Homélie du 23 mars 1997 - Dimanche des Rameaux
fr. Henry Donneaud

Il y avait beaucoup de bruit à Jérusalem, en ces jours-là.

Clameurs d’une foule en liesse qui accueille le Fils de David,

Discussions enfiévrées des grands-prêtres et des scribes pour savoir comment condamner Jésus

Hurlement de la populace qui réclame à Pilate la libération de Barrabas et la crucifixion de Jésus.

Moqueries grossières des soldats qui outragent Jésus et l’insultent jusque sur sa croix.

Il y a beaucoup de bruit, aujourd’hui, en nos cœurs.

Harcèlement des moteurs et des drogues médiatiques,

Rumeur sourde de nos obsessions, de nos indignations, de nos gémissements égoïstes,

Vacarme de nos ambitions, de nos revendications, de nos querelles, de nos jalousies.

Or, c’est en silence, cette semaine, que Jésus monte vers sa Passion.

En silence, il laisse les gardes se saisir de lui.

En silence, il laisse les grands prêtres porter contre lui de faux témoignages.

En silence, il ne répond pas à Pilate qui l’interroge.

En silence, il porte sa croix et se laisse crucifier.

Et c’est en silence qu’il nous faut, aujourd’hui, entrer dans la Sainte Semaine.

En cette semaine, Jésus ne nous demande aucune parole, aucun discours, aucune prouesse religieuse, ascétique ou mystique. Il sait combien faibles sont nos forces. Il nous demande seulement de le suivre en silence.

Qui que nous soyons, d’où que nous venions, il nous suffit de l’accompagner, fût-ce de loin. Car la tentation est grande, pour nous, de rejoindre la foule, ses cris, ses conformismes et son indifférence. Mais la douceur et le silence de Jésus se contentent de peu: un regard vers lui, une présence.

Nous pouvons être là comme ce jeune homme anonyme qui suivait Jésus, n’ayant pour tout vêtement qu’un drap. On le saisit, mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu (Mc 14,51-52). Il n’avait pu se résigner à abandonner Jésus, mais que pouvait-il faire, seul et faible, face à la force du monde qui voulait isoler Jésus?

Nous pouvons être là comme Pierre, l’ami de toujours. Lâches, nous aussi, nous le renions trois fois l’heure. Et pourtant nous sommes là, non loin de lui, et nous pleurons car nous l’aimons. Et il nous a déjà pardonné.

Nous pouvons être là comme Simon de Cyrène, cet inconnu réquisitionné de force. Sans l’avoir voulu, comme malgré lui, il a aidé le Sauveur du monde. A sa petite manière.

Craintifs, lâches ou tièdes, frères et sœurs, l’essentiel est que nous soyons là, aux côtés de Jésus, tout au long de cette Sainte Semaine. Ce ne sont pas les justes, que Jésus est venu sauver, mais les injustes et les pécheurs.

Un grand combat va se dérouler, cette semaine, le combat de l’amour qui s’offre pour sauver le monde. Jésus seul va le mener, pour nous, dans le silence de son amour infini. Il ne s’agit pas, pour nous, de crier plus fort que le monde, de tirer notre épée et de partir en guerre, comme Pierre. Nous n’avons pas à sauver le monde par nos propres forces, mais seulement à accompagner celui qui va remporter la victoire pour nous, pour tous les hommes. Il s’agit seulement d’être là, à ses côtés. Durant cette semaine, faisons au moins que Jésus ne soit pas seul.

L’adversaire, aujourd’hui comme hier, voudrait isoler Jésus. Il voudrait nous faire peur, nous écarter loin de lui, nous attirer ailleurs par toutes sortes de tentations.

C’est pourquoi,

comme le jeune homme nu,

comme Pierre,

comme Simon de Cyrène,

ne craignons pas d’être là, de tout faire pour le suivre, chacun à notre place.

Comme Marie, sa mère,

ne craignons pas d’être là, au pied de la croix, dans le silence de la foi qui contemple.

En le regardant nous aimer, nous apprendrons à aimer. En le regardant remporter la victoire, nous la remporterons avec lui.