Homélie du 17 mai 2026 - 7e Dimanche de Pâques

Le dimanche de trop ?

par

fr. David Perrin

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Pas de chance ! Mon tour de prédication est tombé le seul dimanche où il ne se passe, pour ainsi dire, RIEN (pas d’événement particulier à raconter, pas de paraboles à se mettre sous la dent…), un dimanche qui d’ailleurs n’existe pas dans tous les pays puisque certains fêtent aujourd’hui l’ascension, un dimanche donc un peu bizarre, de transition, coincé entre deux fêtes sublimes : l’Ascension et la Pentecôte.

De ce dimanche-là, que peut-il sortir de bon ? Que retenir ? Arrêtons-nous sur la première lecture des Actes des Apôtres, qui suit immédiatement le récit de l’ascension : « Alors ils retournèrent à Jérusalem, depuis le lieu-dit mont des Oliviers qui en est proche. » Voilà qui peut nous intéresser ! À condition de faire une transposition et de se demander quel est, dans notre vie, ce mont des Oliviers que nous devons quitter.

Le mont des Oliviers, c’est un lieu très spécial, ambivalent. Les évangélistes rapportent que Jésus se plaisait à y réunir ses disciples. C’est là qu’il leur parlait et les enseignait. C’était donc le lieu de la vérité. Un lieu aussi de joie et d’amitié. Mais le dernier soir, il est devenu le lieu de l’abandon : Comment vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? Le lieu de la souffrance extrême (le Christ a versé dans ce jardin des gouttes de sang) et de la trahison, celle de Judas. C’est ce lieu que le Christ a choisi pour s’élever au ciel. Il est monté là où il était sans doute le plus descendu. Le Christ s’est détaché pour toujours de ce lieu qui relève désormais de sa vie passée. Les Apôtres sont exhortés aussi à le quitter : Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? À notre tour, nous sommes appelés à nous arracher de ce mont…

Plus facile à dire qu’à faire ! Car le mont des Oliviers, ce sont tous ces bonheurs disparus que l’on regrette, ces moments de grâce que l’on voudrait à tout prix retrouver, ces douleurs que l’on ressasse et qui bloquent notre avenir, ces disparitions d’êtres chers dont on peine à se remettre, ces désirs frustrés qui nous hantent, ces pages que l’on n’arrive pas à tourner, ces points finaux que l’on n’arrive pas à mettre aux chapitres de nos vies… Difficile de s’arracher à ces monts. Et puis, pour aller où ?

Pas bien loin, précise saint Luc. La chambre haute où se rendent les Apôtres ne se trouve qu’à une distance permise au jour de sabbat. Mais quelle est cette chambre haute ? Beaucoup de choses. Elle peut être, tout d’abord, la parole de Dieu, cette parole de la foi, dont saint Paul dit qu’elle est proche de nous : elle est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Voilà le lieu-refuge que nous avons à gagner, si nous voulons vivre une vie nouvelle. Revenir dans la chambre haute de la parole, frapper à la porte de la Bible, l’ouvrir. Se nourrir de ce que l’on y lit. C’est ainsi que l’on se prépare le mieux à la venue de l’Esprit-Saint. Retourner à Jérusalem et remonter dans la chambre haute, cela peut vouloir dire aussi revenir aux choses de la foi, à la pratique régulière de la foi, aux sacrements, à la confession, à l’eucharistie, aux fondamentaux de la vie chrétienne. Tu veux que ta vie change pour de bon ? Tu veux vivre en enfant de lumière ? Tu veux vivre libre, libéré de tes péchés, mais tu ne vois pas encore d’issue, tu as peur, comme les disciples. Reviens à la chambre haute de la parole et de la pratique des sacrements. Le Seigneur viendra à ta rencontre.

Mais tu as peur de te tromper d’adresse, de ne pas frapper à la bonne porte ? Il y a tant de maisons, il est vrai, qui se disent hautes, tant de demeures qui te vendent de la spiritualité, tant de chapelles qui prétendent détenir la vérité, offrir le vrai culte à Dieu. Comment savoir si tu ne t’es pas trompé ? Rien de plus simple, au fond. Si les Apôtres et leurs successeurs t’ouvrent la porte, tu sauras que tu es à la bonne place : À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélémy et Mathieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote et Jude fils de Jacques. Tu n’erreras pas, tu ne te tromperas pas, si tu entres dans la maison des Apôtres, si tu demeures en communion réelle avec eux et leurs successeurs : hier, Pierre ; aujourd’hui, le pape Léon et le collège des évêques validement et licitement ordonnés. Il n’y a pas d’avenir pour un chrétien en dehors de la chambre haute où se tiennent ces vrais ministres. Si tu es là où Pierre se trouve, tu seras là où soufflera l’Esprit.

Une autre bonne nouvelle : en revenant dans cette chambre haute où se trouvent les vrais pasteurs de Dieu, tu trouveras Marie qui ne les a jamais quittés. C’est elle aussi que tu es appelé à rejoindre. Marie, qui mène ses enfants d’une main, aussi ferme que douce, et qui dispose les âmes à la venue de l’Esprit : « TOUS D’UN MÊME CŒUR, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie, mère de Jésus et avec ses frères. »

S’arracher au mont des Oliviers, revenir sur nos pas, aux fondements de notre foi, prier aux intentions de notre pape, en communion avec nos évêques, filialement, sans critique, imitant les vertus de la sainte Vierge, demeurant assidus dans la prière, recevant les sacrements, méditant soigneusement les Paroles du Père que Jésus nous a données et les mettant en pratique : voilà au fond ce que nous avons à faire le plus tôt possible et avec le plus d’ardeur possible, dans les prochains jours, les prochaines semaines, si nous voulons vivre une nouvelle Pentecôte !

Voilà le sens de ce septième dimanche, qui n’était pas de trop, voilà le sens de cette dernière semaine, indispensable, entre Ascension et Pentecôte.

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