Homélie du 3 mars 2002 - 3e DC

«Si tu savais le don de Dieu…»

par

fr. Jean-Hugo Tisin

«Le Seigneur est-il, ou non, parmi nous?» (Ex 17,7).
Frères et sœurs, le temps de notre quête de Dieu n’est-il pas toujours «Massa et Meriba», «épreuve et contestation»? Dieu est-il présent dans nos vies? Ne nous hâtons pas de répondre par l’affirmative. En effet, comment comprenons-nous cette présence? De quelle révélation de présence s’agit-il?

Le temps des «quarante jours» nous est donné justement pour nous permettre de porter le poids de ces questions. Non seulement, nous sommes invités à réfléchir sur cette présence de Dieu, mais plus profondément sur sa révélation en Jésus-Christ. Chaque évangile du «Carême» nous est présenté comme une initiation à la connaissance du Christ. Chaque dimanche, une face de son mystère nous procure une lumière; et chaque fois, c’est l’événement de sa Mort et de sa Résurrection associé à la mémoire de notre baptême qui se présente à nous comme un lieu d’inlassable méditation. Il est le Fils de Dieu rempli de l’Esprit Saint (Lc 4,1), conduit par ce même Esprit à travers le désert. Il est l’Élu, ou le Fils bien-aimé contemplé sur la montagne, dans la transfiguration. Il est aujourd’hui le don de la Vie éternelle dans le symbole de l’Eau vive, le Sauveur du Monde (Jn 4,42).

Aujourd’hui, la révélation du Sauveur du monde aux Samaritains nous invite à entrer de façon décisive dans le mystère de la Mort et de la Résurrection du Christ. Grâce à ce dialogue avec la femme au bord du puits, c’est l’Évangile des vrais adorateurs du Père en Esprit et en Vérité qui est annoncé, à travers les questions et les tâtonnements qui ont valeur de lente initiation. Insensiblement, le sens du don s’inverse pour nous permettre de comprendre qui est la Source. Nous pressentons par intuition que cette femme symbolise l’Église, et ainsi chacun de nous. Le fond de notre être est d’être, par grâce, une source d’eau jaillissant en Vie éternelle. Le Christ a soif de nous, de notre foi, de notre être pour nous enraciner, nous greffer à Lui, le don de la Vie.

Dans son Amour premier, il nous fait passer de la Mort à Sa Vie de Ressuscité. C’est en Lui, désormais que nous tâchons de nous comprendre, et découvrons le sens de notre destinée: Être par Lui, la Source, une autre Source qui jaillit au plus profond de notre être.

Un Mystère de Mort et de Résurrection, une plongée dans Sa Mort pour renaître en Esprit en Lui, c’est le sens de cet Évangile.

Un petit indice nous permettra de le préciser encore plus.

On appelait les Samaritains, des «Kouthéens», c’est-à-dire des gens étrangers à Israël, provenant de la ville-sanctuaire de Kouta, non loin de Babylone. Après la chute de Samarie en 721 avant notre ère, tombée sous les coups des Assyriens, cinq villes d’Assyrie et de Babylone avaient été déportées pour repeupler et coloniser Samarie et ses environs. C’est ainsi que le fossé s’était agrandi encore entre les Judéens (c’est-à-dire les Juifs) et les Samaritains considérés comme des étrangers et des idolâtres. Ces derniers avaient en plus de leurs dieux (des Ba’al = des dieux «époux», «mari» = en hébreu, tel est le sens) adopté le Dieu Unique de la Révélation mosaïque et même se considéraient, malgré leur syncrétisme, comme les vrais continuateurs de Moïse.

Or, quels étaient les dieux de Kouta? Des divinités de la mort et des enfers. Les dieux-époux sont les dieux de la mort! On comprend dès lors, le symbolisme.

Chacun de nous a en lui, dans son propre puits, des idoles mortifères; le Christ non seulement les révèle au grand jour, mais il nous donne sa Révélation: le fond de notre puits, par-delà la mort, est un lieu de source en Vie éternelle.

Notre être profond, en esprit et en vérité, est cette source toujours jaillissante que le Christ a révélée le Vendredi Saint, en son côté ouvert.

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