Homélie du 1 mars 2006 - Mercredi des Cendres
fr. Olivier de Saint Martin

Nous vous en supplions au nom du Christ, laissez vous réconcilier avec Dieu .
Comme moi, vous avez peut-être fait une liste des efforts de carême. Cela fait partie de l’exercice de style. Mais pourquoi faire? À quoi ça peut servir si je ne laisse pas Dieu me convertir, si je ne me laisse pas réconcilier avec Dieu? À rien. Ainsi, pourquoi avons-nous jeûné aujourd’hui? Lorsque nous jeûnons, nous voyons mieux combien notre nature est fragile: si elle n’est pas nourrie, elle dépérit. Eh bien le jeûne nous montre l’état de notre âme lorsqu’elle ne se nourrit pas de Dieu: nous devenons un désert spirituel. Par une sorte de spiritualisation du sensible notre jeûne d’aujourd’hui a du réveiller en nous, une faim et une soif de Dieu nouvelles. Il n’avait pas d’autre but. Et cette faim et cette soif de Dieu seront comblées par les sacrements et l’écoute de la Parole de Dieu. Nous apprendrons alors à vivre sous son regard. Occupe-toi de moi disait Jésus à Catherine de Sienne et je m’occuperai de toi. Et le carême, c’est exactement cela. S’occuper de Dieu et le laisser, pour une fois, s’occuper de nous. Carême rime avec conversion. Et la conversion, c’est décentrer notre cœur de nous-même pour que Dieu le tourne vers Lui. Alors commençons par écouter Dieu.

Seigneur, ouvre mon cœur à l’intelligence des Écritures, par ta parole fais-moi vivre! Écoutons Dieu, en lisant chaque jour sa Parole. Benoît XVI vient de demander aux jeunes de toujours avoir la Bible à portée de main. Prenons-le au mot! Et le samedi soir en famille, écoutons Dieu à travers les textes du dimanche. Cela nous permettra de ne pas tout découvrir à la messe et surtout, elle nous transformera peu à peu car elle ne revient jamais à Dieu sans avoir porté son fruit. Écoutons, lisons, méditons la Parole et apprenons à regarder le monde à travers elle. Et à travers la Parole incarnée qui est le Christ. Posons sur le monde le regard de Dieu, le regard du Christ, un regard de compassion. Ne posons pas ce regard seulement sur le monde en soi mais aussi et surtout sur ceux qui sont à côté de nous. C’est le plus difficile mais aussi le plus juste.

Aies suffisamment d’humilité pour estimer que ton frère t’est supérieur, n’est-il pas membre du Christ! Car si aujourd’hui c’est ton frère qui est fragile et que tu le prends en défaut, demain ce sera toi. Ne vole pas le jugement de Dieu. Pose sur ton frère un regard de compassion. Dis-toi toujours que le Seigneur t’a plus remis qu’à lui. Rappelle-toi que ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Voilà une excellente occasion de vérifier la manière dont nous vivons le pardon de Dieu. Car comment pourrions-nous avoir fait l’expérience de sa miséricorde et condamner? Oui, que nulle parole ne sorte de notre bouche si ce n’est une parole de bénédiction, une parole qui relève ou une parole de pardon. Demandons au Seigneur d’apprendre à nous regarder les uns les autres en lui, à bannir toute mésestime dans nos rapports mutuels. Apprends-moi, Seigneur, à pleurer avec ceux qui pleurent et à me réjouir avec ceux qui se réjouissent… Donne-moi la pureté et l’amour de ton regard.

Et puis, ne faisons pas le carême tout seul . La célébration des cendres est née quand la communauté chrétienne a choisi d’accompagner les pénitents, les pécheurs repentis. Car nous sommes responsables les uns des autres. Mon péché, mes omissions ont entraîné, pour une part, le péché des autres. Faisons le carême les uns pour les autres. Nous devons porter les fautes les uns des autres. Le curé d’Ars faisait pénitence à la place de ses pénitents. Mourons au péché les uns pour les autres. Imaginons qu’en famille nous placions les prénoms de chacun dans une boîte et que chaque samedi soir, vous savez, après la lecture des textes liturgiques du lendemain, chacun tire au sort un prénom. Et que pendant toute la semaine qui suit, on offre ses efforts pour lui… Quel père aura la chance d’être porté par son enfant de six ans? Se porter ainsi les uns les autres pour ne garder que la dette de l’amour mutuel. Ton Père qui est présent dans le secret le voit. Et la voix de l’Esprit, qui est semblable à nulle autre te dira de sa part ce qui te remplira de joie: Il faut se réjouir, car ton mari, ta femme, ta sœur, ton fils, ta fille, ton père que voilà était mort et il est revenu à la vie. Et il dira la même chose de toi à ton frère.

Lorsque nous ferons une démarche de conversion dans le sacrement de réconciliation, pensons que nous ne sommes pas seuls. Nous confessons notre conversion intérieure mais aussi celle de tous ceux qui nous ont précédés et pour tous ceux qui nous succèderont. Nous confessons aussi la miséricorde de Dieu. C’est même premier. Il faut avoir conscience que dans cette démarche par laquelle nous répondons à la miséricorde du Seigneur, cette limite divine au mal, c’est une part de l’humanité qui vient se laisser réconcilier avec Dieu, à travers nous, pour que l’Église soit pour tous le signe de la réconciliation possible.

Ainsi compris, le temps du carême ne peut plus être un devoir pesant et fastidieux mais il est au contraire temps favorable, jour du salut. Il est la découverte d’un amour bouleversant, celui par lequel Dieu a donné son Fils unique pour que le monde ait la Vie. Quelle autre prière puis-je faire à celui qui s’est identifié au péché pour moi que celle-ci: Ô mon Dieu, cherche-moi et retrouve-moi telle la brebis perdue et fais de moi une brebis de ton bercail. Que j’entende comme jadis le larron, les accents de ta voix qui me disent: En vérité, je te le dis, tu seras avec moi en paradis quand je serai entré dans mon Royaume.

Déjà, notre pèlerinage intérieur est illuminé de la joie de Pâques. Lève-toi, prends ton grabat et marche, je t’ai recréé, alors nul besoin de te recoucher immédiatement dessus! Parfumes-toi la tête, la victoire t’est déjà acquise! Oui, frères et sœurs toute notre vie trouve un nouveau sens, tout, en elle, peut se rapporter au Christ. Par lui, avec lui et en lui, nous passons déjà des ténèbres à son admirable lumière. Alors Voici le temps favorable, voici le jour du salut. Réveillons-nous, levons-nous, le temps est venu, courons sur le chemin de Pâques ! Convertissons-nous, croyons à l’Évangile! Et que ce carême soit pour nous tous le bon, le vrai, celui qui fait de nous tous les bienheureux invités aux noces de l’Agneau.

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