On aimerait être, comme en parle saint Paul, dans la grande lumière de la grâce manifestée. Celle de Jésus Christ. Et ainsi mieux « rejeter le péché », « vivre en homme raisonnable », « être ardent à faire le bien ». Elle s’est bien manifestée cette grâce, mais on reste, nous, toujours un peu dans les ténèbres. La lumière de la grâce n’a pas rejoint toutes nos pensées et nos passions. Notre foi manque de lumière et notre charité de feu. On est un peu comme les bergers avant l’ouverture du ciel par les anges.
Or ce soir, l’Église nous propose de recevoir un message, non pas des anges comme les bergers, mais de Dieu directement. L’Église nous donne en première lecture une prophétie, celle d’Isaïe. Et elle nous dit : si tu comprends la réalisation de cette prophétie ce soir, ton cœur un peu plus recevra la grâce que Dieu veut te manifester, le ciel s’ouvrira un peu plus à tes yeux. Car comme le rappelait Pascal : « La plus grande des preuves de Jésus Christ, ce sont les prophéties » (Pensées, n° 335) ». Regardons Isaïe : il fallait un peuple qui marchait dans les ténèbres, Luc nous montre des bergers et leur troupeau vaquant dans la nuit ; il fallait une lumière dans cette nuit, et Luc nous présente une gloire du Seigneur qui enveloppa les bergers de sa lumière ; enfin, au même moment, un enfant fils de David devait naître, et Jésus fils de Joseph, fils de David, naquit à Bethléem. Ah ce n’est que ça la réalisation de la prophétie ? Oui, mais saint Irénée n’hésite pas à dire que ce ne pouvait être plus parfaitement réalisé. La prophétie d’Isaïe ainsi que celles de tous les prophètes sont parfaitement réalisées en ce temps de Jésus que nous vénérons ce soir. Et ce qui est impressionnant c’est que cet enfant selon Isaïe est celui qui aussi s’affrontera au fouet du chef de corvée, au manteau couvert de sang, au joug porté sur les épaules. Isaïe ayant vu tout cela devait être à la fois à genoux et dépassé, saisi. Au point qu’il conclut son texte par ces mots saisissants : « Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers. »
Si cette prophétie s’est si bien réalisée, alors il ne faut pas en enlever un élément essentiel : c’est la joie. Isaïe se serait réjoui de voir ce jour, et combien davantage nous qui le vivons. « Seigneur, tu as prodigué l’allégresse », « ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit en faisant la moisson… » et les anges n’échappent pas à cette exultation : « Joie au Ciel et paix sur la terre », crient-ils. Le Christ préparé par Dieu depuis des siècles vient, et il vient pour arracher enfin tout ce qui nous accablait. Ainsi entrant un peu mieux ce soir dans l’œuvre si bonne de Dieu, dans la lumière de la grâce, on peut commencer l’année 2025 plus fervent, en rejetant mieux le péché, en vivant en homme raisonnable et en étant un peuple ardent à faire le bien. Que faire d’autre devant tant de bonté à notre égard ?
Et le psaume ne prophétise-t-il rien ? Si, lui aussi. Et cela va dans le même sens génial des Écritures, vers Jésus. Le pape Benoit XVI disait qu’à celui qui sait mieux regarder les sapins de Noël éclairés partout sur la terre saura entendre différemment ce verset du psaume 95 que nous avons chanté : « Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur, car il vient pour gouverner le monde avec justice. »