Homélie du 15 janvier 2023 - 2e Dimanche du T. O.

Baptiser dans l’Esprit-Saint

par

fr. Michaélis Taïwo

Tout le monde connaît la valeur d’une information qui vous parvient telle que reçue, sans méditation, sans filtre, et surtout sans commentaire. C’est bien la différence en grammaire entre le discours direct et le discours indirect ; et en règle générale nous préférons le discours direct, que nous indiquons lorsque nous lisons par : « citation… fin de citation ».
Nous devrions chercher à appliquer la même règle à la Parole de Dieu de ce jour : qu’a dit exactement le Père à Jean-Baptiste sur Jésus ? À trois reprises, Jean le Baptiste parle de son successeur le Christ :
– Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;
– Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint » ;
– C’est lui l’Élu de Dieu.

De tous les propos que tient le Baptiste, d’un seul nous avons la garantie qu’il s’agit exactement des paroles qu’il tient de celui qui l’a envoyé. Il désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu, mais c’est peut-être sa propre méditation, en partant des prophètes qui l’ont précédé ; en tout cas, il ne nous dit pas d’où il le tient. Il le désigne comme l’Élu de Dieu, c’est pareil. Par contre, quand il dit : « Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint” », ici, à coup sûr, le prophète Jean répète les paroles qu’il a entendues du Père. Et cela a une valeur inégalable, que ce soit le Père qui l’ait dit : c’est toute la différence que les exégètes font entre les ipsissima verba Jesu, c’est-à-dire les paroles prononcées historiquement par Jésus, et les autres paroles de l’Évangile.

Si nous saisissions que le Père a pu dire de Jésus que « c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint », nous serions tentés d’agir comme Philippe. L’évangéliste Jean (Jn 14, 6-8) raconte qu’une fois, Jésus était avec ses disciples, et il leur disait : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. » Et Philippe de lui répondre : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Donc quand le Père dit du Fils que c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint, moi je suis tenté de dire : « Seigneur, donne-nous le Saint-Esprit, et cela nous suffit. » C’est du moins l’attitude qui se cache derrière la rencontre entre Paul et les Éphésiens (Ac 19, 1-7). Les Actes des apôtres racontent que Paul traversait le haut pays, et rencontra à Éphèse quelques disciples. Il leur demanda : « Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçu l’Esprit Saint ? » Ceux-ci lui répondirent : « Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint » (aujourd’hui encore, la situation de certains chrétiens n’est pas meilleure !). C’est alors que Paul les fit baptiser au nom du Seigneur Jésus et leur imposa les mains pour qu’ils reçoivent le Saint-Esprit.

Le Père désigne donc son Fils dans notre Évangile comme celui qui « baptise dans l’Esprit Saint », c’est à croire que c’est là le résumé de la mission du Fils. En vérité, j’aurais arrêté ici mon homélie, si j’avais la certitude d’avoir créé en vous la conscience que le Père envoie son Fils pour nous baptiser dans le Saint-Esprit. Si cette conscience était créée, résonneraient actuellement en vous les questions suivantes : C’est quoi le baptême du Saint-Esprit ? Combien important est cet Esprit Saint pour que le Père envoie son Fils me baptiser en lui ? Quel est mon rapport avec cet Saint-Esprit ?

Un jour, Motovilov se trouvait avec Saint Séraphim de Sarov dans son « Petit Ermitage ». Saint Séraphim de Sarov est un saint orthodoxe, russe ; il serait « l’équivalent » pour l’Occident d’un François d’Assise ou d’un Padre Pio. Le saint engagea la conversation avec son hôte en lui disant : « Le Seigneur m’a révélé que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des personnages même haut placés dans la hiérarchie de l’Église. […] Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d’aller à l’église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien — tel, disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. […] La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu’elles puissent paraître en elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne, conclut notre saint, consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. »