Homélie du 5 février 2006 - 5e DO
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««Les religions sont nuisibles à l’épanouissement de l’individu». «Elles sont un obstacle à la liberté!» «Croire, c’est renoncer à sa liberté!» Voilà des slogans qui reviennent de façon récurrente dans les médias, lorsque les fanatismes religieux font parler d’eux. Peu importe, d’ailleurs, que ces manifestations religieuses soient des caricatures du religieux; elles suffisent à fournir un prétexte pour discréditer toute attitude de foi. Et le christianisme est souvent en première ligne de ces attaques. Et à chaque fois, nous Chrétiens, fiers de notre attachement au Christ, nous redisons avec confiance, sans nous lasser de le répéter à qui veut l’entendre, qu’il n’y a de vraie liberté que dans la foi au Christ.

1. Qui aspire à être libre ne peut pas faire l’économie d’une rencontre personnelle avec le Christ. L’évangéliste saint Marc, qui rapporte aujourd’hui les tous premiers gestes du ministère de Jésus en Galilée, nous révèle un Jésus libérateur. En effet, aussi bien la belle-mère de Simon, que les nombreux malades ou la foule des démoniaques conduits à Jésus, tous ont fait l’expérience concrète d’une libération. Tous ont été libérés, car tous étaient, de quelque manière, privés de leur liberté. La belle-mère de Simon gît sur son lit, paralysée par une méchante fièvre. Les malades n’ont même plus la force de se déplacer, broyés qu’ils sont par la souffrance. Les démoniaques, quant à eux, possédés par des esprits impurs, sont déshumanisés par le mal qui les ronge. A tous, Jésus apporte la délivrance. Leur rencontre personnelle avec Jésus a fait sauter les liens de la maladie et du péché. Si Jésus est celui qui peut délivrer de toutes les formes de servitude, c’est que sur lui repose l’Esprit. «L’Esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m’a donné l’onction, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération.» (Is 61, 1) Cette puissance libératrice qui s’est déployée dans la vie terrestre du Christ continue à agir au cœur de nos existences chrétiennes et tout spécialement dans les sacrements de la foi. Qu’est-ce que le sacrement de la réconciliation, si ce n’est la libération de la servitude du péché?

2. A la lecture de cet évangile, nous découvrons Jésus accomplissant une œuvre de libération, mais nous le voyons aussi combattre pour sa propre liberté. A la fin de cette première journée de ministère, saint Marc nous rapporte que Jésus quitte la ville, avant le jour, pour aller prier dans un lieu désert. Là, il est rattrapé par ses disciples qui le pressent de revenir en ville pour continuer son ministère de délivrance. «Simon et ses compagnons le poursuivirent et, l’ayant trouvé, ils lui disent: «Tout le monde te cherche.» Jésus a cette réponse nette et tranchante: «Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti.» En voilà une volée de bois vert. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Jésus fait preuve de fermeté.

Mais pourquoi Jésus refuse-t-il de retourner à Capharnaüm? Il reste sans doute des malades à guérir, des âmes à enseigner et bien d’autres motifs pour continuer d’y faire le bien. Alors pourquoi ne répond-il pas positivement à la sollicitation des disciples et à ces besoins concrets qui sont autant de cas de force majeure? C’est que Jésus refuse de subir la pression des événements. Jésus veut rester libre de répondre à une autre nécessité qui s’impose à lui: celle de prêcher, de proclamer la bonne nouvelle et pas seulement aux habitants de Capharnaüm, mais à tous ceux auprès de qui il a été envoyé. «Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti.» C’est donc au nom d’une nécessité plus grande que Jésus décide de poursuivre son chemin. Il lui faut accomplir sa mission dans sa vérité et son intégralité. C’est au nom d’un appel intérieur que Jésus choisit de laisser Capharnaüm. Jésus se garde libre pour obéir à la voix de son Père accueillie dans le silence de sa prière nocturne.

3. Jésus nous apparaît ainsi comme fondamentalement libre. Libre face au monde, libre pour obéir. Jésus est l’homme libre par excellence, parce qu’il agit sous l’action de l’Esprit. C’est parce qu’il est parfaitement obéissant à son Père, dans l’Esprit, que Jésus est parfaitement libre. Jésus est infiniment libre parce qu’il est infiniment serviteur. Voilà tout le secret de la liberté du Christ, modèle de toute liberté.

Croire en Jésus est-ce donc renoncer à sa liberté? Non, bien au contraire. Notre foi est ouverture à la puissance de Dieu qui seule peut libérer notre liberté. Notre foi nous donne de connaître la vraie mesure de la liberté qui est un combat pour la vérité. Jésus aurait pu rester à son premier succès de Capharnaüm, mais il a préféré la voie plus exigeante de la fidélité à la vérité de sa mission. Puissions-nous découvrir qu’il n’y a de véritable liberté que vécue dans l’obéissance au dynamisme de l’Esprit de Vérité. Seule la vérité rend libre.