Le diaire des Jacobins

Sonnerie pour espérer : 9 avril

Le diaire des Jacobins du 9 avril 2020

Le fortifiant spirituel pour temps d’épidémie

Dosage quotidien

 

Le sang de la nouvelle alliance

La nouvelle alliance annoncée par le prophète Jérémie a été scellée dans le sang du Christ, lors de sa passion. Par elle, notre cœur est recréé, la Loi de Dieu demeure en nous, pour que nous retrouvions l’espérance de demeurer éternellement en Lui. L’eucharistie nous fait entrer dans ce mystère.

Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram

Nous sommes en pleine épidémie. Il vaut la peine de s’arrêter un instant pour préciser la signification de ce mot. Une épidémie est un type particulier de mal, distinct du fléau ou de la catastrophe, en ce qu’elle est un mal qui se propage en profitant de nos activités les plus communes. À l’échelle d’un individu, cette propagation paraît relativement inoffensive.

Si je suis porteur du mal, et que je le transmets à deux ou trois personnes autour de moi, parmi la centaine que je côtoie chaque jour, je puis toujours me consoler de n’avoir contaminé que deux ou trois personnes. Mais ce faisant, j’oublie la dimension essentielle de l’épidémie, qui est sa propagation. Car, à leur tour, les deux ou trois contamineront chacun deux ou trois, et ainsi de suite. Au bout de quelques jours, cela fait quelques centaines, puis quelques milliers et, à partir de là, l’épidémie progresse à une vitesse vertigineuse. S’agissant du coronavirus, il aura fallu un mois et demi pour constater les premiers 100 000 cas, 10 jours pour les 100 000 suivants, 4 jours pour les 100 000 d’après. Ils étaient un ou deux au départ. En l’espace de quelques mois, ils seront quelques milliards. Quel exemple spectaculaire de la propagation d’un mal. Car ce qui vaut pour le coronavirus vaut pour quantité d’autres maux. On a vu ainsi la dépendance à la cigarette ou aux drogues se développer comme une épidémie. Au départ, leur usage se limitait à quelques cercles mais, progressivement, les freins à leur usage ont sauté, et l’épidémie devint hors de contrôle. De même en va-t-il de l’habitude du mal volontaire. Par exemple, si rien ne vient la contrer, l’habitude de mentir s’étend comme une épidémie à toute une société, au point qu’il suffit de quelques décennies pour que tout le monde se méfie de tout le monde. L’URSS a ainsi achevé sa course dans le mensonge collectif permanent. La propagation du mal suit aussi les voies naturelles de l’engendrement et de l’éducation. En transmettant la vie, qui est un bien, les parents transmettent en même temps à leurs enfants leurs défauts génétiques, ou les limites de leur propre éducation, ou les conséquences de leurs fautes. Cette loi générale de propagation du mal menace l’humanité d’extinction biologique, culturelle et spirituelle. C’est pour y faire barrage que Dieu intervient. Voici comment Ézéchiel (18, 2) prophétise à ce sujet : « Qu’avez-vous à répéter ce proverbe : Les pères ont mangé les raisins verts, et les dents des enfants sont agacées ? Par ma vie, oracle du Seigneur, vous n’aurez plus à répéter ce proverbe en Israël. Voici : toutes les vies sont à moi, aussi bien la vie du père que celle du fils, elles sont à moi. Celui qui a péché, c’est lui qui mourra. » Dieu marque un coup d’arrêt à l’épidémie du mal dans les mêmes termes chez Jérémie (31, 30), et voici quel est l’antidote.

Textes commentés

Écriture sainte

Jr 31 (38), 31-34

Voici venir des jours, oracle du Seigneur,

Où je conclurai avec la maison d’Israël

Et avec la maison de Juda

Une Alliance nouvelle.

Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères,

Le jour où j’ai fortifié ma main

Pour les faire sortir de la terre d’Égypte.

Puisque eux, ils ont rompu mon alliance,

Et moi je suis resté leur maître [je ne me suis plus soucié d’eux – LXX], oracle du Seigneur.

Voici l’alliance que je vais conclure avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur :

Je déposerai ma Loi au fond d’eux-mêmes [je donnerai mes lois à leur intelligence – LXX],

Sur leur cœur je l’écrirai.

Je serai Dieu pour eux, et ils seront un peuple pour moi ;

Un homme n’enseignera plus son prochain,

Ni un homme son frère en lui disant :

« Connaissez le Seigneur ! »

Car tous me connaîtront, du plus petit au plus grand, oracle du Seigneur,

Car je pardonnerai [j’expierai – LXX] leur péché,

De leurs péchés je ne me souviendrai plus.

Saint Thomas d’Aquin

Sum. theol., Ia-IIae, q. 106, a. 1 : La loi nouvelle est une loi principalement intérieure

Ce qui prime dans la loi de la nouvelle alliance, ce en quoi réside toute son efficacité, c’est la grâce du Saint-Esprit, donnée par la foi au Christ. C’est donc précisément la grâce du Saint-Esprit, donnée à ceux qui croient au Christ, qui constitue au premier chef la loi nouvelle. Telle est manifestement la pensée de saint Paul (Rm 3, 27) : Où est donc le droit de se glorifier ? Il est exclu. Par quelle loi ? Par celle des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi ; car il appelle « loi » la grâce même de la foi. Il s’exprime plus nettement encore ailleurs (Rm 8, 2) : La loi de l’esprit de vie dans le Christ Jésus m’a délivré de la loi du péché et de la mort. Ce qui fait dire à saint Augustin : Comme la loi des œuvres fut écrite sur des tables de pierre, la loi de la foi fut écrite dans le cœur des fidèles ; et encore : Quelles sont-elles, ces lois que Dieu lui-même a inscrites dans nos cœurs, sinon la présence même du Saint-Esprit ?

Saint Augustin

Confessions, LX, 27, 38

Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au dehors que je vous cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de vos créatures. Vous étiez avec moi, et je n’étais pas avec vous ; retenu loin de vous par tout ce qui, sans vous, ne serait que néant. Vous m’appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille ; votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; votre parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour vous ; je vous ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; vous m’avez touché, et je brûle du désir de votre paix.

Confessions, LVII, 10, 16

Ô éternelle vérité ! ô vraie charité ! ô chère éternité ! vous êtes mon Dieu ; après vous je soupire, jour et nuit ; et dès que je pus vous découvrir, vous m’avez soulevé, pour me faire voir qu’il me restait infiniment à voir, et que je n’avais pas encore les yeux pour voir. Et vous éblouissiez ma faible vue de votre vive et pénétrante clarté, et je frissonnais d’amour et d’horreur. Et je me trouvais bien loin de vous, aux régions souterraines où j’entendais à peine votre voix descendue d’en-haut  : Je suis la nourriture des forts ; crois, et tu me mangeras. Et je ne passerai pas dans ta substance, comme les aliments de ta chair ; c’est toi qui passeras dans la mienne.


Saint Thomas d’Aquin

Sur 1 Co 11, 25 : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. »

Commentaire – Dans les Saintes Écritures, le testament s’entend en deux sens. D’une part, de manière commune, il est un pacte, confirmé par des témoins, et en ce sens Dieu a conclu doublement un pacte avec le genre humain. D’une première manière en promettant des biens temporels et en libérant de maux temporels. C’est ce que l’on appelle l’ancien testament, ou l’ancien pacte. D’une autre manière, en promettant des biens spirituels et de libérer des maux qui s’y opposent, ce que l’on appelle le testament nouveau. C’est ce dont parle Jr 31, 31.

Or il était d’usage chez les anciens que pour confirmer un pacte ils répandent le sang d’une victime. Ainsi, en Gn 31, 54, on lit qu’après avoir conclu leur alliance, Laban et Jacob, ayant immolé des victimes sur la montagne, appelèrent leurs frères. De même, en Ex 24, 8, on lit que Moïse ayant pris le sang [de l’autel] en aspergea le peuple, et que ce sang était celui de l’alliance conclue par Dieu avec eux. Ainsi donc, de même que l’ancien testament-pacte fut confirmé par le sang symbolique des taureaux, de même le nouveau testament-pacte fut confirmé dans le sang du Christ qui fut répandu par sa passion. Dans la coupe du Jeudi saint, c’est de cette manière que le sacrement est contenu.

On parle d’autre part de testament en un second sens, plus rigoureux, pour les dispositions en vue de recevoir une succession, pour lesquelles les lois demandent la confirmation par des témoins. Or un tel testament ne reçoit sa confirmation définitive que par la mort, car comme dit l’Apôtre en He 9, 17, un testament n’est valide qu’à la suite du décès, puisqu’il n’entre jamais en vigueur tant que vit le testateur. De fait, Dieu a d’abord fait une disposition pour recevoir l’héritage éternel, mais sous la figure des biens temporels, qui relève de l’ancien testament. Mais par la suite il a fait un nouveau testament, en promettant expressément l’héritage éternel, et ce testament a reçu sa confirmation par le sang de la mort du Christ. C’est la raison pour laquelle le Seigneur dit : Cette coupe est le nouveau testament dans mon sang, comme s’il disait : par ce qui est contenu dans ce calice est fait mémoire du nouveau testament confirmé par le sang du Christ.

Sum. theol., IIIa, q. 75, a. 1, resp.

Si le vrai corps du Christ et son sang sont dans ce sacrement […], c’est d’abord parce que cela convient à la perfection de la Loi nouvelle. En effet, les sacrifices de l’ancienne Loi contenaient le sacrifice de la passion du Christ seulement en figure (cf. He 10, 1). Et c’est pourquoi il fallait que le sacrifice de la Loi nouvelle possédât quelque chose de plus, à savoir qu’il contînt celui-là même qui a souffert la passion, non seulement dans un signe ou une figure, mais encore en vérité dans la chose elle-même. C’est pourquoi ce sacrement contient réellement le Christ lui-même. […] Et cela convient aussi si l’on considère la charité du Christ, cette charité en raison de laquelle il a assumé un corps véritablement de notre nature pour notre salut. C’est le propre de l’amitié, et c’est même son sommet, de vivre avec ses amis […]. C’est pourquoi le Christ nous a promis en retour la récompense de sa présence corporelle (cf. Mt 24, 28 : Là où est le corps, là les aigles sont rassemblés). Cependant, en attendant cette récompense, durant ce temps de pèlerinage sa présence corporelle ne nous fait pas défaut, car par la vérité de son corps et de son sang il nous a réunis à lui dans ce sacrement. C’est pourquoi il a lui-même dit (Jn 6, 57) : Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. C’est pourquoi ce sacrement est le signe de sa suprême charité en même temps qu’il est le soutien et réconfort de notre espérance, puisqu’on y trouve une telle réunion intime du Christ avec nous.

Tous les textes discutés et les précédents diaires : http://toulouse.dominicains.com/actualites/#prieres
Dominicains de Toulouse
fr. Alain Quilici