Homélie du 24 mai 2026 - Solennité de Pentecôte

Née de l’Esprit

par

fr. Gilles-Marie Marty

Les disciples de Jésus étaient-ils baptisés ? Jésus a été baptisé, mais ses disciples ? Que dit l’Évangile ? Réponse : l’Évangile suggère que Jésus, au début de sa vie publique, avait baptisé ses disciples.

D’accord mais de quel baptême ? De celui qu’il leur confia juste avant de les quitter : « De toutes les nations, faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » ?
Réponse : non. Le baptême reçu par les disciples, au début, n’était pas celui que Jésus leur a confié avant de les quitter, et qui est le nôtre. Pourquoi ?

Parce que, au début de sa vie publique, Jésus n’avait pas encore été crucifié, pas encore remis son esprit, pas encore été glorifié : l’Esprit était comme retenu en lui. En un mot : trop tôt.

Au Jourdain, les disciples avaient reçu un baptême d’eau, semblable à celui du Baptiste : bienfaisant mais insuffisant. Aussi, le Jeudi Saint, Jésus avait annoncé : « Jean a baptisé avec l’eau, [mais] vous, c’est dans l’Esprit-Saint que vous serez baptisés bientôt. » Effectivement, 52 jours après, cette prophétie s’accomplissait.

Au fait, que signifie : être « baptisé dans l’Esprit-Saint » ?
En grec — langue de l’Évangile — ce verbe est synonyme de : baigner, immerger, plonger. Mais comment imaginer notre personne plongée dans une autre ?
On ne voit pas, sauf… si on remonte loin en arrière, quand nous avons passé neuf mois dans une autre personne.

Imaginons donc ce petit groupe d’hommes et de femmes, immobiles, silencieux, invisibles du dehors…
Depuis neuf jours, enfermés au Cénacle comme l’enfant dans le sein maternel. Depuis neuf jours, rien ne bouge.
Soudain ça remue : ah, les contractions… comme une tornade qui s’impose et vous fait trembler !
Puis, tout d’un coup, fini : il est sorti… et, bien sûr, aussitôt pousse son premier cri !

En ce matin de Pentecôte, l’Église vient de naître. En ce matin de Pentecôte, les disciples sont baptisés dans l’Esprit-Saint. En ce matin de Pentecôte, quiconque a reçu le saint baptême devrait laisser le Souffle divin jaillir de son cœur et de ses lèvres avec ferveur.
Et, quand l’Esprit parle, le prédicateur se tait… Toutefois permettez une ultime question : pourquoi avons-nous un tel besoin du Saint-Esprit ?

En effet, pour nous réconcilier avec Lui, le Père n’a-t-Il pas envoyé son Fils ?
Réponse : oui, bien sûr, Jésus offre à la race humaine l’amitié parfaite avec Dieu.
Il nous l’offre, mais n’a jamais dit qu’il fera à notre place tout le travail nécessaire !

Chacun de nous peut et doit faire sa part. Or ce n’est possible qu’avec l’aide du Saint-Esprit, le spécialiste de la réconciliation des hommes, entre eux, et en eux.

Les forces qui, depuis les origines, s’opposent et dégénèrent en guerres incessantes, l’Esprit a le génie de les réconcilier : l’unité avec la diversité, les identités avec l’universalité, les personnalités avec les communautés…
Le jour de la Pentecôte, les disciples étaient réunis tous ensemble… Et ce jour-là, les Juifs étant en pèlerinage à Jérusalem, une multitude venue de toutes les nations se rassembla devant eux

Quelle est cette multitude rassemblée dans l’unité ?
C’est l’Église, ruisselante d’Esprit-Saint. Ce qui était multiplié, Il l’unifie ; ce qui était séparé, Il le réunit ; ce qui était étranger, Il le fait entrer… Il s’offre à tous en vue de former l’unique corps du Christ, tout en honorant leurs particularités :
Les langues de feu se partageaient et il s’en posa sur chacun ; ils se mirent à parler diverses langues, et chacun les entendait parler dans sa propre langue maternelle…

L’Esprit de Jésus est subtil et pénétrant ; Il parle toutes les langues ; Il pénètre les profondeurs inaccessibles ; Il harmonise tout ce qu’Il effleure ; Il déborde d’une incommensurable vitalité…

À la Pentecôte, l’Église est née de Dieu : avant d’être humaine, elle est divine. Son corps, c’est la chair du Christ ; son âme, c’est l’Esprit de Jésus.
C’est pourquoi les crimes commis en son sein, parfois jusqu’à la défigurer, ne peuvent pas et ne pourront jamais masquer l’essentiel, de même qu’aucune catastrophe ne saurait masquer la beauté de notre monde.

L’essentiel, c’est que l’Église est un miracle permanent : celui de l’Esprit qui, en vertu de notre baptême, nous rend capables d’offrir à Dieu ce qu’Il aime, ce qu’Il attend de nous, la seule chose qu’on emporte de l’autre côté : l’amour fraternel. Chacun, ici, en est capable, terriblement capable, magnifiquement capable !

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