Homélie du 12 février 2023 - 6e Dimanche du T. O.

L’homme, image de Dieu

par

fr. Jourdain-Marie Le Pargneux

Si je prends une image. Si je prends une image, disons du Président de la République, et que cette image, je la brûle ! Ou disons, simplement, je la défigure ! Par exemple, je ne sais pas…, en lui griffonnant une petite moustache, sur le modèle des années trente. C’est grave, c’est même très grave ! C’est grave, non seulement parce que je porte atteinte à l’honneur d’une personne, mais c’est grave aussi, surtout, parce qu’au travers de cette personne, en raison de l’autorité qui lui a été confiée, je porte atteinte à tout ce qu’elle représente. Ici, un pays : la France, une culture, une histoire… Bref, ce qui peut apparaître comme une simple impertinence est en réalité un acte de subversion, un acte de rébellion contre l’ordre établi.
Prenons maintenant une autre image ; non plus celle du Président de la République, mais celle de Dieu ! On sent bien que là porter atteinte à cette image se sera poser un acte beaucoup plus grave encore ! Et l’offense, sans comparaison aucune. Dans un cas, en effet, on se rebelle contre un ordre, éminent certes, mais créé, dans l’autre, c’est contre celui qui est à l’origine de tout ordre, de toute autorité, que l’on se rebelle. On se demande qui pourrait être assez fou pour oser un tel sacrilège…
Eh bien, aujourd’hui, le Christ nous donne quatre exemples, quatre actes par lesquels on peut offenser Dieu en détruisant ou en altérant son image.

Le premier exemple, tuer ! Qui n’a jamais eu envie de tordre le cou de son voisin ? De son frère ? Personne ? Moi c’est tous les jours… Et pourtant, il y a quelque chose qui nous retient. Quelque chose qui nous empêche de passer à l’acte. Et c’est étonnant, parce que quand c’est un moustique qui nous casse les pieds… [bang]… Et la question est vite réglée ! Alors, qu’est ce qui change ? C’est qu’entre l’homme et le moustique, il y a une différence. Et une différence de taille ! Et cela, aussi loin que l’on puisse remonter, les hommes en ont eu l’intuition, le pressentiment : il y a dans l’homme quelque chose de sacré ! Et ici, la Révélation nous en donne clairement l’explication. Souvenez-vous : dans le livre de la Genèse, au chapitre 1 : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa. » L’homme n’est pas Dieu… mais l’homme n’est pas non plus une parcelle quelconque de la création. Il est l’image de Dieu ! Par conséquent, attaquer un homme, c’est non seulement attaquer l’individu en question, mais c’est aussi, à travers lui, poser un acte contre Dieu lui-même ! Et le Christ nous enseigne aujourd’hui, que cela est vrai, non seulement du meurtre, mais aussi pour toute espèce d’injustice.
Deuxième exemple : répudier sa femme ! Ne nous leurrons pas. La vie de couple n’est pas, n’a jamais été, un long fleuve tranquille… On ne compte pas les bonnes raisons de se séparer de son mari ou de sa femme. Et bien souvent d’un commun accord. Mais c’est oublier la réalité profonde du mariage ! Dieu, qui est l’auteur du mariage, a voulu en effet que l’amour de l’homme et de la femme devienne une image de son amour absolu et indéfectible pour nous. Il a fait du mariage le signe, le signe efficace de l’alliance du Christ et de l’Église. Qui oserait dès lors rompre cette union sans crainte et tremblement ?
Troisième exemple : le parjure ! Le Christ nous dit : ne jurez pas ! De quel droit, en effet, et surtout pourquoi jurer ? Quelle en est la nécessité ? « Que votre oui soit oui, et votre non soit non ! » En effet, votre parole suffit. Oui, votre parole, si elle dit la vérité, est en quelque sorte l’image d’une autre Parole, avec un grand « P » : la Parole éternelle du Père, le Verbe. Le Christ ne dit-il pas : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » ? Je suis la vérité !
Quatrième et dernier exemple : l’adultère ! « Vous avez entendu qu’il a été dit : tu ne commettras pas l’adultère. Eh bien, moi je vous dis : quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis dans son cœur l’adultère » (Mt 5, 27-28). Regardez-le ce désir de convoitise, ce regard corrompu… Hideuse contrefaçon du regard d’émerveillement qu’Adam posa sur Ève à son premier réveil. Hideuse contrefaçon du regard bienveillant que Dieu posa sur l’homme et la femme le sixième jour. Et quand on pense que ce même regard est appelé, au ciel, dans la béatitude éternelle, à contempler Dieu face à face…. On frémit !

À ce stade, on pourrait se sentir complètement accablé, écrasé. Et probablement à raison ! Du haut du mont des Béatitudes, le Christ nous ouvre les yeux sur la gravité et la profondeur de notre péché. Gravité, car le péché est rébellion contre Dieu lui-même. Profondeur, car il plonge ses racines au plus profond de notre être.

Mais la bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, le Christ ne vient pas pour nous accabler, nous mettre le nez dans notre pétrin ! Non ! Il vient surtout, en nous montrant l’exigence de cette Loi nouvelle, nous rappeler l’immense dignité de la personne humaine ; nous montrer la beauté et la signification du mariage ; nous dire l’incroyable destin auquel le Père nous a prédestiné. Il vient nous révéler à quelle perfection nous sommes appelés. « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).

Vous vous dites peut-être : « C’est beau… c’est beau, mais complètement hors de portée ! » Une Loi nouvelle, supérieure à l’ancienne certes, mais irréalisable. La belle affaire ! Oui, la belle affaire !
La bonne nouvelle (la deuxième !), c’est que le Christ non seulement nous révèle la Loi nouvelle, mais nous en donne les moyens. Car voilà, le Christ, qui nous affirme ne pas être venu abolir mais accomplir la Loi, est venu l’accomplir en personne. En sa Personne.
Aussi par son enseignement, par ses sacrements, par leur efficacité, il nous relève et nous donne les moyens de mettre en œuvre Sa Justice !
Approchons-nous donc avec confiance de ces sacrements de la Loi nouvelle. Sacrements qui guérissent et qui donnent la vie !

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