Homélie du 26 mars 1997 - Mercredi saint Célébration pénitentielle
fr. Rémy Bergeret

Chers amis,

Nous connaissons bien cette Parabole dite du Fils prodigue qui fait partie de ces paraboles de miséricorde chères à l’évangéliste Luc. Et effectivement, nous voyons se manifester en actes l’infinie prévenance et bonté d’un père vis-à-vis de son fils repentant. Ainsi s’exerce la miséricorde de notre Père des cieux envers nous, pauvres pécheurs. Mais le projecteur s’arrête souvent sur le fils prodigue, le cadet qui a dépensé toute sa part d’héritage alors que la fin de la parabole s’ouvre sur une autre conversion – à venir -, celle du fils aîné. Et je me demande si nous ne sommes pas plus souvent dans la situation du fils aîné que du fils cadet.

Le fils prodigue est en effet dans un cas extrême, limite: il s’agit d’une grosse faute car en dépensant tout son bien, il se retrouve moins que rien, il s’est marginalisé comme gardien de boucs – tâche ô combien impure – et il s’est même exclu de la relation familiale en considérant qu’il n’est plus digne d’être appelé fils par son père. Cela dit, il a opéré un magnifique retournement, rentrant en lui-même et à ce titre sa démarche demeure exemplaire de ce qu’il convient de faire en pareil cas. Nous retiendrons tout autant l’attitude du Père: on pouvait aussi intituler ce passage la Parabole du Père miséricordieux car attendant son fils, il le voit arriver de loin et commande sans tarder les préparatifs de la fête. Il pardonne, sans condition.

Ce qui reste problématique en revanche, c’est le comportement du fils aîné; il me rappelle un peu la réaction de l’ouvrier de la première heure récriminant face à la rétribution l’ouvrier de la onzième heure et s’entendant répliquer par son maître:  » Et s’il me plaît à moi d’être bon?  » Le fils aîné est tout simplement frappé de jalousie, cette maladie de la comparaison qui fausse, aveugle le jugement. Et cela le rend incapable d’apprécier à sa juste valeur le geste de son Père, l’infinie miséricorde qui s’exprime là. Oh ce n’est pas nouveau: le prophète Jonas déjà s’étonnait que Dieu ait épargné Ninive; la justice des hommes est souvent dure, expéditive, alors que la justice de Dieu est pour le salut, la vie et non la condamnation.

Eh bien, frères et sœurs, examinons un peu nos cœurs et veillons à en extirper les traces de jalousie qui peuvent traîner ici et là. Mais surtout prenons la mesure exacte de la bonté de Dieu pour nous: même sans être des grands criminels, nous sommes cependant pécheurs et c’est par pure grâce que nous sommes sauvés. Nous n’avons aucun mérite à cela, c’est une initiative absolument gratuite de Dieu qui aime tous les hommes et veut que tous soient sauvés. Nous avons tous besoin d’être renouvelés par le don de l’Esprit Saint envoyé pour la rémission de nos péchés. Approchons-nous donc en toute confiance de cette fontaine abondante de grâces.

Amen.