Homélie du 18 février 2026 - Mercredi des Cendres

La prière, le jeûne et l’aumône

par

fr. Benoît-Dominique de La Soujeole

Les trois actes qui typent plus précisément le carême qui commence aujourd’hui — la prière, le jeûne et l’aumône — peuvent paraître très différents, sans lien véritable alors qu’au contraire s’ils marquent précisément ce temps de cheminement vers Pâques, c’est parce qu’ils forment un tout.

En effet, ces trois actes sont d’abord des relations : la prière avec Dieu ; le jeûne avec soi-même ; l’aumône avec le prochain.

Ensuite, ces trois relations sont liées : la première, la relation avec Dieu dans et par la prière, est la relation fondamentale. Si nous sommes dans une relation juste et bonne avec Dieu, nous sommes bien à notre place devant Lui et cela est bon pour nous, et notre bonté s’exprimera envers notre prochain.

Commençons donc par la relation avec Dieu. Cette relation, Dieu la suscite par sa Parole. Et c’est de l’audition de sa Parole que naît notre réponse dans la prière. Il convient de prendre ici le mot prière dans toute son amplitude : toute relation avec Dieu. Il y a l’adoration, la louange, l’action de grâce, l’intercession, la demande, notamment de pardon. Si nous n’y prenons pas garde, on peut se limiter à la demande et ainsi se présenter devant le Seigneur uniquement lorsqu’on a quelque chose à Lui demander. C’est un peu court ! Que diriez-vous d’une personne qui ne s’adresserait à vous que lorsqu’elle a quelque chose à vous demander ? Le carême est donc aussi un temps de redécouverte de l’adoration, de la louange, de l’action de grâce, bref de cette gratuité de l’amour.

La relation avec soi-même. On pourrait penser que cette relation est assez spontanément naturelle : se faire du bien. Soit. Mais la question est celle du vrai bien et non pas seulement d’un bien apparent. L’appel au jeûne nous met sur la voie : il se présente comme un moins, une diminution d’être et c’est pour cela que nous n’y sommes pas portés naturellement. Cependant, si l’on y consent, on s’aperçoit qu’il y a des biens ardus qui demandent des privations. C’est toujours le bien que l’on veut mais parfois le chemin qui y conduit n’est pas des plus agréables. Voyez l’étudiant qui se refuse tout loisir, pourtant légitime, parce qu’il prépare ses examens finaux. Le jeûne est de cet ordre : une réelle privation — et pas seulement de nourriture mais aussi de téléphone ou d’internet — qui met en premier les biens de l’esprit ; c’est un acte qui ne peut être que religieux.

La relation aux autres. Il est facile de voir ce qui, dans l’ensemble de nos relations (sociales, professionnelles, familiales…) n’est pas ajusté. L’aumône est ici aussi à prendre au sens large : tout acte profondément gratuit. Cet aspect de pure gratuité est contraire à notre culture économique dite « libérale » qui mesure tout en termes de profit. On peut, bien sûr, faire un don d’argent à telle ou telle œuvre, mais on peut aussi donner de son temps, de son attention, de sa compétence… Ce faisant, on imite de très près Dieu Lui-même qui dans son mystère n’est que don.

Saint Paul vient de nous le dire : voici le temps favorable. Favorable à quoi ? À la prière, au jeûne et à l’aumône. Favorable pour quoi ? Pour vivre une vie de ressuscité !

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