En ce jour de Pâques, notre cœur est dans la joie mais quelle est la cause profonde de cette joie qui nous anime ? Car nous pourrions aujourd’hui nous réjouir pour d’autres raisons : les belles liturgies que nous avons vécues, la réunion de famille que cette fête peut susciter, le très bon repas que nous allons partager. Toutes ces joies doivent cependant accompagner une joie plus profonde, la seule véritable : la certitude intérieure que Jésus notre sauveur est VRAIMENT ressuscité ! Il se peut en effet que nous soyons blasés d’entendre tous les dimanches et en particulier depuis cette nuit : « Christ est ressuscité. » Par convenance, il convient de le dire entre nous parce que c’est Pâque. Mais au fond ? Frères et sœurs, « réveillons-nous d’entre les morts ! » Oui, réjouissons-nous ! Jésus est VRAIMENT ressuscité et cela change tout !
Pour nous aider à entrer pleinement dans cet acte de foi, qui ne peut que nous bouleverser, il n’est pas inutile de nous replonger, à travers l’Évangile de ce jour, dans la manière dont les premiers témoins de la résurrection sont eux-mêmes entrés dans cet acte de foi. Il est assez courant d’écrire ou de lire qu’à la différence des saintes femmes, les apôtres ont été lents à croire à la résurrection de Jésus. C’est vrai qu’on peut avoir en tête l’épisode qu’on lira dimanche prochain de l’apôtre Thomas à qui Jésus sera obligé de dire : « Porte ton doigt à mes poignets ; avance ta main et mets-la dans mon côté et ne soit plus incrédule, mais croyant. » Cependant, au risque de vous choquer, je ne crois pas que cela soit juste d’opposer le monde des saintes femmes qui auraient été des croyantes modèles et les apôtres qui auraient été des gros incrédules. Cela me semble trop simple pour plusieurs raisons.
La première est que cela gommerait la complémentarité voulu par Dieu lui-même et le rôle attribué à chacun. Dans sa souveraine liberté, Jésus a décidé d’apparaître ressuscité en premier aux saintes femmes ! Sans doute pour les récompenser d’être si attachées à lui au point de s’être levées à l’aurore pour parfaire sa sépulture. Il convenait de les remercier de leur délicatesse. Rien de plus normal ! Mais ce n’est pas pour autant qu’elles se sont montrées d’emblée plus croyantes que les apôtres. En découvrant le tombeau ouvert et en constatant l’absence du corps de Jésus, Marie-Madeleine ne s’est pas immédiatement dit : « Jésus est ressuscité ! » L’Évangile d’aujourd’hui la montre au contraire courir voir Pierre et Jean pour leur dire : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Autrement dit : « Quelqu’un a pris le corps de Jésus ! » À bien y réfléchir, on ne saurait l’en blâmer : c’est l’hypothèse la plus naturelle, la plus rationnelle, celle que nous aurions sans doute posée si nous avions été de la partie, si j’ose dire ! Car l’hypothèse « résurrection » est la plus inconcevable, la plus improbable, celle qui, en tout cas, ne vient pas en premier à la tête pour expliquer la disparition d’un corps. Certes, Jésus avait ressuscité Lazare mais qui pouvait désormais le ressusciter à la manière dont il avait ressuscité Lazare ?
Il revient ici à Marie-Madeleine d’avoir été là dans l’aube pascale et de susciter la course des deux apôtres jusqu’au tombeau de Jésus pour vérifier ses dires. Non pas qu’ils doutent de ce qu’elle a pu dire ; mais parce que la nouvelle est trop grave pour qu’on puisse s’en désintéresser : si quelqu’un a pris le corps de Jésus, il convient d’aviser et d’essayer de le retrouver. On ne peut qu’aller sur place ! Pierre court moins vite que Jean ! Jean a la délicatesse d’attendre Pierre son aîné. Ils entrent l’un après l’autre dans le tombeau. Et voilà que, par une phrase, on ne peut plus concise, mais riche d’un contenu indicible, le disciple que Jésus aimait nous livre le bouleversement extraordinaire que va connaître son âme : « Il vit et il crut ! »
C’est une des phrases les plus importantes des Évangiles car elle dénote l’instant précis de l’entrée dans la foi du disciple bien-aimé. Ce témoignage est absolument primordial car n’oublions pas que, comme le proclame saint Paul, si le Christ n’est pas ressuscité, nous sommes les plus malheureux des hommes et nous sommes ici rassemblés à perdre notre temps !
« Il vit et il crut ! » : cela signifie que l’apôtre Jean a vu quelque chose dans le tombeau qui lui a fait comprendre que le corps de Jésus n’avait pas été emporté par quelqu’un et qu’en conséquence, la prophétie de Jésus selon laquelle il ressusciterait était véridique ! On glose souvent sur le tombeau vide, sur le fait qu’il n’y avait rien à y voir ! Mais c’est faux ! Jean y a vu quelque chose d’important qui va l’aider à croire que Jésus est vraiment ressuscité et il en témoigne ! Sa délicatesse va jusqu’à détailler ce moment crucial pour qu’à notre tour nous croyions. Lui aussi a été obligé de se poser des questions. Lui aussi a mis un certain temps à tout analyser pour en venir à accepter in fine la résurrection de Jésus comme étant de la plus haute vraisemblance rationnelle. C’est important car contrairement à une idée trop répandue parmi les incroyants, la foi ne contredit pas la raison ! Elle la couronne !
Alors, frères et sœurs, qu’a donc vu le disciple bien-aimé dans le tombeau presque vide ? L’Évangile nous le dit : « les linges, posés à plat », ceux qui avaient enveloppé le corps de Jésus et qui étaient désormais vidés de leur contenu ! Il était en effet très peu probable que quelqu’un se soit amusé à défaire toutes ces bandelettes pour emporter un corps qu’on pouvait imaginer déjà en train de se décomposer, puisqu’au matin de Pâques, Jésus était mort depuis environ 36 heures ! Devant ces linges affaissés, l’hypothèse de la Résurrection devenait tout à coup la plus plausible, la plus vraisemblable pour le disciple bien-aimé. La Résurrection prophétisée par Jésus à la suite de la Transfiguration s’était donc réalisée. Son corps avait repris vie comme celui de Lazare ! « Oui, les linges sont là ! Personne n’a pu donc prendre le corps, Jésus est donc ressuscité à la manière de Lazare ! »
Attention ! Je ne veux pas dire que les linges affaissés soient une preuve de la Résurrection, qui nous obligerait à croire ! Car, comme je l’ai déjà dit, on ne peut exclure que quelqu’un ait dénoué le linceul et les bandelettes pour transporter le corps de Jésus ailleurs. Cette « non-preuve » est même heureuse car la foi en la Résurrection reste de l’ordre de la grâce. C’est un don de Dieu qui surélève notre intelligence. Nul ne peut proclamer : « Jésus-Christ est Seigneur ! » (1 Co 12, 3) et donc « Jésus-Christ est ressuscité ! » sans l’aide de l’Esprit-Saint.
Notez, frères et sœurs : « Il vit et il crut ! » sans même avoir vu Jésus ! Si l’on met à part le cas de la Vierge Marie, dont les Évangiles ne parlent pas, et si l’on suit la chronologie du quatrième Évangile, le disciple bien-aimé fut le premier à croire ! Certes, Marie-Madeleine fut la première à voir Jésus mais elle ne fut pas la première à croire ! Il a fallu qu’elle entende de la bouche de Jésus ressuscité son prénom : « Myriam ». Elle n’a pas cru sans avoir vu. Je ne veux pas là diminuer le mérite de Marie-Madeleine car il convenait au plus haut point que celle qui aimait tant le Seigneur eut cette délicatesse première de pouvoir toucher Jésus ressuscité. Mais il convenait aussi au plus haut point qu’un des disciples entre dans la foi avant même d’avoir vu Jésus ressuscité, afin que la page d’Évangile que nous avons entendue aujourd’hui puisse parvenir à nos oreilles et nous montrer l’exemple à suivre ! Car nous nous y retrouvons ! Jésus ne se laisse plus voir ressuscité aujourd’hui — du moins ordinairement ! De plus, il n’est plus possible de voir les linges affaissés dans le tombeau ! En revanche, nous pouvons nous nourrir du témoignage du disciple bien-aimé qui montre la manière dont lui-même est entré dans la foi au Fils de Dieu ressuscité, condition qui est la nôtre aujourd’hui ! Comme nous a dit saint Paul : « Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi (Ga 2, 20) » et qui est ressuscité ! Voilà notre trésor, qui doit nous conduire à proclamer au plus profond de notre cœur dans une joie immense — à la manière de Marie-Madeleine : « Rabbouni ! » Ne doutons pas, frères et sœurs de la puissance de l’Esprit-Saint. Demandons-lui les uns pour les autres, si vous le souhaitez, cette grâce d’être toujours davantage habités de cette certitude intérieure source d’une joie inaltérable : « CHRIST EST VRAIMENT RESSUSCITÉ ! ALLÉLUIA! » Nous allons d’ailleurs en vivre dans quelques minutes puisque c’est au Christ RESSUSCITÉ que nous allons pouvoir communier ! Dieu soit béni ! Alléluia !