Homélie du 21 juin 1998 - 12e DO

La Croix du Christ est notre gloire

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        Si vous avez fait attention à la lecture du prophète Ézéchiel et à l’évangile, vous aurez certainement remarqué un point commun. Ce point commun retentit comme un signal adressé aux nations, aussi clair qu’une sonnerie de troupe, aussi percutant qu’un coup de cymbale.
Ce signal c’est la croix.

        Que nous dit l’Évangile?

 » Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive!  »

Je pense que nous avons tous à peu près la même attitude, c’est-à-dire, un grand désir de suivre Dieu.

 » Mon cœur est prêt mon Dieu, mon cœur est prêt  » à te suivre, mais cette croix qu’il faut prendre m’inquiète. Devant elle, je me trouble et je m’agite, et si le regard se porte  » vers celui qu’ils ont transpercé « , alors mon âme défaille et s’épouvante, terrifiée par un fardeau si lourd.

Pitié Seigneur, je dépéris!

Qu’as-tu mon âme à défaillir et à gémir sur moi? C’est qu’en contemplant la croix, l’angoisse grandit en mon cœur. Prends ta croix et suis-moi, dis-tu? Mais qui sommes-nous Seigneur, pour pouvoir obéir à un tel précepte sans être aussitôt terrassé? Ce langage est trop dur, qui pourrait l’entendre? Notre vie n’est-elle pas déjà suffisamment gorgée de maux et de misères?

Ces paroles de désespoir, nous pouvons tous les dire à un moment ou à un autre de notre existence.

Mais non, ne nous décourageons pas! Le Christ ne veut pas notre souffrance, au contraire, il est venu pour nous soulager. Il est venu pour nous donner la vie, et la vie en abondance.

 » Je suis le chemin, la vérité et la vie « .

Si ce chemin qui mène à la vie passe par la croix, c’est bien que la croix ne peut être la fin, c’est bien qu’elle n’est pas synonyme de mort. Le Christ, est-il resté prisonnier des griffes de la mort? Non.

Le Christ, ne nous a-t-il pas promis autre chose que les ténèbres? Oui.

Alors, approchons-nous, frères et sœurs, osons nous approcher de sa croix sans craindre, mais le cœur en paix l’âme confiante!

 » En toi Seigneur, j’ai mis mon espérance, je sais que je ne serai pas confondu. « 

Apaise-toi mon âme, apaise-toi, et sous la croix, arrête-toi! Si tu cherches le repos, contemple ton bien-aimé qui s’est lié à toi pour être ton époux. Ce bois sur lequel il est élevé, regarde-le, car c’est de là qu’il t’appelle. Écoute-le mon âme, écoute son doux chant, il veut te redonner la paix et t’attirer à lui.

 » En Dieu seul repose-toi mon âme, oui, mon espoir vient de lui  »

        Permettez-moi d’utiliser la référence à un personnage de la tragédie antique pour mieux saisir une des attitudes de l’âme au pied de la croix.

Ce personnage donc, représente le chœur, il est à sa tête, il parle en son nom, chante en son nom, il entraîne les choreutes avec lui et c’est encore lui qui mène la chorégraphie. Ce personnage c’est le coryphée.

Et bien, si l’on transpose ce terme, on peut dire que le seul et unique coryphée que nous ayons, capable de nous entraîner à sa suite, c’est le Christ qui du haut de la croix nous attire à lui, nous invite à le suivre dans sa danse et dans son chant. Ce chant est le chant de la croix, un chant d’amour et d’espérance qui mue la mort en vie, le cadavre d’un supplicié en antique coryphée et qui convertit la douleur de mon âme en une paix aimante.

Oui, je viens à toi, ô bois si précieux, car c’est par toi que le bienveillant sauveur de mon âme m’attire, me réconforte et m’introduit dans les palais du Roi.

Je te salue croix glorieuse, par toi mon bien-aimé arrache mon âme à la mort.

Par toi, enfin, la splendeur du Royaume nous est offerte en partage.

Tu es l’instrument de notre salut, c’est toi que le Christ tenait en main lorsqu’il descendit aux fonds des enfers pour nous délivrer du péché et de la mort.

· Il est le nouveau David qui, par son chant et par le bois de sa cithare, délivrait Saül dont l’âme était harcelée par un esprit mauvais.

· Il est le nouvel Orphée qui, par sa voix mélodieuse et par le bois de sa lyre, délivrait son épouse captive des enfers.

        Il a régné par le bois le sauveur, notre maître. Par le bois, la vie a refleuri en nous. Par le bois, le chant du ciel a retenti en nos âmes. C’est un chant d’espérance et de victoire, un chant de vie et de triomphe.

Ô longtemps sur cette terre nos âmes ont été charmées par les chants de ce monde et nous pensions que rien ne serait aussi doux… Mais maintenant que tu nous a fait entendre le chant du ciel, ô croix bienheureuse, nous nous sommes laissés séduire.

Fort et joyeux, nous venons à toi, croix du Seigneur. Reçois-nous dans l’exultation et l’allégresse pour que par toi nous puissions contempler celui en qui nous croyons.