Homélie du 8 février 2018 - 5e dimanche du T.O.

Miracles au pluriel

par

fr. François Le Hégaret

Un démoniaque, la belle-mère de Pierre, toutes sortes de malades et de possédés, un lépreux et un paralytique. Depuis le début de sa prédication en Galilée, Jésus parle peu et guérit beaucoup ! La seule parole prêchée rapportée depuis le début de l’Évangile de Marc est celle-ci : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Évangile ! » (1, 15). Jésus parle, c’est sûr, cela est mentionné plusieurs fois, mais c’est surtout ses actions qui sont montrées. Certes, par la suite, les évangélistes rapporteront ses paroles, les nombreux discours ou paraboles qu’il prononça. Mais au commencement de sa vie publique, ce sont ses miracles qui ont frappé les auditeurs de Jésus, et c’est cela que nous rapportent d’abord les évangélistes.

Jésus entame donc la première évangélisation, et il déclare même que c’est pour cela qu’il est sorti. C’est pour cela qu’il a choisi des disciples et qu’il les a envoyés de par le monde. Et cette évangélisation est encore en voie d’accomplissement aujourd’hui, et c’est notre tâche à tous. Chacun peut en effet reprendre à son compte ce que nous avons entendu par la bouche de saint Paul dans la deuxième lecture : « Annoncer l’Évangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi » (1 Co 9, 16). Mais comment faire ? Faut-il parler pour évangéliser ? Bon, il faut dire que si on devait, comme Jésus, commencer par un miracle pour annoncer l’Évangile, on serait passablement désemparé. Car ça, on ne sait pas faire. Un miracle ne peut venir que de Dieu. Chez les saints eux-mêmes, si des témoins ont pu rapporter qu’ils ont fait des miracles, ce n’est jamais au commencement de leur mission. C’est peut-être justement pour cela que Jésus commence par les miracles. Non pour dire : « Regardez, croyez les œuvres, je suis Dieu donc maintenant écoutez-moi ! » — ce qu’il dira à la fin de sa vie publique —, mais pour montrer que, en définitive, seul Dieu peut évangéliser, seul Dieu peut donner le Salut. L’évangélisation au temps de Jésus, comme l’évangélisation aujourd’hui, ne peut être d’abord et avant tout qu’une œuvre de Dieu. Car la véritable évangélisation consiste à être en contact avec Dieu. Nous, nous pouvons aider, mais que secondairement.

Les miracles qui nous sont montrés sont des guérisons et des exorcismes, et les deux sont rapportés un peu de la même façon. Jésus se penche sur ceux qui sont blessés, ceux qui ne peuvent marcher, ceux que leur maladie empêche de vivre complètement. En définitive, Jésus chasse de l’homme ce qui l’empêche d’agir comme homme. L’homme pris dans les liens du péché, affaibli dans sa nature, ne peut pas lui-même se tourner vers Dieu. Il ne peut pas lui-même s’abstraire de sa faiblesse. Tous les discours, toutes les lois, comme l’était la loi de Moïse, ne peuvent libérer l’homme de l’emprise du péché. Le miracle manifeste donc la force de libération qu’est l’action et la présence de Dieu en nous. Et même nous, chrétiens, avons constamment besoin de cette force de Dieu pour nous détourner de nos penchants mauvais, pour nous donner la force de nous tourner vers le bien et de l’accomplir. Ce que Jésus chasse par les signes qu’il fait, c’est l’enracinement du péché en nous, le fait non seulement d’être séparé de Dieu, mais de ne pas pouvoir y retourner par nos propres forces.

Durant ces premiers chapitres de l’Évangile, c’est Jésus qui a l’initiative d’aller à la rencontre des hommes, c’est lui qui fait le miracle, lui qui guérit l’homme. Mais alors, quelle est la place des disciples dans cette annonce de l’Évangile ? Jésus guérit la belle-mère de Pierre, mais ce sont eux qui lui ont parlé d’elle. Jésus chasse beaucoup de démons, mais ce sont les habitants de Capharnaüm qui lui ont apporté tous les malades et les démoniaques. Jésus sauve les hommes, mais c’est la foule qui le cherche. Nous ne pouvons donner Dieu aux hommes, mais nous pouvons favoriser cette rencontre de l’homme avec Dieu.

Il y a pourtant une grande différence entre ce qui s’est passé alors et ce qui se passe aujourd’hui. Peut-être avez-vous été témoin d’un miracle, mais cela est plutôt rare aujourd’hui. Non que Dieu ne fasse plus de miracles, mais nous ne sommes peut-être pas aussi attentifs pour les percevoir. Si le Christ a commencé son ministère par faire beaucoup de miracles, c’est sûrement pour montrer que l’humanité entrait dans un temps nouveau. Le Christ avait besoin de montrer visiblement ce qui se réalisait invisiblement dans le cœur des hommes, il montrait à l’extérieur cette amitié nouvelle qui s’établissait entre Dieu et les hommes. Mais en répandant son Esprit par sa mort et sa résurrection, il a permis à tous de prendre part à cette nouvelle Alliance. Ce que le Christ a réalisé alors par ses miracles se réalise jour après jour par sa grâce présente dans son Église. Dieu peut certes, à l’occasion, toucher l’homme par un miracle, mais c’est principalement par le témoignage des baptisés eux-mêmes que la voie du Salut est ouverte pour aujourd’hui. Ne désertons pas cette mission que nous avons reçue du Christ !

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