Homélie du 1 juin 1997 - Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ
fr. Alain Quilici

Bien chers parents, qui baptisez aujourd’hui vos enfants, peut-être qu’un jour vos enfants vous demanderont:  » Pourquoi m’avez-vous donné la vie? « . Il faudra leur répondre. Mais sans chercher d’arguments particuliers. Il suffira de leur dire, ce qui est la vérité:  » Parce que nous nous sommes aimés! « . La vie en effet procède toujours de l’amour. Ainsi en est-il en Dieu. Ce que vous avez vous-mêmes reçu, vous avez voulu le transmettre. Et ce que vous avez reçu avant tout, c’est la vie. Car nul vivant ne se donne à lui-même la vie. Il la reçoit toujours d’un autre. Quand nous étions enfants, au Lycée, à la laïque, on tirait gloire de ce que Louis Pasteur avait démontré que la génération spontanée des vivants n’existait pas. La vie et le vivant ne jaillissent pas de rien. A la question:  » D’où vient la vie?  » il n’y a qu’une réponse:  » D’un vivant? « . Cherchez donc le Vivant! Merveilleuse preuve de l’existence de Dieu.

Vous avez donc donné à vos enfants de votre chair et de votre sang. Vous leur avez donné aussi un nom personnel et un nom de famille. Vous les nourrissez pour que la vie s’épanouisse en eux. Vous leur transmettez aussi, cette autre chose que vous avez reçue et qui est si importante: le langage.

Maintenant vous voulez aussi transmettre à vos enfants ce que vous avez reçu de meilleur, avec la vie, cette communion avec Dieu que leur Christ offre à tous les hommes de bonne volonté, c’est-à-dire à tous les gens qui le veulent bien. Tous ceux qui sont nés sont invité à renaître. Non pas de la chair et du sang, mais de l’eau de l’esprit. Une naissance nouvelle, pour une vie éternelle. Une naissance spirituelle pour une vie divine. Car l’homme qui est pourtant fait pour connaître Dieu, ne peut accéder à cette connaissance si Dieu ne la lui donne pas. L’homme qui est fait pour aimer Dieu, ne saurait l’aimer vraiment si Dieu ne vient à son secours. L’homme qui est fait pour vouloir Dieu ne saurait, sans l’aide de Dieu, combler son désir.

Mes amis, ne croyez pas comme on le dit dans le monde, que le baptême serait une sorte de rite de l’enfance, une coutume culturelle qui sans faire de mal, ne porte pas à conséquence. Si nous baptisons nos enfants, si nous proposons largement le baptême aux adultes que nous côtoyons, ce n’est pas pour recruter des adeptes, ni pour quelqu’autre raison futile. C’est pour transmette cette vie divine que nous avons nous-mêmes reçue.

Car Dieu donne. Et nous, nous recevons.

Souvenez-vous! Jésus, le ressuscité, souffle sur ses apôtres. Il leur dit:  » Recevez l’Esprit-Saint! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie! « . Il nous donne son Esprit qui s’unit à notre esprit au point de ne plus faire qu’un avec lui et quand nous prions c’est l’Esprit de Dieu lui-même qui prie en nous.

Souvenez-vous encore! Jésus se compare au bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Il dit:  » Je suis venu pour que vous ayez la vie, et la vie au-delà de toute mesure!  »

Et voilà qu’aujourd’hui, le Seigneur ajoute encore à tous ses dons, un don supérieur s’il est possible. C’est ce que l’Évangile vient de proclamer (Marc 14). La veille de sa mort, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde au Père, Jésus ayant aimé les siens qui sont dans le monde les aima jusqu’au bout. Il prit du pain, il prit du vin et leur dit: «  Prenez! Ceci est mon corps! Ceci est mon sang!  »

Celui qui donne son Esprit, celui qui donne sa vie, donne aussi son corps et son sang pour que nous les assimilions et soyons en parfaite communion avec lui. Voilà ce que nous fêtons aujourd’hui, en cette fête du sacrement du Corps et du Sang du Christ.

Le corps et le sang reçus de la Vierge Marie au jour de Noël.
Le corps et le sang de celui qui a annoncé le Royaume qui a fait des miracles, qui a été aimé et qui a été détesté.

Le corps meurtri de celui qui a été fouetté, le sang versé de celui qui a porté une croix. Le corps vidé de son sang et déposé au tombeau.

Mais aussi le corps et le sang du ressuscité qui apparaît à Simon, aux apôtres et à plus de cinq cents frères.

Le corps et le sang sacramentels qui, sous les apparences du pain et du vin, se donnent à nous comme nourriture, pour inaugurer en nous la résurrection de notre propre corps.

Voilà, mes amis, l’immense cadeau que vous faites à vos enfants en ce jour. Je vous invite à les regarder d’un oeil nouveau. Et de même que vous recevrez dans la foi le corps et le sang du Christ, y reconnaissant la réelle présence de Dieu, ne regardez plus vos enfants comme seulement de petits êtres de chair et de sang, qui vous réjouissent et qui vous sollicitent. Regardez-les pour ce qu’ils sont vraiment, des fils de Dieu, des êtres remplis de la présence divine. Ils assurent au milieu de vous la réelle présence de Dieu qui nous aime. Instaurez avec eux de réelles relations spirituelles. Soyez pour eux ce que vous voulez qu’ils soient pour vous: des frères dans le Christ! Amen!