Homélie du 3 mai 2026 - 5e Dimanche de Pâques

Chemin de vie

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Écouter l’homélie

Nous voici rassemblés pour vivre ensemble ce que la liturgie appelle « le repas du Seigneur ». L’expression renvoie au dernier repas que Jésus a vécu avec ses disciples. Les évangiles en donnent un compte-rendu précis en mentionnant la fraction du pain et la bénédiction de la coupe de vin qui instaurent ce que nous appelons « eucharistie ». Jésus préside ce repas. La parole est libre. Les disciples posent des questions à Jésus ; ils sont inquiets, car ils savent que la vie de Jésus est menacée. Leur souci majeur concerne l’avenir. C’est dans ce contexte que Jésus se présente comme « chemin, vérité et vie » — trois termes qui désignent trois bonnes nouvelles.

Première bonne nouvelle : Chemin ! Quand on est perdu, quand on est enfermé, quand on est sidéré… c’est vraiment une bonne nouvelle de savoir qu’il y a une issue et un chemin où s’avancer vers la liberté ou pour un accomplissement. La deuxième bonne nouvelle est dite par le mot « vérité ». Oui, dans un monde où règne le mensonge et où l’on impose le silence, quoi de plus précieux que la vérité ? La troisième bonne nouvelle est plus profonde et plus mystérieuse : c’est la vie, c’est-à-dire le développement et l’épanouissement du projet de Dieu créateur du monde et maître de son accomplissement. La bonne nouvelle est dans la réalisation du grand projet de Dieu : que vienne la plénitude par l’accomplissement dans la paix et dans la lumière de la vérité. Jésus rappelle que cet accomplissement est annoncé par les Prophètes et qu’il sera pleinement réalisé à la résurrection. Cette ouverture n’est pas présentée comme un enchantement de magicien. C’est un accomplissement qui suppose un engagement et une participation. Pour le dire, l’évangile de Jean emploie un mot hélas méconnu dans le discours chrétien habituel : le mot « œuvre » — pourtant dans l’évangile de Jean il est sur les lèvres de Jésus.

Le mot « œuvre » désigne d’abord ce que Jésus fait. Jésus donne du vin à ceux qui sont réunis pour la noce. Il chasse la fièvre qui brûle dans le corps d’un enfant. Il ordonne au grabataire de se lever et de porter lui-même le fardeau de son mal. Dans le désert, il donne du pain à ceux qui ont faim. Il demande à l’aveugle d’aller se laver les yeux et de chasser avec la boue ce qui l’empêchait de voir. Il fait sortir du tombeau son ami et demande qu’il soit délivré de ses liens. Toutes ces œuvres sont acte de bonté, acte de justice, acte de vérité. Tel est le chemin qui s’ouvre. Jésus est cette bonté, cette justice, cette vérité… Il est le chemin par lequel s’accomplit ce que Dieu veut depuis le commencement, ce qu’il ne cesse de faire, ce qu’il fera avec éclat quand le temps sera venu.

Les paroles de Jésus sont dites dans un vrai bon repas. Vrai et bon parce qu’il y a, non seulement de la nourriture, mais surtout de la présence ; la parole est libre et les propos sont échangés dans la confiance et le respect. Ce que Jésus inaugure lors du dernier repas, c’est une nouvelle création.

À l’heure où le nom de Dieu sert à justifier le pire dans le pays où est née la Bible. À l’heure où tant de jeunes de notre pays ne savent que s’étourdir de bruit et d’érotisme. À l’heure où la guerre est à notre porte, la parole de Jésus dite lors du dernier repas explicite la grandeur de son action. Jésus n’intervient pas avec les moyens que donnent la force des armes et les séductions corruptrices de l’argent. Il intervient par le don de soi. Il se donne à nous par sa parole. Il se donne à nous par le sacrement où il se rend présent par le sacrement de son corps et de son sang. Il nous éclaire par sa parole et son exemple. Il nous libère par le pardon. Il nous fortifie par le souci de la vérité.

Quel est le propre de ce don ? Ce n’est pas un marché — selon la règle du donnant-donnant. C’est une grâce : rien n’est dû. Avec ce don, tout devient possible. Le présent est ouvert. Il ne suffit pourtant pas d’accueillir ; il faut agir. Il faut être en communion avec celui qui a accompli la volonté du Père et fait ce que l’évangile appelle son « œuvre ».

Ainsi en ce cinquième dimanche de Pâques, un appel nous est lancé : vivre la Pâque en vérité. Une voie nous est ouverte, rien d’autre que ce que Jésus a vécu. Rien moins que ce qu’il nous demande de faire : aimer ! Aimer, c’est-à-dire donner ce qui fait grandir la vie. Aimer, c’est respecter la vérité. Aimer, c’est écouter ses proches et ses frères et sœurs en humanité. Aimer, c’est être présent à la mesure de ses ressources de temps et d’attention. Aimer, c’est être dans le vrai. Pas seulement le vrai de la parole, mais le vrai de son amour et de son cœur.

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