1. « Après sa Résurrection, le Seigneur Jésus, ayant parlé à ses disciples, fut enlevé au ciel… » (Marc 16, 19). C’est le mystère de l’Ascension. Jésus, enlevé au Ciel, parti d’auprès des siens… Lui, absent désormais ? — Alors qu’enfin tout avait repris avec Jésus, et que de nouveau une vie communautaire recommençait, après le choc de la Passion et l’immense surprise de Pâques ! De plus, comment vivre au milieu de toutes ces violentes séquences : ces ruptures qui avaient lieu dans un climat communautaire, amical ? Comment les vivre et les traverser ? C’est le moment de réfléchir à ces départs, à ces chocs, notamment lorsque partent des amis… L’Ascension éclaire-t-elle à ce sujet ?
2. Partir, c’est mourir un peu, dit-on parfois, sentimentalement. Mais le départ devrait-il être associé à la mort ? D’autant qu’avec cette idée, on pense à celle de peur ! Départ, mort, peur : quelle idée de l’aventure est-ce là ! En revanche, sur un quai de gare, dans un hall d’aéroport, devant sa maison ou sur le seuil de chez soi, l’émotion d’un « au revoir » n’a jamais le dernier mot. Partir est alors un moment marquant, mais un moment vivant ! Partir peut être difficile, mais c’est aussi positif ! Et avec plus d’ampleur, l’Ascension de Jésus éclaire cette épreuve, le moment d’une absence, d’une rupture apparente. L’Ascension apporte à cet instant le message radical de l’espérance.
3. L’espérance ! Jésus quittant apparemment ses disciples, leur donne paradoxalement sa présence. C’est surprenant, inattendu. Mais l’espérance nous surprend ; elle étonne. Jésus va la faire désirer par ses amis, et la leur donner. Cependant, elle ne délivre son message que lorsqu’elle a gagné les cœurs ! Dieu a choisi cette méthode, et il y tient. Tant que le cœur de l’homme n’est pas rejoint, ce cœur ne peut arriver à comprendre l’espérance. Avant cela, on est comme une fleur qui n’aurait pas encore éclose : le parfum est à venir, comme s’il manquait quelque chose ! En fait, il faut que la porte s’entrouvre pour que le message se glisse. Et l’on s’aperçoit alors de l’oxygène vital qui entre avec le parfum ! Quand Jésus disparaît aux yeux de ses amis, il leur dit notamment : « Je suis avec vous tous les jours. » À cet instant du départ de Jésus, moment d’épreuve de l’effacement, les disciples étaient inquiets, attristés. Ils ne comprenaient pas. La surprise était grande, comme un choc. Ce départ leur semblait être une mort : encore une disparition de Jésus ! La parole du Seigneur frappait à leurs oreilles ; et elle s’y arrêtait… Partir, ne serait-ce pas aussi mourir un peu ? Pourrait-il en être autrement ? Peut-on le croire fermement ?
4. Oui ! L’Ascension du Seigneur laisse place au chant heureux de l’espérance. Elle la donne pour le cœur de tous ! Pour Jésus, partir c’est donner la vie ! C’est nous rendre accessible cette vie de la grâce ; c’est nous la rendre possible au quotidien où elle peut nous guider, nous soutenir ! Non seulement il est mort et ressuscité ; mais cette expérience nous est offerte désormais. Il n’est plus seulement proche de ses disciples d’une époque. Il est maintenant proche de qui l’attend et, surtout, le désire. De qui veut faire descendre sa parole des oreilles à son cœur ! Les mots entendus, la parole accueillie peuvent devenir un message de vie. Alors le voulez-vous ? Vraiment ? Jésus l’avait promis : son Esprit allait permettre cette évolution de nos cœurs. Alors demandons cette vie. Demandons-la ensemble ; demandons-la pour que l’espérance vienne en nous — et y demeure. Qui n’en a pas besoin ?
5. En réalité, le départ est aussi une promesse, une naissance ! L’Ascension nous le rappelle. Ce mystère devient une source. « Allez dans le monde entier, proclamez, annoncez », dit Jésus. Ce départ, c’est la vie, là où se glisse l’espérance ! Espérer, c’est oser ; c’est commencer ; c’est faire face. Espérer, c’est se relever, prendre un nouveau départ : ni mourir un peu, ni fuir, ni s’évader. Espérer, c’est regarder chaque jour naissant comme un moment nouveau, comme un instant unique ! « Car je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! » (Matthieu 28, 20).