Les deux petites paraboles du trésor dans le champ et de la perle rare peuvent sembler petites et l’on peut en passer vite la lecture. Or elles expriment quelque chose de vraiment central, de décisif, pour tout homme. Les chrétiens doivent être les plus conscients de cela, non seulement pour le vivre mais aussi pour en être les témoins qualifiés pour le monde.
Le point commun des deux paraboles est dans le « tout vendre » pour acquérir le champ ou la perle. Ce « tout vendre » indique un absolu par rapport auquel tout le reste est donc relatif, c’est-à-dire en relation de dépendance, doit être relativisé aux deux sens de mettre en relation et de ne pas exagérer l’importance.
Quel est cet absolu ? Il s’agit de la vie chrétienne elle-même, de la qualité de citoyen du Royaume des cieux ; bref, c’est la vie même de Dieu, offerte aux hommes par pure grâce. Il s’agit ici de « posséder » Dieu réellement, Lui le seul absolu qui relativise tout par rapport à Lui. Mais que veut dire « posséder Dieu » ? Il s’agit de posséder, non pas une réalité matérielle que l’on tient en son pouvoir, mais une réalité spirituelle. On possède une réalité spirituelle par les deux facultés de notre esprit fait à l’image de Dieu : la connaissance et l’amour, autrement dit ici la foi et la charité.
Cet absolu qu’est Dieu comme possédé par l’homme met tout le reste qui fait une vie humaine en relation. Il faut savoir et vouloir relativiser tout par rapport à Dieu, sa vie qu’il offre à partager par grâce. Cela se présente comme l’intention fondamentale de celui qui veut être chrétien, et cette intention indiquera tout au long de notre vie des « tout vendre » quand les exigences de la dignité chrétienne seront incompatibles avec les sollicitations du monde. Les exemples dans notre société actuelle sont de plus en plus nombreux. Être chrétien signifie alors renoncer à telle ou telle perspective de carrière professionnelle quand pour s’élever dans telle profession, médicale, commerçante, universitaire…, il faudrait mettre entre parenthèses sa foi et sa charité. Là on se trouve vraiment dans le « tout vendre ». On en voit d’emblée l’aspect de « moins » alors que les paraboles du trésor et de la perle fine mettent l’accent sur l’aspect « bonne affaire » au contraire.
Comment maintenir notre vigilance pour savoir accomplir ce « tout vendre » quand il se présente ? C’est la prière du jeune Salomon qui nous le révèle dans la première lecture. Il convient au chrétien de mendier tous les jours auprès de Dieu sa Sagesse car tout commence par-là : connaître les termes de l’enjeu et le choix qui convient. Cette sagesse de la foi est accessible à tous car elle répond au plus intime de la conscience de l’être humain qui est faite pour l’épouser. Elle peut indiquer des choix difficiles, coûteux (« tout vendre »), dont le bénéfice n’est pas évident d’emblée. Mais saint Paul dit aux Romains que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qu’Il appelle à partager sa vie, c’est-à-dire tout homme. Mais ce bien, il nous faut d’abord le croire, parfois contre l’évidence immédiate, et cela constitue l’aspect d’ascèse de la foi. Il ne faut pas se le cacher.
En ce temps d’été qui permet à beaucoup un juste repos, une bonne détente, une vie familiale plus dense, ne relâchons cependant pas notre sens de l’unique nécessaire, du seul absolu par rapport auquel tout le reste reçoit sa vraie place, sa vraie valeur, sa part de bonté.
Lectures : 1 R 3, 5 ; 7-12 – Rm 8, 28-30 – Mt 13, 44-52