Homélie du 5 décembre 2004 - 2e DA
fr. Romaric Morin

«Voix de celui qui crie dans le désert». Mais au fait, qui est-il celui qui crie dans le désert? Ce n’est pas Jean-Baptiste car Jean-Baptiste est la «voix de celui qui crie dans le désert» et non pas la «voix qui crie dans le désert». Il n’est pas celui qui crie, il en est la voix. Alors quel est-il celui-la qui crie? Quel est-il si ce n’est Jésus le Christ! Lui la Parole, Lui le Verbe, c’est Lui «celui qui crie dans le désert». Jean le Baptiste est la voix qui donne le son, Jésus le Christ est le Verbe qui donne le sens. Nous avons ainsi un crieur, Jésus-Christ, et une voix, Jean-Baptiste. Certes, n’est-il pas un peu artificiel de distinguer le crieur de sa voix? Quoique radicalement distincts, la voix et le crieur sont étroitement unis, la voix tirant sa raison d’être du crieur. Quoique radicalement distincts, Jean-Baptiste et Jésus-Christ sont étroitement unis, Jean-Baptiste tirant sa raison d’être de Jésus-Christ. Ne proclament-ils pas d’ailleurs tous deux le même message: «Repentez-vous car le Royaume des Cieux est tout proche».

Parce que cette voix ne se limite pas à Jean-Baptiste, parce qu’elle est la voix du Verbe de Dieu, elle ne cesse de résonner à travers toute l’histoire de l’humanité. Elle ne s’est pas contentée de crier il y a longtemps dans le passé, un jour seulement, en un lieu donné et déterminé, par l’intermédiaire du seul Jean-Baptiste. Loin s’en faut! Bien avant Jean-Baptiste elle avait déjà commencé à crier, et après lui encore elle continue à crier. Entendez-vous crier cette voix?

Nous l’entendons aujourd’hui, dans notre marche préparatoire à la venue de notre Sauveur dans la crèche. Nous entendrons de nouveau une voix crier, au lendemain de cette venue salvatrice. «Une voix a crié dans Rama, pleur et longue plainte: c’est Rachel qui pleure ses enfants; et elle ne veut pas qu’on la console car ils ne sont plus». Les saints Innocents viennent d’être massacrés sur ordre du roi Hérode, et leurs mères pleurent leur disparition dans les rues désertes de la ville. Rachel ne veut pas être consolée. Sa voix pousse un cri de détresse et d’indignation qui restera sans réponse. Comme Rachel dans les rues désertes de la ville, Jean-Baptiste dans le désert pousse un cri de détresse et d’indignation. «Engeance de vipères» clame Jean-Baptiste. Il est indigné à cause de ceux qui viennent à lui pour «échapper à la Colère prochaine» mais qui ne produisent pas de «fruit digne du repentir». Comme Rachel, dont la lamentation reste sans réponse, Jean-Baptiste se lamente sur ceux qui ne répondent pas à son appel à la conversion.

Mais bien avant Jean-Baptiste, bien avant Rachel, dès le commencement du monde, une première voix a crié. Caïn vient de tuer Abel son frère. «Et le Seigneur dit à Caïn: « Où est ton frère Abel? » Il répondit: « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère? » Le Seigneur reprit: « Qu’as-tu fait! Écoute la voix du sang de ton frère crier vers moi du sol!» La mort a fait son entrée dans l’histoire de l’humanité et elle a trouvé sa 1ère victime. Pour la 1ère fois une voix crie. Elle crie depuis le désert de la tombe. La voix du sang d’Abel pousse un cri adressé à un frère éloigné, tellement éloigné qu’il laisse ce cri sans réponse. Comme le sang d’Abel dans le désert de la tombe, Jean-Baptiste dans le désert crie pour ceux qui sont loin et qui viennent vers lui «de Jérusalem, de toute la Judée, de toute la région du Jourdain». Mais il ne s’agit pas tellement d’un éloignement géographique. La voix du sang d’Abel crie sans être entendue d’un frère trop loin qui étouffe ce cri en fermant son cœur. Ainsi Jean-Baptiste crie sans être entendu de ses frères trop loin qui étouffent l’appel à la conversion en fermant leur cœur.

Une voix ne cesse donc de crier depuis Abel, depuis Rachel, depuis Jean-Baptiste. Et pourtant un jour, cette voix s’est tue et il se fit alors un grand silence. «Le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu et poussant un cri d’une voix forte Jésus dit: « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira». Dernier cri poussé par une voix dans la Bible, dernier cri poussé par celui-la même qui est le crieur, dernier cri poussé depuis le sommet d’un Golgotha déserté par les disciples. En cet instant le Verbe de Dieu s’est tu. Le Verbe de Dieu pousse un ultime cri adressé à des disciples absents et sourds. Tellement sourds qu’ils n’ont pas entendu le murmure qui a précédé ce cri: «J’ai soif». Oui Jésus a soif, soif d’aimer et soif d’être aimé. Et comme ce murmure est resté sans réponse, comme personne n’est venu désaltérer le Christ en l’aimant à la mesure de sa soif d’amour, Jésus pousse ce dernier cri pour ouvrir les oreilles des sourds. Car il faut crier pour être entendu d’un sourd. Jésus n’est-il pas venu pour faire entendre les sourds et voir les aveugles? Comme le Christ au désert du Golgotha, Jean-Baptiste dans le désert crie pour ceux qui sont sourds. Si ce n’est qu’il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Ils sont sourds les auditeurs de Jean-Baptiste, de cette surdité volontaire par laquelle ils refusent d’entendre l’appel à la conversion, ils refusent de prêter l’oreille de leur cœur au murmure amoureux du Seigneur: «J’ai soif».

«Voix de celui qui crie dans le désert». Mais que crie cette voix? Est-il besoin de le préciser? Ne l’entendez-vous pas crier dans le désert de nos cœurs? Que crie cette voix? Est-il besoin de le préciser? Ne suffit-il pas simplement de relire l’Évangile? La Parole parle d’elle-même: «Convertissez-vous car le Royaume de Dieu est tout proche». Amen.

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