Homélie du 20 mai 2001 - 6e DP
fr. Philippe-Marie Margelidon

L’oraison de la messe nous disait tout à l’heure que le «mystère de Pâques dont nous faisons mémoire reste présent dans notre vie et la transforme». Ce mystère constitue en effet le cœur, le centre de notre vie chrétienne et de tout le Mystère du Christ. La Pâque du Christ nous la célébrons chaque dimanche, à chaque messe; nous en faisons mémoire dans la liturgie; nous la commémorons dans chaque sacrement puisque tous les sacrements tirent leur efficacité de ce mystère. D’autre part, nous le méditons sans cesse, nous le repassons dans notre cœur pour en savourer les fruits de grâce, pour nous y conformer, nous l’approprier. Disons, pour être plus exact, que nous nous l’approprions dans la mesure où lui, le Christ, nous y conforme par l’œuvre de sa grâce. Car la Pâque du Christ ne cesse pas d’agir, de produire comme il y a deux mille ans, ses effets ici et maintenant. Certes l’événement en lui-même est passé, mais ses effets demeurent. Le Christ mourant et ressuscitant nous sauve moyennant la foi et les sacrements de la foi. Ce que le Christ a fait et subi, par la puissance de sa divinité, nous atteint ici et maintenant. Par ces actes sauveurs, par sa mort et sa résurrection, il nous transforme, nous conforme et nous configure à lui mystiquement et réellement. Il demeure en nous, il habite en nous.

«Par la foi, le Christ habite en nous» dit l’apôtre. Certes la présence corporelle de Jésus nous a été retirée, mais justement elle l’a été pour qu’il nous soit présent plus intimement, spirituellement et sacramentellement. Il veut demeurer avec nous, en nous pour que nous demeurions en lui avec le Père dans l’Esprit. Il faut pour cela une vraie transformation, une dilatation, un exhaussement de l’âme pour la rendre capable de Dieu, des opérations les plus divines de connaissance et d’amour. Elle doit s’ouvrir et s’élargir pour que Dieu puisse y faire sa demeure. Voilà pourquoi Jésus nous promet l’Esprit, pour opérer cette invisible transformation, pour répandre en nous la grâce et la charité, pour que nous devenions à proprement parler chrétiens.

À mesure que nous laissons la grâce nous pénétrer, la paix de Jésus s’établit plus profondément en nous. Cette paix qui n’est pas autre chose que la plénitude de la présence du Christ en nous. Paix de la réconciliation chèrement acquise dans le Sang du Christ. Paix qui préfigure la paix plénière et définitive de l’immortalité. La paix et la joie faut-il ajouter car le Christ nous promet l’une et l’autre. Joie d’être au Christ, joie de croire et joie d’être dans la paix divine.

Certes, nous ne serons jamais Dieu, nous ne l’égalerons jamais, nous demeurons créature comme le Christ demeure inférieur au Père selon sa nature humaine, mais l’amour vient combler la distance entre le Créateur et la créature. Et cette union à Dieu par la charité est appelée à une croissance dont le principe est le Christ, le moyen, les sacrements, la condition, notre fidélité. «Soyez fidèles à ma parole» dit Jésus, or le sacrement de notre fidélité est l’Eucharistie. Ce que Jésus nous a promis, sa présence nouvelle, le don de l’Esprit, l’accroissement de la charité et l’affermissement de l’unité dans l’Église entre nous, se réalisent à chaque Eucharistie. Ce que Jean voit dans sa vision, l’Agneau dans la cité sainte, l’Église, l’Agneau dans la gloire des anges et des saints, nous en avons un pressentiment, une anticipation, un avant-goût dans le banquet eucharistique.

Tout cela se réalise sous les humbles apparences du pain et du vin, à chaque consécration, à chaque communion. Oui, toutes ces choses arrivent pour que nous croyons, parce que nous croyons. Voilà pourquoi nous devons supplier que Jésus nous envoie l’Esprit-Saint pour nous introduire dans la vérité tout entière, dans la plénitude de la foi, pour secourir notre faiblesse, surmonter nos doutes et purifier ce qui dans notre cœur reste du vieil homme, du péché et de toute tiédeur. Viens Esprit Saint nous visiter, viens demeurer en nos cœurs, viens nous enseigner la vérité tout entière. Amen.