Homélie du 22 août 2021 - 21e dimanche du T. O.

Confiance en Dieu

par

Daniel Vigne

Frères et sœurs, vraiment, qu’il est bon d’entendre la Parole de Dieu ! Aujourd’hui encore elle nous instruit, elle nous restaure et nous console. Les trois textes qui viennent d’être lus, et aussi le Psaume, sont d’une richesse magnifique, et ils sont parfaitement convergents. Ce que ces trois textes nous disent est simple : confiance, confiance en Dieu ! Choix profond, choix radical, d’aimer le Seigneur de tout notre être, de tout notre cœur. Bonheur d’être ses disciples, bonheur de le suivre avec fidélité et dans l’humilité. Oui quel beau message, en ce temps où nous sommes travaillés par des inquiétudes un peu contradictoires, où l’on veut quelquefois nous forcer à prendre parti, à nous prononcer pour ou contre ceci ou cela, avec les crispations qui s’ensuivent, avec le doute qui s’insinue, qui insécurise, qui divise. Méfiance, méfiance, nous dit-on ! Que ce soit envers le virus ou envers les vaccins, envers tel média ou tel autre, envers notre prochain, notre voisin, masqué ou pas, de tous côtés, n’est-ce pas, on nous invite à être sur nos gardes et à distance. Méfiance… et notre âme, frères et sœurs, en pâtit. Alors qu’il est bon que la Parole de Dieu nous dise aujourd’hui : Confiance ! Ces belles lectures, si vous le voulez, reprenons-les pour nous en souvenir, pour nous en imprégner. Elles sont une nourriture, un baume qui fait du bien, qui nous donne de la force et qui nous rassemble.

Il y a eu d’abord, dans le livre de Josué, cette fameuse assemblée de Sichem où Israël est invité à choisir, de façon décisive, entre le Seigneur Dieu et les faux dieux. Josué demande au peuple : À qui faites-vous confiance, radicalement et entièrement ? À Celui qui est, ou bien à ce qui n’a pas de consistance ? À Celui qui vous aime, qui vous a tirés d’Égypte, qui est votre Rocher, ou bien à des idoles, des illusions ? Et Josué, en bon chef, de prendre les devants : « En tout cas, moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Et le peuple, d’une seule voix, de le suivre : « Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Plutôt mourir que de l’abandonner. » Voilà l’acte de foi que nous aussi nous renouvelons en disant : « Seigneur, en toi notre confiance, avec notre Josué qui est Jésus. Quelles que soient les incertitudes du moment, tu es notre Rocher, tu nous aimes, tu nous sauves. Nous te choisissons, parce que toi-même tu nous as choisis. Nous ne t’abandonnerons pas, parce que toi-même tu ne nous abandonneras pas. En toi, Seigneur, notre espérance. En toi notre joie et notre repos. Confiance !

Et puis il y a eu ce Psaume 33 (34 dans la Bible hébraïque) dont le refrain était : « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon. » Comme a dit quelqu’un : voilà l’invitation d’un maître de maison qui est sûr de sa cuisine… Oui, Dieu est bon, il n’y a pas à se forcer pour y croire : il n’y a qu’à goûter. De tant de choses, une fois qu’on y a goûté, il arrive qu’on soit déçu ! Mais de lui, jamais. C’est lui, le Seigneur, qui donne sens à nos vies, qui donne de la saveur à nos journées, qui nous relève si nous sommes fatigués, qui nous éclaire si nous ne savons plus où aller. Confiance ! Le psaume disait encore : « Je bénirai le Seigneur en tout temps. » Oui, en tout temps. Et c’est possible. Mais pour cela, sans doute, nous devons veiller à ne pas laisser des informations anxiogènes nous habiter comme un poison. Nous devons mettre un peu de distance entre nous et le flot de catastrophes, réelles ou éventuelles, que la télé met tous les jours devant nos yeux. Nous devons compatir aux souffrances du monde, mais pas de façon accablée. Notre mission n’est pas de nous lamenter, mais d’intercéder avec foi : de porter le monde devant Dieu, dans la louange et la confiance. Le rôle des chrétiens est de faire ce que le monde ne fait pas, c’est-à-dire : « Je bénirai le Seigneur en tout temps. » Si nous ne le faisons pas, qui le fera ?

Il y a eu ensuite la deuxième lecture, tirée de l’épître de saint Paul aux Éphésiens, qui pourrait paraître un peu étrangère à notre propos. Il y était question de morale conjugale, en des mots qui suscitent parfois la méfiance : « Maris, aimez vos femmes ; femmes, soyez soumises à vos maris… » Aïe ! Devant ces paroles, peut-être, tel ou tel cliché « macho » nous met mal à l’aise, et nous aurions raison d’être mal à l’aise, s’il s’agissait de domination. Mais il ne s’agit pas du tout de domination : il s’agit de bénédiction et d’harmonie. L’homme et la femme, dans le couple, ont un rôle complémentaire, chacun étant, à sa manière, dévoué à l’autre et s’effaçant en sa faveur. C’est la clé, vous le savez, du bonheur conjugal : amour mutuel, soumission mutuelle, mais pas indifférenciée. Don de soi à l’autre dans le respect de nos personnes créées, de notre nature sexuée, de notre distinction dans l’unité. Fidélité l’un à l’autre dans la grâce du mariage. Or là aussi, il faut le dire, le monde et la télé en particulier nous distillent trop souvent des messages troublants, des images et des discours déviants. Au nom d’une fausse libération, on se complaît dans certaines distorsions et transgressions. Alors là aussi, mettons un peu de distance entre nous et ces images ou ces discours. Confiance, confiance en Dieu qui nous veut unis, bénis, dans l’harmonie. L’unité conjugale est aujourd’hui un trésor perdu de vue, un bonheur devenu rare : si nous sommes mariés, soyons-en les témoins. Le monde en a besoin. Et puis ayons confiance, l’amour vrai a de l’avenir. Nos descendants après nous reviendront vers ce trésor, et nous remercieront de le leur avoir transmis.

Enfin et surtout, il y a ce passage solennel de l’Évangile de Jean dans lequel Pierre déclare : « À qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Voilà l’acte de foi, l’acte de confiance, dans sa simplicité parfaite. Pierre est comme nous, c’est un homme faible, mais le voilà qui par la foi se blottit contre Jésus. Beaucoup avaient quitté le Seigneur, trouvant que ses paroles étaient dures, alors qu’elles étaient simplement profondes. Beaucoup étaient partis, se détournant du Seigneur, comme aujourd’hui beaucoup de chrétiens oublient leur baptême. Mais Pierre est là, confessant sa foi, et vous aussi, pierres vivantes, car vous aimez ce Christ en qui il a cru. Vous êtes là pour ceux qui ne sont pas là, comme Pierre prend la parole au nom des autres qui n’ont rien dit. Avec lui nous voici tous serrés, blottis contre Jésus-Christ. Confiance ! Notre Berger n’abandonnera pas son petit troupeau, ou plutôt son grand troupeau. Il ira chercher les brebis perdues. Il soutiendra les brebis faibles. Il est notre salut. Il est le Saint de Dieu, il est vivant, et dans un instant il va nous inviter à sa table, à communier à son corps vivant. Alors nous n’avons rien à craindre, sauf notre manque de foi. Confiance, confiance de fond ! Pardonnez-moi d’avoir dit ce mot une quinzaine de fois, mais je crois aussi qu’il le mérite bien. En ces temps de trouble et de désarroi, qu’il soit notre étendard. Et que le Seigneur lui-même, en qui nous avons mis notre confiance, soit notre paix, notre force et notre joie. Amen.

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