Dimanche dernier se dressait la Croix, la Croix glorieuse, la Croix qui, derrière le scandale, au-delà des apparences humaines, révélait la gloire de Dieu par le rayonnement de l’amour de Dieu à travers le don du Père éternel qui a envoyé son Fils dans le monde pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4), et à travers l’offrande du Fils qui, pour tous, s’est donné lui-même en rançon (1 Tm 2, 6). Cet immense amour appelait la réponse de notre cœur, l’élan de notre amour.
Un élan de notre cœur, mais aussi un effort de notre tête, un acte d’intelligence et donc de foi ! Les musulmans touchés par le Christ sont marquants pour cela car si leur cœur reçoit l’amour de Jésus, souvent leur tête bute sur le scandale de la Croix, ils n’arrivent pas à le croire, ils ne parviennent pas à croire que ce pauvre nu qui meurt sur la Croix, c’est Dieu qui se donne lui-même en rançon pour nous enrichir par sa pauvreté.
Comme beaucoup, de la richesse, ils en veulent, mais sonnante et trébuchante ! La beauté doit être éclatante, la puissance, écrasante, la force, invincible, le plaisir, illimité… C’est si directement consolant, sécurisant, puissant ! Ça facilite si souvent ma vie, m’apporte un tel confort, une telle liberté ! On a beau dire, mais ça sauve ma peau même ! Pas besoin d’autre sauveur ! Surtout si sa solution prend plus de temps, demande plus d’effort, fait prendre plus de risques… Pourquoi s’en priver alors que saint Paul dit bien à Timothée que tout ce que Dieu a créé est bon et rien n’est à rejeter si on le prend dans l’action de grâce (1 Tm 4, 4). Oui, certes, tout ce que Dieu a créé est bon, y compris l’or et l’argent, mais Paul invite à le prendre dans l’action de grâce, en le rapportant à Dieu, comme si on l’avait reçu de Lui ; Paul nous dit bien de mettre Dieu à la première place, le bien créé, tout bien créé, à la seconde, en dépendance de Dieu qui l’a donné. Sans cette précaution de l’action de grâce, de la prière qui aère ton cœur, tout ce que tu as gagné peut y pourrir, même les meilleures choses. Car depuis Adam, il y a dans ton cœur un venin, c’est le piège de la cupidité, cette soif de posséder qui est une idolâtrie (Col 3, 5). Il y a bien un choix à faire pour la première place dans notre cœur : Dieu ou l’argent, le Vivant ou l’idole. L’argent est l’archétype de l’idole car il peut avoir tant de caractéristiques de Dieu : on peut mettre en lui notre confiance, faire de lui notre seule espérance et notre soutien de sorte que sans lui je puisse ne rien craindre et que je finisse par dire, insidieusement, j’ai foi en toi mon or très pur.
Paul décrit assez bien à Timothée les travers de la cupidité car des chrétiens des premières communautés ne voyaient dans la religion qu’une source de profit (1 Tm 6, 5) : ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation, dans une foule de convoitises absurdes et dangereuses, qui plongent les gens dans la ruine et la perdition (1 Tm 6, 9). Ceux qui veulent s’enrichir ressemblent à ces petits enfants qui accompagnent leur maman au supermarché et qui pensent pouvoir tout avoir ! La grosse peluche qui remplirait toute la chambre et la bouteille de whisky avec de jolis dessins. Ils suivent des désirs absurdes et dangereux, ils sont si petits, mais ont déjà des désirs si démesurés ! Que dire de nous ! Et si les parents les écoutaient, ils iraient à la ruine de la famille, à la perdition de leur bambin.
Et saint Paul de continuer : « Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligés à eux-mêmes des tourments sans nombre » (1 Tm 6, 10). Cela devrait nous faire trembler : pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi. Le venin de l’avarice, cette soif de posséder qui est une idolâtrie, demande donc de notre part un examen de conscience car c’est notre foi qui en dépend.
Que faire ? Remets-toi face à la Croix, face à celui qui t’aime sans fard et sans artifice, laisse-toi rassasier par cet amour qui étanchera toutes tes soifs, tous tes désirs ! Et maintenant écoute, comme Israël, entend la parole du Seigneur ! Entend cet appel à ne pas se faire esclave de l’argent et de sa facilité ! Mène le bon combat de la foi, comme dit saint Paul en terminant son épître à Timothée. Tu as pour cela la parole de Jésus, celle de la Bible, celle de tous les chrétiens qui se sont succédé jusqu’à nous, à commencer souvent par tes parents ou tel ou tel de tes proches, de tous ceux qui ont mis leur confiance d’abord en Dieu et qui en ont été sauvés, libérés, sanctifiés. Avance dans la confiance en suivant ce bon maître, maître exigeant qui te guide par la voie resserrée. Il ne t’interdit pas de te faire des amis avec le malhonnête argent, pour autant que ce malhonnête argent demeure ton serviteur et qu’il ne devienne pas ton maître. Crains de devenir insidieusement celui qui, dans la première lecture, écrase le pauvre, celui qui broie le Christ à la Croix.