Homélie du 27 mars 2005 - Jour de Pâques
fr. Loïc-Marie Le Bot

«Le Christ est ressuscité!» Ma prédication pourrait s’arrêter là! Il vous resterait à méditer le mystère! Mais en cela je ne ferai qu’imiter la discrétion du Seigneur lui-même. L’événement de la Résurrection, le plus important depuis la Création du monde, s’est déroulé dans une grande discrétion, sans témoin autre que peut-être quelques anges! C’est un moment d’intimité entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit! La Résurrection, c’est d’abord une manifestation de la discrétion de Dieu. Et en ce matin de Pâques, jour de la Résurrection, le Seigneur ressuscité se fait aussi discret. Nous n’avons qu’un témoignage, un tombeau vide!

Ce tombeau vide va agir comme un révélateur pour les trois personnes qui s’y rendront ce matin-là: Marie-Madeleine, Simon-Pierre, et le disciple bien-aimé. Marie-Madeleine est la première levée, la première à accourir au tombeau, tant sa douleur est grande. Or, voilà que le tombeau est ouvert et vide. Ses sens ne font qu’un tour: on a volé le corps du Seigneur. Et n’écoutant que son sens pratique, elle court chercher les apôtres. La douleur de Marie-Madeleine l’a renfermée sur elle-même, et elle la rend incapable de se souvenir de ce que le Seigneur avait dit sur son avenir. Pierre, le souffle un peu court, arrive à son tour à grandes enjambées. Il entre le premier dans le tombeau, voit les bandelettes à terre et le suaire qui recouvrait la tête de Jésus bien plié. Rien ne se produit dans son cœur. Son enthousiasme à la suite de Jésus «Je mourrai pour toi», sa vitalité spirituelle «Tu es le Fils de Dieu», ont disparu. Lui qui a suivi le Seigneur si longtemps n’entend pas les paroles qu’avaient dites Jésus «et trois jours après je ressusciterai». Son péché, il a renié trois fois son Seigneur, lui bouche les yeux, l’empêche de voir dans ce signe du tombeau vide la manifestation de la Résurrection. Enfin, le disciple bien-aimé entre dans le tombeau, il voit les mêmes choses que Pierre et pourtant il croit, il croit que Jésus est vivant. Cette vue agit en lui comme une étincelle qui met le feu aux poudres engrangées depuis le temps qu’il suit Jésus. Ses paroles mystérieuses retentissent dans son cœur et s’éclairent soudain: «encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, puis encore un peu de temps et vous me verrez», «Je vais vers le Père pour vous préparer une demeure», «Je suis la Résurrection et la vie». Le disciple bien-aimé était aussi disposé à faire cet acte de foi car il avait passé avec Jésus les derniers temps de la Passion, penché sur son cœur à la dernière Cène, et au pied de la Croix au moment de la mort de Jésus. Il avait reçu la mère de Jésus comme Mère. Tout en lui était prêt pour s’enflammer. Signe que l’Esprit de Dieu était déjà à l’œuvre en lui. «Il vit et il crut». Il vit le tombeau vide et crut que Jésus était ressuscité.

Et nous frères et sœurs, ne sommes-nous pas à des degrés divers, d’autres Marie-Madeleine, d’autres Pierre, d’autres disciples bien-aimés. Nous pouvons être comme Marie-Madeleine recourbé sur notre propre souffrance, notre propre douleur, incapable de voir l’œuvre du Seigneur en nous à ce moment. Nous pouvons être comme Pierre comblé de grâce et chuter dans le péché. Nos yeux sont alors comme fermés, incapables de voir l’œuvre du Seigneur. Nous pouvons être comme le disciple bien-aimé, fidèle ami de Seigneur et faire avec lui un long chemin. A tous, la grâce de la joie de Pâques est proposée. Chacun verra le Seigneur ressuscité. Chacun goûtera de la paix.

Et Jésus dans tout ça. Où est le ressuscité? Il est monté vers le Père. «Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai». Le Seigneur construit le nouveau Temple saint qu’est son Corps ressuscité. Voilà que maintenant pour prier, pour s’adresser à Dieu, pour lui rendre un culte, il faut le faire avec Jésus et mieux encore en Jésus. Nous sommes invités à entrer dans le Corps du Ressuscité, dans la Vie éternelle qu’il nous propose. Par le Baptême, nous devenons membre de son Corps, de ce Temple Saint. Par l’eucharistie également nous fortifions notre appartenance à ce Corps Saint. Ainsi, nous aussi, nous entrons dans la Résurrection et dans la vie éternelle. Jésus goûte la joie de la vie de Dieu. Il nous invite aussi aujourd’hui à y entrer.

«Voici le jour que fit le Seigneur, jour d’allégresse et jour de joie».

Amen!