reconnut la crèche du Sauveur.

La cité de Dieu, Livre XVIII, 35 (trad. éd. Raulx)

Zacharie parle ainsi de Jésus-Christ et de l’Église : « Réjouis-toi, dit-il, fille de Sion, bondis de-joie, fille de Jérusalem, car voici venir ton roi pour te justifier et pour te sauver. Il est pauvre, et vient, monté sur une ânesse et sur le petit d’une ânesse ; mais son pouvoir s’étend d’une mer à l’autre, et depuis les fleuves jusqu’aux confins de la terre. » L’Évangile nous apprend, en effet, en quelle occasion Notre-Seigneur se servit de cette monture, et fait même mention de cette prophétie.

Un peu après, parlant à Jésus-Christ même de la rémission des péchés qui devait se faire par son sang : « Et toi aussi, dit-il, tu as tiré tes captifs de la citerne sans eau, par le sang de ton Testament (Tu quoque, inquit, in sanguine testamenti tui emisisti uinctos tuos de lacu, in quo non est aqua) » (Za 9, 11). On peut expliquer diversement, et toujours selon la foi, cette citerne sans eau ; mais, pour moi, je pense qu’on doit entendre la misère humaine, qui est comme une citerne sèche et stérile (humanae miseriae profunditatem siccam quodammodo et sterilem), où les eaux de la justice ne coulent jamais, et qui est pleine de la boue du péché. C’est de cette citerne que le Psalmiste dit : « Il m’a tiré de la citerne de la misère et d’un abîme de boue (Et eduxit me de lacu miseriae et de luto limi) » (Ps 39, 2).

Saint Thomas d’Aquin

Du Sermon Ecce Rex, prêché selon toute probabilité le 29 novembre 1271 à Paris (d’après la traduction du P. Torrell, Sermons, Paris, Cerf, 2014, p. 95s.)

1. « Voici que ton roi vient à toi »

  • Il vient

Nombreuses sont les merveilles des œuvres divines. Merveilleuses sont tes œuvres chante le Psalmiste (Ps 139, 14). Mais aucune des œuvres de Dieu n’est aussi admirable que la venue du Christ dans la chair : si, dans ses autres œuvres, Dieu a imprimé sa ressemblance dans la créature, dans l’œuvre de l’incarnation, Dieu s’est imprimé lui-même et s’est uni à la nature humaine dans l’unité de sa personne, ou, si l’on préfère, il s’est uni la nature humaine à lui-même.

Il y a quatre venues du Christ. La première, par laquelle il vient dans la chair ; la deuxième, par laquelle il vient dans l’esprit ; la troisième, par laquelle il vient à la mort des justes ; la quatrième, par laquelle il vient pour le jugement. […] La première venue [dans la chair, en assumant notre nature humaine] en appelle une autre : la venue du Christ dans notre esprit. Il n’eût été d’aucune utilité pour nous que le Christ vînt dans la chair, s’il n’était en même temps venu dans notre esprit pour nous sanctifier. D’où ce qu’écrit Jean (14, 23) : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. […] Par cette nouvelle venue, qui se produit par la grâce sanctifiante, l’âme est libérée du péché, mais elle n’est pas libérée de toute peine, car si elle a obtenu la grâce, elle n’a pas encore atteint la gloire.

  • Voici

Lorsque nous disons : voici, nous entendons généralement attester quelque chose. Quand on veut certifier quelque chose, on dit : voici. Ainsi, le Seigneur dit dans la Genèse (9, 9.13) : Voici que je vais faire alliance avec toi et ta descendance après toi ; je mettrai mon arc [arc-en-ciel] entre moi et vous, c’est-à-dire en signe de paix. Cet arc signifie le Fils de Dieu [qui est comme la lumière du Verbe dans le nuage de la nature humaine]. […] Le Christ est venu à nous en signe de paix.

Pourquoi n’y a-t-il pas de temps fixé pour cette venue [du Christ au dernier Jour] ? Peut-être parce que le Seigneur a voulu que nous soyons toujours vigilants.

Nous avons obtenu tout cela [le réconfort contre l’ennemi, le don de la grâce] lors de la venue du Christ : l’homme a été libéré des assauts du démon et il se réjouit de voir son espérance réalisée. D’où ce que dit Isaïe (35, 4) : Dites à ceux qui ont le cœur abattu : prenez courage, ne craignez point ; voici votre Dieu qui vient vous venger de vos ennemis : c’est lui-même qui viendra et vous sauvera.

  • Ton roi

Il est lui-même roi de toute la création. […] Mais de façon spéciale on dit ton roi, c’est-à-dire le roi de l’homme, pour quatre raisons : 1. En raison de la ressemblance de son image [en nous] ; 2. en raison de l’amour particulier qu’il nous porte ; 3. en raison de la sollicitude et du soin particulier [qu’il prend de nous] ; 4. en raison de sa communion avec la nature humaine.

2. « À cause du sang de ton Alliance »

Il fallait que celui qui devait venir soit revêtu de cette puissance [royale sur toutes choses], car jadis la Loi fut donnée aux juifs, et ils étaient appelés le peuple de Dieu à un titre particulier, mais ils avaient la mission d’amener tous les hommes au salut. Il fallait donc que leur roi soit aussi celui de tous afin de pouvoir les sauver tous. Il est bien tel Celui qui est venu à nous ; d’où ce que dit le psaume 2, 8 : Demande et je te donnerai les nations en héritage, pour domaine les extrémités de la terre.

Et cela sera accompli par la Pâque du Christ, puisqu’il dira a ses disciples juste avant l’Ascension : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre (Mt 28, 18).

Sum. theol., IIIa, q. 52, a. 1, ad 2

La passion du Christ fut comme la cause universelle du salut du genre humain, tant pour les vivants que pour les morts. Or, pour qu’une cause universelle soit appliquée à des effets particuliers, il faut quelque chose de particulier. C’est pourquoi, de même que l’efficacité de la passion du Christ est appliquée aux vivants par les sacrements qui nous configurent à la passion du Christ, ainsi a-t-elle été appliquée aux morts par la descente aux enfers. C’est dans cette perspective que Zacharie dit : Il a délivré les captifs de la fosse par le sang de son alliance, c’est-à-dire par sa passion.

Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici